×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    Privatisations: Les tractations continuent sur Sococharbo

    Par L'Economiste | Edition N°:117 Le 17/02/1994 | Partager

    "Sococharbo n'est pas invendable et elle ne dépend pas de l'ONE ", tel est le message du Ministère de la Privatisation. Développant une activité multiforme, où l'importation de charbon est prépondérante, cette entreprise est bénéficiaire et présente une situation financière équilibrée. De l'appréciation de son potentiel de développement dépendra le sort des tractations en cours.

    L'opération Sococharbo a été victime de la date de lancement de l'appel d'offres (août); nous gardons bon espoir de la conclure rapidement", déclare un cadre du Ministère des Finances. L'appel d'offres, même prorogé, s'est révélé infructueux. Le Ministère refuse de le déclarer tel, et continue ses tractations. Le retard pris par cette opération avait alimenté une thèse selon laquelle Sococharbo étant mono-produit (charbon) et monoclient (ONE) le privé ne se risquerait pas à la reprendre. Du moins sans une formalisation du rapport avec l'Office National d ' Electricité . Une convention entre les deux parties était donc, aux yeux des tenants de cette thèse, indispensable pour la réussite de la privatisation de Sococharbo.

    Effectivement, une tentative fut initiée à la fin de l'année 93, mais à ce jour, aucune convention n'est signée."N'empêche que l'ONE, dont les besoins en charbon vont augmenter avec le démarrage de Jorf Lasfar, n'a aucune raison de se détourner de Sococharbo", font remarquer nos sources au Ministère de la Privatisation. En fait, les arguments avancés par le Ministère se retrouvent dans la notice de présentation et peuvent effectivement inciter à un certain optimisme quant à la valeur commerciale de Sococharbo.

    L'argumentation est développée autour de 3 axes: l'historique de Sococharbo, son potentiel et le développement des besoins en charbon au niveau national. L'importation de charbon ne constituait pas une activité essentielle de Sococharbo à l'aube des années 70. La vocation première de cette entité était la promotion du charbon de Jerada qui intervenait pour 60% dans son volume d'affaires, contre 4% pour le charbon importé.

    Une activité diversifiée

    D'autres activités liées à l'exploitation de la matière première commercialisée: chaudières à charbon, cuves à mazout, ballons de stockage, etc...

    Cette tendance à la diversification sera freinée, voire inversée, par les deux chocs pétroliers. Le renchérissement de l'or noir a eu pour effet, au Maroc comme à l'étranger, la reconversion de certaines industries au charbon: centrales thermiques, cimenteries et sucreries deviennent de gros consommateurs de charbon. Les importations passent de 64.000 à 1 million de tonnes par an. L'impact sur l'activité de Sococharbo est tel que ce segment représente 95% du chiffre d'affaires en 1992.

    Mais il est faux de dire que cette privatisable est mono-produit. Les diverses applications industrielles continuent d'exister et présentent un potentiel de développement important. En outre, les besoins nationaux en charbon vont en s'accroissant. Et Sococharbo, même dans un environnement concurrentiel, a pour elle l'expérience emmagasinée tout au long des 20 dernières années. Au-delà des liens de tutelle avec l'ONE, les relations commerciales existantes ne peuvent disparaître du jour au lendemain, sauf séisme. Les hommes en place à Sococharbo personnifient cette expérience. Car la fidélisation du personnel est un fait, puisque l'ancienneté moyenne est de 14 ans, alors même que l'âge moyen de l'effectif n'est que de 43 ans.

    Des bénéfices réguliers

    Ces considérations étant avancées, l'argument comptable reste primordial. Les comptes de la société reflètent une situation financière très saine et une rentabilité régulière. Sococharbo a de tous temps dégagé des bénéfices. Le capital social est passé de 1,5 million de DH en 1982 à 40 millions en 1993 par augmentations successives de capital, toutes effectuées par incorporation de réserves.

    Entre 1990 et 1992, la structure du bilan n'a pas beaucoup varié. Les changements les plus importants concernent l'actif circulant. Le poste clients et effets à recevoir est en baisse constante. Par contre, les stocks ont fait un bond en 1991, en passant de 14,9 millions de DH à 33,2 millions pour se maintenir quasiment au même niveau en 1992. Cette augmentation n'a pas aggravé la liquidité de l'entreprise. L'endettement bancaire à court terme a baissé de 50% en 1992. Le poste fournisseurs varie dans les mêmes proportions que le compte clients. L'explication de cette maîtrise des charges tient à l'importance du fonds de roulement.

    En effet, l'actif immobilisé ne représente que 20% des fonds propres. Ceux-ci financent donc, dans une large mesure, les besoins d'exploitation.

    Le chiffre d'affaires hors-taxes est en recul depuis 1990. De 658 millions de DH en 1990, il est passé à 638 en 1991 et à 501 en 1992. Cette baisse se traduisant, bien normalement, par une baisse des bénéfices (12,6 millions de DH en 1990, 9,6 en 1991 et 5,8 en 1992). La chute est essentiellement enregistrée au niveau de l'importation du charbon, les autres activités se maintenant ou améliorant légèrement leurs performances.

    Les acquéreurs éventuels s'intéresseront donc en premier aux potentialités du marché du charbon et à celles des activités industrielles de Sococharbo. Les négociateurs du Ministère de la Privatisation et leur conseiller CitiBank devront axer là-dessus leurs arguments de vente.

    Dragon gaz: Le premier " "canard boiteux" cédé

    La participation de la SNPP dans Dragon-Gaz (50%) a été cédée à 850.000DH. La modicité du montant peut étonner, voire entraîner des accusations de braderie. Mais une analyse de la situation de cette société permet de nuancer ce jugement. L'acquéreur est Dragofina qui détenait la moitié du capital de cette société. L'activité essentielle de Dragon-Gaz était le remplissage et la commercialisation de butane. Son marché est constitué des zones Nord-Oriental et Centre-Nord. Elle détenait 4% du marché national et disposait d'un stock de 650.000 bouteilles. Les performances commerciales ne sont pas en cause. Le chiffre d'affaires augmente régulièrement. De 44,5 millions de DH en 1987, il atteint 63,9 millions en 1992, mais les résultats enregistrent une évolution inverse. Le résultat net, après avoir stagné autour de 0, soit l'équilibre, chute à 3,5 millions de DH en 1992.

    S'agissant d'une activité très encadrée, où les marges sont quasiment fixées, la première idée qui viendrait à l'esprit est la mauvaise gestion. Or tel n'est pas le cas; les charges sont bien maîtrisées. Le problème est d'ordre structurel: la structure financière est très déséquilibrée. L'actif immobilisé atteint; 52 millions de DH, les fonds propres, déduction faite des pertes cumulées, n'atteignent que 1,3 million de DH. L'endettement est très lourd et atteint 71 millions de DH, dont 43,5 à long et moyen termes. L'actif total a augmenté de 17 millions de DH en 1992 sans que les fonds propres n'enregistrent le moindre apport; pis, ils sont entamés aux 3/4 par les pertes.

    Cette situation a entraîné la mise en sommeil de l'entreprise au cours de 1993. A première vue, certains chiffres traduisent le fort déséquilibre financier: les dettes à court terme atteignent 27 millions de DH, alors que l'actif circulant totalise à peine 19 millions. Une partie des immobilisations est donc financée par des financements à court terme. L'endettement total (70 millions de DH) représente plus d'une année de chiffre d'affaires et 65 fois la situation nette. Ce qui ne peut être viable que dans le cas d'une entreprise ayant des marges substantielles, ce qui n'est pas le cas du secteur.

    L'appréciation du prix de cession doit donc se faire en fonction de ces éléments. L'acquéreur s'est engagé à effectuer des investissements, le capital social sera obligatoirement augmenté en conséquence . L'Etat n'a pas cédé une entreprise en marche, mais une entité au bord de l'asphyxie. Le prix qu'il en retire n'a qu'une valeur anecdotique.

    J.B.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc