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Economie

Privatisations: Le passage à l'acte

Par L'Economiste | Edition N°:14 Le 30/01/1992 | Partager

Moulay Zine Zahidi, Ministre délégué auprès du Premier Ministre, chargé des Affaires Economiques et de la Privatisation était l'hôte de la CGEM section de Rabat pour un déjeuner-débat autour de la privatisation. Les opérations de communication sur la privatisation sont maintenant bien lancées(1) . Les premières cessions devraient avoir lieu vers la fin Mars.


UN point est acquis: il y a un consensus autour de la privatisation: il n'y a plus d'état d'âme sur les relations entre le public et le privé, mais au contraire des questions pour savoir pourquoi les opérations de privatisation prennent autant de temps avant de démarrer.
Le Ministre a eu la réponse facile: pas question de faire comme les pays de l'Est qui sont en train de brader le capital public. Les murmures d'indigation de la grande salle archi-comble du Hyatt ont montré que la comparaison a fait mouche et que si l'opinion marocaine est favorable aux privatisations, elle refuse de les voir comme une quelconque condamnation de l'action publique ou de la gestion des entreprises publiques. Les interrogations, voire les caricatures, des années 80 ont disparu du patrimoine des idées économiques d'aujourd'hui. Les multiples colloques, séminaires, déjeuner, dîners, ... avaient quelques fois été critiqués pour leur côté «parlottes». Ces travaux ont tout de même fini par porter leurs fruits. «La chute du mur de Berlin a bien aidé aussi ...» nous confie le Ministre en comparant les actuels centres d'intérêt avec ceux d'un précédent déjeuner de la CGEM, sur le même thème, deux années auparavant.
Sont tout de même revenus le droit de préemption, la place de l'investissement étranger, la régionalisation et l'affectation des recettes.

Apparemment, on ne se lasse pas de faire dire et redire au Ministre que «la loi des associés prime» et que «il est évident que lorsque les statuts de la société le prévoient le droit de préemption est imprescriptible».
Moulay Zine Zahidi prend un ton très ferme pour souligner que les recettes des cessions iront à l'investissement. Personne dans la salle n'a cependant fait remarquer que pour le Budget de 1992, ces recettes sont versées au Budget général et qu'aucune procédure d'affectation spéciale n'a été prévue pour le présent exercice(2) .
La régionalisation est évoquée sous un angle un peu différent de celui qui prévalait il y a deux ans. Les aspects de volontarisme politique s'équilibrent aujourd'hui, semble-t-il, avec le souci d'un prix équitable. Les décrets, même s'ils ne sont pas toujours bien connus dans le détail, ont clarifié les processus à appliquer et de leur côté, les services du ministère se sont largement dépensés pour constituer un consensus minimal autour de l'objectif de régionalisation. Le Ministre, en salle, dessine avec un cas théorique les contours de l'action possible: si l'objectif de régionalisation est fixé, alors dit-il cela veut dire que la cession doit se faire après une présélection mais en tout état de cause, «aucune vente ne peut avoir lieu si l'offre est au dessous du prix minimum, sinon on doit revenir devant la Commission d'Evaluation». Le processus de retour sera aussi valable dans les cas où la mise en vente à un prix donné ne rencontre pas d'acquéreur. Le mécanisme du prix initial s'applique aussi pour les attributions directes et ce, lorsque «les ou les acquéreurs prouvent qu'ils sont en mesure de réaliser un ou plusieurs des trois objectifs politiques(3) assignés à la privatisation».

Les préoccupations des privatisables


Dans la salle étaient présents de nombreux managers d'entreprises privatisables. Aussi était-il logique qu'une partie des questions reflète leurs interrogations. Elles sont doubles: professionnelles pour la gestion de l'entreprise, et personnelles pour leur avenir propre dans l'entreprise.
Le Ministre souligne, avec force, que la perspective de la cession «ne peut en aucun cas engendrer le blocage de la vie de l'entreprise». Il précise que les états majors des privatisables ont reçu des directives précises dans ce sens». Cependant, se posent deux cas, la SONASID et la SNEP, qui avaient prévu des investissements de grande envergure, dépassant l'investissement initial. Ces programmes ont été différés: c'est à l'acquéreur de décider pour des orientations stratégiques de cette envergure, estime Moulay Zine Zahidi. La salle ne s'est par contre pas attardée sur les cas des sociétés qui ont besoin de restructuration.
Les propriétés foncières des entreprises privatisables retiennent l'attention, aujourd'hui bien davantage qu'il y a deux ans. L'idée demeure assez ancrée que les acquéreurs sont essentiellement intéressés par les terrains, idée qui surprend les milieux d'affaires modernes comme les services du ministère. «On ne voit pas très bien pourquoi des personnes payeraient un terrain plus une usine pour n'avoir qu'un terrain» est-il fait remarqué. Néanmoins, le Ministre indique que si les terrains d'implantation et les terrains nécessaires au développement ultérieurs, restent avec l'entreprise cédée, par contre il n'est pas exclu que les autres terrains soient soustraits. Ils pourraient alors alimenter les réserves foncières des communautés urbaines, par exemple.
Nadia SALAH.

(1) Les lecteurs de L'Economiste en ont eu la primeur, le 12 Décembre dernier. Ensuite a été organisé le déjeuner-débat de la CGEM, puis notre confrère La Vie Economique du 24 Janvier a publié un entretien avec le Ministre. Le 6 Février prochain, la télévision sera de la partie: 2M reçoit le Ministre dans l'émission de Mme Samira Sitaïl. Seront présents sur le plateau, M. Akalay, banquier influent et nouveau Directeur général de la BMCI, M. Belmadani, Président de la Fédération de l'Industrie et Directeur général de NRF et L'Economiste.
(2) Suivant en cela les règles de finances publiques en vigueur en France, le principe général appliqué au Maroc est la «non affectation des recettes». La réalité est un peu différente puisque le principe souffre de nombreuses exceptions où des recettes sont affectées à des emplois spécifiques (taxes à l'essieu pour le Fonds routier, taxe sur les primes d'assurance pour le Fonds des assurances, taxes sur les importations de bois, ...). En 1991 le Budget prévoyait déjà des recettes de privatisations qui n'ont pas été réalisées, sans prévoir d'affectation spéciale et en 1992, où les perspectives de cessions sont plus nettes, la structure budgétaire adoptée ne contient pas d'affectation.
(3) Les trois objectifs politiques tels que fixés par la Loi sont promouvoir l'emploi (qui est aussi interprété comme l'absence de licenciements suite à des privatisations); la régionalisation et la lutte contre l'accaparement. Ces deux derniers objectifs sont précisés en indiquant que de nouvelles couches sociales doivent accéder à la propriété de valeurs mobilières.


Réactions de l'opinion publique:


LES toutes premières observations des attitudes de l'opinion publique vis-à-vis de la cession des participations publiques, sont de trois ordres, nous explique le Ministre:
- les personnes très intéressées et prêtes à acheter des valeurs; ces personnes classent en général les valeurs mobilières en troisième position derrière le foncier et les Bons du Trésor. Le Ministre précise qu'il y a sans doute un effort d'explication à faire dans la mesure où «les valeurs mobilières sont en principe plus intéressantes que les deux autres placements en raison du double aspect de revenu et de valorisation de l'épargne».
- les personnes qui ne croient pas à la privatisation;
- les personnes qui y sont favorables mais se déclarent non-intéressées par des acquisitions.
Les travaux d'études sont réalisés par LMS et Eurofi. Ils viennent de commencer.

Qui s'intéresse aux cessions?


Le Ministère reçoit de nombreuses demandes comportant explicitement ou implicitement des offres de participations aux cessions, nous indique Moulay Zine Zahidi. Ces offres sont classées et stockées, avec promesse, pour chacune, de reprise de contact au moment où se présentera la cession. Le Ministre indique que ce sont les cimenteries, les sociétés pétrolières et les hôtels qui suscitent le plus de demandes de renseignements.
Les offres en provenance d'investisseurs étrangers s'intéressent surtout aux très grosses entreprises ou aux entreprises où il y a déjà une présence d'investisseurs étrangers.
Toujours dans le domaine des investissements étrangers, le Ministre rappelle qu'une promesse a été faite à la Chambre des Représentants, selon laquelle les privatisations ne serviront pas pour liquider les dettes. L'idée des Debt Equity Swap (DES ou en langage courant «Swap») pour convertir des dettes en investissements reste écartée.
Les études d'opportunités menées par les administrations n'ont pas donné des perspectives suffisamment intéressantes, nous explique le Ministre.


C : ENC. PRIVATISATION
D : SAMIRA
TAMDA
S : 2058

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