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Economie

Privatisation : Le retour de la politique

Par L'Economiste | Edition N°:208 Le 14/12/1995 | Partager

Discussions sur les Bons, urgences budgétaires, lenteurs... mais aussi politique économique et politique tout court: la privatisation redevient un sujet de débats.


Décidément, la privatisation aura déjoué toutes les prévisions. A la fin des années 80-début 90 on craignait qu'elle soit refusée par l'opinion publique qui aurait craint la dilapidation du patrimoine commun et public. C'est l'opinion publique qui en réclame et ne comprend pas pourquoi tout va aussi lentement: depuis le printemps dernier, avec la BMCE, rien n'a été proposé. Il y a réellement une "magie-privat"(1) insensible aux Cassandres redoutant tour à tour les erreurs de compréhension du public, les risques de bulle financière...
La magie-privat est forte. C'est ainsi que, contrairement à la logique de gestion(2) qui voudrait céder le noyau dur avant d'aller en bourse, c'est le contraire qui fonctionne au Maroc, provoquant au passage de forte appréciation du prix que payent les noyaux durs.
Cette "magie-privat" a été soigneusement entretenue: campagne de publicité mais aussi bonne transparence du Ministère de la Privatisation et des deux ministres qui ont eu en charge ce dossier, MM. Zahidi et Saaïdi. Une preuve sans appel de la confiance: aucune des rumeurs, depuis Soders et jusqu'à la préparation de la SAMIR en ce moment, n'a retenu l'attention. Pourtant, deux des trois éléments pour faire le triomphe d'une rumeur sont là, l'argent et le pouvoir. En fait, les rumeurs ne prennent pas parce qu'elles rencontrent un terrain particulièrement défavorable. Il s'agit là d'un signe sociologique mais qui n'a pas vraiment été étudié.

Le comportement du public montre un autre phénomène, éminemment politique. Il s'appuie sur une critique très virulente et souvent sans discernement des entreprises publiques et du secteur public en général. Présentée aujourd'hui, la liste négative des non-privatisables de 1988 (Cf ci-dessous) aurait aussi été rejetée, mais cette fois-ci parce que tout doit être privatisable. L'attente du public, quant à la réforme du secteur public, avait été perçue par l'avant-dernier gouvernement, puisque M. Saaïdi, en plus de la privatisation, avait été chargé des entreprises d'Etat. Néanmoins, et pour des raisons inconnues à ce jour, la pièce maîtresse des établissements publics n'a pas rejoint le Ministère de la Privatisation. Il s'agit de la Direction des Etablissements Publics et des Participations (DEPP), logée au Ministère des Finances qui a largement contribué à l'assainissement conduit par le CIPEP (Comité Interministériel des Entreprises Publiques, très actif entre 1988 et 1993). Il est un fait que la partie intéressant la stratégie et le suivi des entreprises publiques est devenue le parent pauvre du Ministère de la Privatisation, lequel n'intervient plus qu'en situation d'urgence comme la cessation de paiement de l'ONE et de l'ONCF ou la restructuration financière de l'OCP en 1994 et début 1995. L'atonie du Ministère sur la conduite des entreprises publiques constitue deux handicaps. D'une part, le travail d'assainissement ou de restructuration préalable des entreprises à vendre ne se fait plus ou se fait mal et, d'autre part, la privatisation n'a plus de moyens de pression sérieux sur les autres départements pour accélérer la libéralisation, elle aussi préalable à la privatisation. Il en va ainsi des secteurs sucrier, pétrolier et métallurgique.

La situation des entreprises du groupe de l'Office pour le Développement Industriel (ODI) est la manifestation la plus grave de l'impossibilité dans laquelle se trouve la privatisation pour provoquer les restructurations d'entreprises. En fait, si le groupe était moyen à médiocre en 1992, avant les ventes de la SODERS ou de la CIOR, actuellement les enjeux sont de trouver comment payer les dettes accumulées, sachant que celles-ci arrivent à dépasser la valeur de l'entreprise elle-même.
En fait, la Loi sur la privatisation qui interdit de créer des entreprises publiques en dehors d'une lourde procédure handicape une partie du secteur public puisque bien des ministères de tutelle (Industrie, Energie et Mines...) ont considéré qu'ils ne devaient plus bouger, y compris pour secourir une entreprise. Les appels au bon sens de Moulay Zine Zahidi, puis de M. Saaïdi, n'ont pas permis de re-responsabiliser les ministères de tutelle.
Nadia SALAH.


L'Histoire méconnue


L'idée de privatiser a commencé à circuler dans les cercles des pouvoirs marocains vers le milieu des années 80. Elle n'a obtenu droit de cité qu'en 1986. L'idée était de couper les relations ambiguës nouées entre administrations et entreprises publiques. En fait, ce qui effrayait les hommes de pouvoir en ce milieu des années 80, c'était la dette des entreprises publiques (1/3 de l'endettement de l'Etat) et la difficulté de mettre de l'ordre (les dettes croisées secteur public/administrations dépassaient les 12 milliards de DH, une somme colossale pour l'époque).
Mais l'opinion publique n'était pas prête. Il a fallu le Discours Royal devant le Parlement en 1988 pour débloquer les esprits. Dans ce discours, l'important était l'aspect politique: modifier les structures socio-économiques. Il demeurait une crainte: le détournement d'objectifs, d'où les grandes précautions de procédures que prendra la loi: trois intervenants majeurs et indépendants (le Ministre, l'Organisme d'Evaluation et la Commission des transferts), et des impératifs de résultats (lutte contre l'accaparement, régionalisation et nouvelles couches d'actionnaires). Le premier projet de Loi, préparé par le Ministère des Finances, est repoussé par le Palais: pas assez politique. Un deuxième projet est mis sur pied au niveau du Palais et présenté au Parlement par le Premier ministre. Mais les représentants refusent de travailler sur le texte: il contient une liste négative (7 entreprises à ne pas céder, dont l'ONE, la RAM et l'ONCF, mais pas Bank Al-Maghrib). Les parlementaires ne veulent pas "donner un chèque en blanc au gouvernement". Dans la hâte, une liste positive est préparée, mais il y aura des incohérences (toutes les filiales de l'ODI y sont, sauf Dattes de Zagora, un oubli). La loi est votée en 1989; mais en l'absence des relais des partis politiques de la majorité, il faudra multiplier les colloques et séminaires pour populariser l'idée de céder le patrimoine public et d'en faire une politique de restructuration, en parallèle à l'assainissement du secteur public. Il faudra attendre l'automne 1991 pour que le premier des ministres de la Privatisation, Moulay Zine Zahidi, parvienne à faire nommer les membres de l'Organisme d'Evaluation et de la Commission des Transferts. Au risque de se faire taper sur les doigts, il lui faudra encore susciter l'événement à l'étranger, quelques mois plus tard, pour pouvoir effectivement lancer la première cession.
N.adia SALAH.


Les privatisations dans le monde

Pas de quoi pavoiser au Maroc


Le Maroc avait commencé tôt ses privatisations, du moins par rapport à ce qui se faisait à l'époque, en 1991-92. Mais depuis il a perdu du terrain, ni la vitesse ni la profondeur ne sont au rendez-vous.


M. Alfred Saulniers, expert de l'US AID, qui travaille auprès du Ministère de la Privatisation depuis le début des opérations, dresse un constat sévère du processus marocain. Il ne va pas jusqu'à dire que la volonté politique globale s'est perdue, mais à l'entendre, c'est la conclusion qui vient à l'esprit.
Seulement 17 pays avaient des privatisations en cours ou en projet en 1988, date du premier acte politique marocain en faveur de la privatisation (Discours Royal au Parlement, qui servira d'ailleurs de préambule à la Loi sur la cession des entreprises publiques). En 1994, une centaine de pays ont des programmes dont 51 ont des cessions en cours. Même Cuba et la Corée du Nord, les derniers gardiens du temple communiste, s'y sont mis.
Dans cette vague, la place du Maroc est plus que modeste. Face aux pays de l'Est, le Maroc est largement distancé, sauf dans les cas où la guerre interdit d'avoir une politique économique (Azerbaïdjan). Avec ses 26 privatisations à fin 1994, le Maroc se situe loin des 106 cessions de la Bulgarie, le plus modeste des privatiseurs dans les pays de l'ex-bloc de l'Est. Les autres caracolent dans les 500 à 1.000 privatisations en deux ou trois ans. Il est vrai que la situation de départ n'était pas la même que celle du Maroc et que les méthodes de privatisation, spécialement la solvabilisation du public, sont fondamentalement différentes de ce qui était admissible au Maroc.

Moins spectaculaire sur le plan quantitatif, mais beaucoup plus profondes, ont été les privatisations en Amérique latine. Dans le sous-continent américain, il n'y a ni tabous, ni état d'âme. C'est ainsi qu'en Argentine la privatisation de la génération et du transport d'électricité, pas plus que les télécommunications, les compagnies d'aviation ou les chemins de fer n'ont pas posé de problèmes. Ce qui a provoqué des polémiques en Argentine était les cessions de la centrale nucléaire, de la Poste, des entreprises militaires...
Par rapport à l'Amérique latine, le Maroc va donc moins profondément, explique M. Alfred Saulniers. De plus, notre pays est en retard, même sur les secteurs réputés faciles et qui sont déjà cédés dans la plupart des Etats latino-américains.
En fait, le Maroc se situe dans la moyenne des pays africains, devant la Côte-d'Ivoire ou la Zambie (en nombre de cessions), mais les pays d'Afrique anglophone vont plus vite que lui.
Nadia SALAH.

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