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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

Printemps arabe, revendications amazighes et syncrétismes
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3506 Le 12/04/2011 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite. Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

Parmi les revendications démocratiques communes en Afrique du Nord figure la reconnaissance de l’identité amazighe et la co-officialité de sa langue comme droit historique inaliénable. Evidemment chaque pays tente de régler la question à sa manière, dans le même état d’esprit qui prévaut la gestion générale des contestations, soit dans l’ouverture ou l’ostracisme du pouvoir, nous interpellant quant à notre patrimoine commun, nos dissemblances et nos rêves d’unité.
Car la construction maghrébine et le développement harmonieux des Etats ne sauraient se passer d’un socle fondamental ancré dans l’histoire de l’Afrique du Nord, avant l’arrivée des peuples phénicien, romain, byzantin, vandale, arabe, turc…
Il est consternant de savoir à cet égard que sur de gigantesques territoires allant de l’Atlantique à la Tripolitaine, il est considéré comme étant une «minorité», la majorité de la population. Pas uniquement par les pouvoirs politiques, mais aussi par les mentalités en raison de la méconnaissance de l’Histoire, du surdimensionnement de l’arabisme… Comme si les autochtones, leur langue et leur culture se volatilisaient sous le poids de chaque vague d’arrivants! Comme si nous n’étions pas, tous autant que nous sommes, fruits de tous ces brassages, d’une manière ou d’une autre, des Imazighen.
Laissons le soin aux spécialistes de se pencher sur les différents aspects de la question et évoquons pour notre part ces temps anciens où les hommes et les savoirs circulaient dans un remarquable syncrétisme. L’histoire retient à ce titre des mouvements incessants et impressionnants de populations d’Est vers l’Ouest depuis la Libye, aujourd’hui si meurtrie...
Parmi ces tribus figurent les Louata, appelés Levathae par les Romains, mentionnés par le poète épique Flavius Corippus au VIe siècle de notre ère sous les noms Laguatan ou Ilaguantan… Certains auteurs (comme Carette ou Tissot) les identifient aux fameux Lebous, tels qu’ils sont appelés par les Égyptiens. Connus sous le nom de Loubim dans la Genèse, c’est eux qui auraient laissé leur nom à la Libye dont ils sont originaires. Le mot Libye ou Libya est d’ailleurs employé par plusieurs auteurs grecs pour désigner toute l’Afrique du Nord.
La généalogie khaldounienne rattache quant à elle les Louata, à la lignée de Loua, fils de Zahhik, fils de Medghassen dont se ramifient les tribus Nefzaoua, Mernissa, Ghissassa, Soumata, Meklata (avec entre autres branches les Aït-Ourîagol ou les Gueznaïa...)…
Depuis l’Antiquité jusqu’aux premières conquêtes musulmanes, les Louata résidaient dans la région de Barca avant que certains de leurs groupes ne s’établissent vers 520 de l’ère grégorienne en Byzacène (Tunisie) où des combats farouches les opposent aux Byzantins sous le commandement du général Troglita.
A l’avènement de l’Islam, les Louata adoptent le kharijisme ibadite pour son égalitarisme face au népotisme des gouverneurs omeyades et se déplacent dans la région de Tahert suivant en cela l’émir Abd-er-Rahmane Ibn Rostom. Autre lieu de résidence des Louata: les montagnes des Aurès en Algérie où ils ont soutenu activement la révolte du kharijite Abou-Yazid. Quant au Maroc, les chroniques retiennent leur allégeance à Idris Ier après les Awaraba comme l’affirme l’historien Naciri. Ils se sont également établis anciennement dans différentes régions comme le Rif, Sefrou (où leur nom subsiste avec caïdat Louata), sud de la Chaouia où leur nom est donné à un groupement appelé Louata…
Parmi les personnalités historiques issues de cette tribu, citons le théologien et mystique du XIIIe siècle, Ahmed ben Tamtite Louati, originaire de Fès, ayant résidé à Séville et voyagé en Ifriqiya et en Orient, avant de s’établir au Caire. Comment ne pas mentionner aussi le grand voyageur Mohamed ben Abd-Allah Louati, plus connu sous le nom d’Ibn Battouta, né à Tanger en 1304, auteur d’une Relation de voyage, relatant ses vingt-huit années de pérégrinations à travers le monde…
Par ailleurs, de grandes ramifications émanent de cette tribu dont on se contentera de mentionner les Nefoussa (Infussen, dits aussi Nefzaoua) qui nomadisaient initialement en Libye, avant de former une communauté ibadite à Tahert, de prendre Kairouan vers 757, ce qui leur vaut d’être combattus par les adeptes de l’orthodoxie.
Quelques toponymes gardent encore le souvenir de leur présence tels le Mont Nefousa en Libye, la région de Nefzaoua au sud-ouest de la Tunisie, la localité de Nefzi dans la région de Tanger, l’agglomération Nefza près de Arbaoua…
Les Nefzaoua ont également formé des familles de renom en Andalousie dont les Béni Ghazloun, princes de Xàtiva ou les Béni Noâmane, gouverneurs de Santa Maria. De cette tribu sont également originaires le grand chef militaire Tarik ibn Ziyad; la «reine de Marrakech» Zaynab bent Ishaq Tanfzawit, le grand mystique andalou, Sidi Mohamed Ibn Abbad, dit Nefzi, né à Ronda en 1332, formé à Tlemcen, Fès, Salé, Tanger, avant de revenir à Fès où il fut prédicateur à la Qaraouiyine…
Plusieurs familles marocaines appartenant à cette tribu sont d’ailleurs connues sous des appellations différentes comme c’est le cas pour les Temmaq, les Bennani ou les Serraj...
Autre confédération qui nous interpelle dans le cadre de cette thématique: celle des Houara qui peuplaient anciennement le Maghreb, de Tripolitaine au Maroc, ainsi que des régions d’Egypte et les pays du Sahel.
Issus des provinces de Tripoli et de Barca, certains groupes Houara traversèrent le désert pour s’installer près des tribus Lamta au Niger où ils furent appelés Hoggara selon la prononciation locale, laissant leur nom, en plein milieu du désert, au massif de l’Ahaggar (en arabe El-Hoggar).
Autres faits marquants dans l’histoire des Houara: leur puissance en Ifriqiya (actuelle Tunisie) au moment de la conquête musulmane et leur rôle auprès de Tariq Ibn Ziyad dans la conquête de l’Andalousie où certaines familles houari connurent une belle ascension, telles que les Ibn-Ouehb, les Dou-Noun ou les Beni-Razine (Irrasen en amazighe, Albarracin en espagnol). Un rôle de conquête qu’ils assument par ailleurs en tant que tribu guerrière en Sicile aux côtés des Aghlabides. Notons également leur adoption des doctrines hétérodoxes kharijites avec ce qui s’en suivit comme répressions notamment de la part des Fatimides chiites. Mêlés aux Arabes Beni Hilal, Béni Soleïm et Maâqil dont ils suivirent le mouvement, les Houara adoptèrent leur mode de vie bédouin (au niveau de la langue, l’habillement, l’art de la cavalerie…) au point de se confondre totalement avec eux.
Plusieurs endroits du Maghreb portent encore leur nom: le mont Houara à Guelma dans l’est algérien, la ville de Houaria au Cap Bon en Tunisie, tandis que de nombreuses fractions, mêlées aux populations locales sont présentes du sud au nord du Maroc.
Citons à ce titre, Aghmat au pied du Haut-Atlas dont ils sont considérés comme les fondateurs avant l’Islam; Oued Noul et le Souss qu’ils atteignent dans le sillage des Maâqil à la fin du règne mérinide; la province de Berkane où ils sont assimilés aux Arabes Triffa venus des Angad pour s’installer dans cette plaine vers 1830 où ils donnent leur nom au village Oulad Elamri Houara; Taza où leur nom est donné à la commune de Houara Oulad Raho; le Gharb où ils laissent leur nom à Douar Houara; le Zerhoun où ils ont donné leur nom à une agglomération appelée depuis Moussaoua; la plaine Chaouia où les Houara seraient arrivés sous le règne mérinide; la banlieue de Fès où ils sont identifiés aux Arabes Maâqil des Angad...
Autant d’exemples pour dire l’enracinement de l’amazighité dans chaque recoin de cette terre du Maghreb, la complexité des brassages, les réseaux de fraternité et la nécessité impérieuse, pour nous tous, de consacrer pleinement la reconnaissance de l’identité amazighe dans toutes ses dimensions linguistique, culturelle, civilisationnelle, comme gage d’une construction démocratique sereine, sous le signe de l’unité.

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