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    Economie

    Premier round des conversations avec la CEE: Tous les domaines ont été abordés

    Par L'Economiste | Edition N°:28 Le 07/05/1992 | Partager

    "Cela s'est bien passé" tel est le commentaire sur le premier round officiel des conversations exploratoires avec la CEE pour remodeler les relations et notamment créer une zone de libre échange, s'est achevé Mardi 5 Mai. La prochaine étape est la réunion du Conseil, la semaine prochaine à Bruxelles. Puis les négociateurs des deux parties se rencontreront en principe la deuxième semaine de Juin, à Bruxelles.

    La partie marocaine avait en main un dossier "cohérent, global, à forte composante technique", notent les observateurs qui remarquent néanmoins que le chiffrage exact et le calendrier ont été repoussés à plus tard. "C'est normal expliquent les négociateurs marocains, ce ne sont pour l'instant que des conversations exploratoires".
    De son côté, la Délégation Communautaire est arrivée ayant "débroussaillé" les grands enjeux, mais, semble-t-il, a été un peu surprise par la "détermination marocaine".
    Cette détermination modifie assez profondément les équilibres créés au niveau de l'espace ouest-méditerranéen car il met le Maroc en pointe par rapport aux autres pays du Maghreb. Les deux parties ont convenu de prendre grand soin de garder ouvertes les portes des relations européo-maghrébines, voire même de soutenir ou de susciter l'adhésion des autres partenaires aux nouvelles formes de coopération.

    Le ton général marocain a aussi surpris parce qu'apparemment, il ne veut pas entrer dans les cas classiques déjà traités. Il ne s'assimile ni aux accords du type de ceux passés avec les "Cinq de l'Est", ni avec l'AELE, ni les accords d'association ancienne formule et encore moins ce qui s'appelait, il y a seulement un an, la Politique Méditerranéenne Rénovée.
    En fait des conversations exploratoires, certaines parties de travaux de Rabat ont pris des allures de négociations. L'expression de conversations exploratoires devra néanmoins être conservée puisque la Délégation de la Commission, conduite par M. Juan Prat (Cf notre rubrique Managers en page 2) n'était pas mandatée pour négocier. Elle devait s'enquérir des propositions, offres et demandes, marocaines pour en rendre compte au Conseil, qui lui est habilité à fixer les termes d'un mandat de négociations.

    Le gros morceau des travaux des 4 et 5 Mai est évidemment le volet échange avec deux dossiers de premier ordre: les produits agricoles et les produits industriels.

    Industrie: l'enjeu maroco-marocain

    Du côté des produits industriels, l'enjeux est essentiellement maroco-marocain. On compte, auprès du Ministère du Commerce et de l'Industrie, que deux entreprises sur cinq sont capables d'entrer tout de suite en système de libre échange avec la Communauté et qu'une sur cinq a besoin d'une phase de transition plus ou moins longue. Par contre les deux entreprises sur cinq qui restent ont besoin pour survivre sans se reconvertir de protection comprises ente 20 et 35%. "C'est un calcul très grossier qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre, commente-t-on de même source, mais il donne une idée de l'effort d'adaptation à faire".

    Du côté Communautaire, le contenu de l'enjeu industriel est, semble-t-il, bien compris et les européens (ceux du Sud davantage que ceux du Nord) saisissent très vite que le choix du libre échange par le Maroc(1) , est aussi une forme d'auto-défi pour poursuivre la modernisation.
    Comme cette modernisation contient des aspects strictement économiques mais aussi sociaux et politiques, elle rencontre une volonté clairement affirmée de soutien chez les Européens.
    On s'attend cependant à ce que soient ajoutés du côté européen deux éléments annexes au commerce industriel, mais cohérents avec le souci de modernisation exprimé par le Maroc: la protection sociale et la protection de la propriété industrielle et intellectuelle.
    Ce sont de toutes façons deux thèmes déjà présents au Maroc mais pour d'autres raisons que celle de la concurrence loyale.

    Du côté financier, les évaluations du prix du libre échange sont assez floues de part et d'autre. On sait que la perte budgétaire sera "colossale", peut-être jusqu'à 2,5 milliards de DH, mais sera compensée par des gains budgétaires sur d'autres recettes que les droits de douanes, lesquels de toutes façons doivent continuer à baisser.
    En matière politique, les souhaits européens sont de "poursuivre ce qui est déjà très actif" sans tomber dans le piège de l'institution-nalisation rigide. Le souhait marocain rejoint tout à fait l'offre: "l'expérience du Conseil de Coopération est tellement décevante..." commentait-on à Rabat. Mais les négociateurs marocains ajoutent dans la corbeille le souhait de voir se développer et donc soutenu de part et d'autre, "les liens directs de la société civile". Ils verraient d'un très bon il s'accroître et se pérénniser toutes formes de liens "civils" et lancent à titre d'exemple les associations transfrontières, les associations d'associations, ... quelles que soient leurs préoccupations ou leurs domaines d'intérêt. "L'important c'est qu'on se comprenne mutuellement, de l'intérieur", expliquent-ils. C'est un message que les politiques comprennent bien, mais les techniciens par nature sont plus dubitatifs.

    Reste en suspens la réaction de chaque pays européen. Il y a en effet des "sensibilités différentes" entre les Douze. C'est du moins ainsi que la visite de Mme Guigou, Ministre français en charge des Affaires européennes, était interprétée à Rabat. Il faudra que les différences de sensibilité passent au moule des techniciens de la Communauté, quand d'autres techniciens vont pour leur part rapprocher les offres marocaines des contraintes techniques européennes...

    Nadia SALAH

    (1) Il est probable que l'Histoire n'arrivera pas à décider qui de la CEE ou du Maroc a lancé l'idée de libre échange, mais chacune des deux parties dit que c'est l'autre. M. Filali, Ministre d'Etat chargé des Affaires étrangères avait lancé l'idée, en la présentant comme une revendication, de rénover le cadre des relations, à tous niveaux et de passer de l'assistance à une coopération plus égalitaire. Il n'avait cependant pas prononcé le terme de "libre échange". C'est le terme de "libre échange" qui a été choisi cet hiver par la Commission puis le Conseil, pour reprendre en main les relations avec le Maroc, en incluant explicitement ce libre échange dans un vaste ensemble comprenant "4 piliers".

    Produits agricoles: le dossier difficile, avec des tabous en sus

    En matière agricole, la demande marocaine concerne le désarmement des mécanismes de restrictions à l'entrée des marchés communautaires. Sous ce générique se cache les calendriers et les quotas d'accès hors droits, mais surtout les prix de référence ou leurs déclinaisons techniques avec leur pendant de taxes. Ces mécanismes concernent un très petit nombre de produits, importants pour les producteurs marocains, mais de peu d'influence sur les producteurs européens. La mise en branle des taxes compensatoires est à chaque fois ravageuse pour toute l'origine marocaine et parvient à stopper net les marchés.

    Des deux côtés, on admet que ces mécanismes ont "vieilli" ou que leur fonctionnement ne correspond plus aux données actuelles des marchés, "surtout, ajoute la partie marocaine, si l'on veut bien tenir compte des intérêts des consommateurs européens".
    "Ces prix de références ont une valeur symbolique pour le Maroc, ils sont peu en phase avec la rénovation de la Politique Agricole Commune, il faudra sans doute que Bruxelles prennent son courage à deux mains et décide de les désarmer", commentait il y a quelques semaines un observateur européen.

    C'est cependant un tout autre sentiment qui dominait Lundi soir à Rabat, autour des négociateurs. Par moments, les observateurs pouvaient se croire transportés quinze ans en arrière, en ré-entendant des expressions telles que "préférence communautaire", anachronique dans le cadre de conversations sur le libre échange. De même, l'idée de spécialisation réciproque du fait des échanges plus libres, n'est pas considérée comme devant s'appliquer au monde agricole.
    Les travaux du Mardi ont un peu tempéré le choc ressenti par les observateurs marocains, mais on s'attend à ce que la partie agricole soit et de très loin le thème le plus difficile au cours des conversations et négociations qui doivent durer au moins un an et demi.

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