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    Economie

    Premier Forum de la microfinance
    «Ma petite entreprise ne connaît pas la crise!»

    Par L'Economiste | Edition N°:2161 Le 30/11/2005 | Partager

    . Naïma, couturière de 48 ans et chef d’entreprise grâce au microprêt. Elle emploie 3 personnes à plein temps et sous-traite à… 12 autres!Dans un quartier populaire de Casablanca vit Naïma, 48 ans, couturière, depuis sa plus tendre enfance. Naïma, née ici même, est une vedette locale dans son secteur. Et pour cause, partie de trois fois rien, sa petite entreprise ne connaît plus aujourd’hui, la crise. Elle emploie trois personnes et sous-traite le reste du travail à une douzaine d’autres «par manque de place»! Naïma est une des toutes premières bénéficiaires au Maroc, des fonds de microcrédit offerts par une banque. Il faut dire que, lorsqu’elle est allée contracter son petit prêt à l’époque (5.000 DH), les peintures de la Fondation Banque Populaire de son quartier étaient à peine sèche… L’initiative de monter une association à partir d’une banque commerciale venait d’être lancée au Maroc! La Fondation Banque Populaire recevra son agrément 2 ans plus tard, le 1er mars 2000.Avant qu’elle ne monte sa petite boutique de couturière, Naïma, qui ne s’est jamais mariée, apprenait la couture aux petites filles de son quartier pour trois fois rien. «J’aide les fillettes à devenir indépendantes, à ne plus être obligées de quémander de l’argent à leur père».Enfant, elle souhaitait par-dessus tout être professeur de couture. Mais née avec un handicap à la jambe, elle n’aura jamais d’offre d’emploi, raconte-t-elle un peu amère. Sa petite boutique de moins de 10 m2 est assez coquette avec ses voilettes vichy rose qui pendent à l’entrée. «Ce que j’aime dans le microcrédit, c’est que ce n’est pas de l’aumône, je ne dois rien à personne!», tranche Naïma. Le reste du petit magasin est sans chichi: une armoire où elle range ses agendas et les deux carnets où elle tient les comptes pour payer ses employés… Des caftans et djellabas accrochés au mur achèvent le décor. Les femmes qui passent s’arrêtent souvent pour un brin de causette. En 1998, elle se rend à la Banque Populaire flanquée du petit groupe qu’elle vient de constituer. «Un menuisier, une commerçante en linge de maison et une coiffeuse», se souvient-elle. Etre en groupe est une des conditions pour prétendre au crédit. Quand l’un ne peut payer, on compte alors sur la solidarité pour rembourser. Aujourd’hui, le taux de remboursement ferait rêver n’importe quelle banque: plus de 99%!Avec cet argent et 5.000 DH qu’elle avait pu mettre de côté, Naïma achète une machine à coudre et des mètres de tissus. Elle rembourse près de 200 DH par semaine sur une période de six mois. L’affaire marche mais Naïma, pudique, ne dira pas combien elle gagne. Quelque temps après, une fois le remboursement effectué, elle demande et obtient un nouveau crédit, de 20.000 DH cette fois. Elle achète une machine plus performante. «Naïma a obtenu ce nouveau prêt sans difficulté car elle a prouvé qu’elle était très solvable», raconte le directeur de la Fondation Banque Populaire, Abderrazak Fril, chef de branche Korea. Aujourd’hui, ses clients ne se limitent plus au cercle de connaissances de son quartier. Grâce au bouche-à-oreille, elle reçoit des croquis du Canada ou de la France. Des pays qu’elle rêve de visiter «pour se reposer et reprendre un peu d’inspiration», souffle-t-elle.


    Espoir et dignité

    Au-delà du simple soutien financier, le prêt redonne espoir et dignité à celui qui pourrait flancher. L’espoir car il en faut pour se jeter dans un projet afin d’améliorer ses conditions de vie et la dignité, grâce au système de prêt solidaire qui permet de ne pas en rester aux dons... La Fondation Banques Populaire, branche Korea, est créée en mars 98. Aujourd’hui, elle compte près de 3.000 bénéficiaires dans plusieurs quartiers de Derb Sultan, indique Habiba Benessadeq, agent de développement. Et le potentiel n’est pas près de s’éteindre: 600 demandes sont encore en attente de financement à ce jour. Sur l’ensemble des bénéficiaires, 70% sont des femmes, à l’instar de la tendance nationale: «Elles sont très sérieuses et demandent toujours de petits montants», selon Habiba. Le directeur, Abderrazak Fril, estime qu’il faudrait de nouvelles subventions des bailleurs de fonds pour diversifier les crédits. Fril pense à l’épargne et au prêt pour l’habitat, «car il y a beaucoup de classes défavorisées par ici».


    Le père de la microfinance

    Dans les années 70 au Bangladesh, naît une petite idée qui fera le tour du monde… On parle d’octroyer des microprêts à des populations vulnérables pour le développement d’activités génératrices de revenus. La petite idée qui a germé dans la tête de Mohamad Yunus est devenue grande… Depuis près de 20 ans, le concept est intégré par les gouvernements comme source de développement. Initié au Bangladesh à la suite de la famine de 1974, la Grameen Bank (Grameen veut dire «village»), fondée par Mohamad Yunus, est l’ancêtre de la microfinance… Cette banque, un peu particulière à l’époque, veut accorder des crédits aux exclus du système bancaire, les plus démunis jusque-là dépendant des usuriers. Yunus arrachera 40 familles des griffes de ces faux banquiers! Par ailleurs, financer des microactivités productives émanait d’un réel besoin qui a permis l’émancipation des femmes dans un pays où elles sont souvent dépendantes des hommes. Le principe imaginé par Yunus est simple: une somme dérisoire est souvent suffisante pour permettre le démarrage d’une activité, et plus particulièrement dans les campagnes… Le microcrédit était né! Céline PERROTEY

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