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    Pourquoi le premier distributeur français de fruits et légumes se lance dans la production au Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:59 Le 24/12/1992 | Partager

    Pour renforcer ses positions sur le marché européen, la tomate marocaine doit se distinguer, notamment par sa haute qualité. Tel est le point de vue de M. Lepoutre, président du Directoire de Pomona, concernant l'avenir de la tomate marocaine.C'est en partant d'ailleurs de cette idée que Pomona a décidé de se lancer dans la production de tomates au Maroc, à travers la société Armona, créée en association avec le groupe Arbor (cf L'Economiste n°56). Armona entend ainsi renforcer l'offre marocaine de haute qualité sur les marchés européens.Cette association ne comporte pas de clause d'exclusivité: Pomona qui est le premier distributeur français de fruits et légumes ne compte pas produire pour tous ses besoins et continuera à s'approvisionner auprès des producteurs

    L'Economiste: Pourquoi avoir choisi le Maroc pour votre première diversification dans la production?

    M. Lepoutre: Le Maroc est une importante origine de fruits et légumes sur la France et le sera de plus en plus dans l'avenir si on laisse la logique économique triompher.
    Pomona qui est importateur du Maroc depuis très longtemps, n'a pas vocation à être producteur. Il est importateur grossiste négociant.
    Nous avons uniquement sélectionné quelques opportunités de production parce que nous pensons que nous avons la possibilité d'y faire des expériences de produits de grande qualité dont l'offre est insuffisante en Europe.
    Bien entendu, nous ne pouvions nous lancer dans ce domaine et dans ce pays sans le concours de partenaires qui ont une expérience de production agricole au Maroc.
    M. Larbi Sekkat, président du groupe Arbor, est pour nous le partenaire type, avec une expérience agricole de qualité. Nous avons d'ailleurs une philosophie et une morale des affaires assez comparables.

    - Vous pensez donc que l'origine Maroc peut améliorer ses positions sur le marché français avec une tomate de haute qualité...
    - Le marché français peut s'ouvrir davantage à une offre de tomate de très haute qualité. C'est un produit que le consommateur exige maintenant en toutes saisons. Le Maroc a de très bons atouts pour cela.

    - A quels atouts pensez-vous?
    - En matière de production agricole, le savoir-faire est primordial. Les Marocains savent travailler la terre, s'y intéressent de longue tradition, une tradition qui n'a pas été interrompue mais qui a été au contraire gardée, entretenue, nourrie. De surcroît, le pays dispose d'un terroir et d'un climat adaptés à la production agricole.

    - Que signifie pour vous une tomate de haute qualité?
    -La notion de qualité est ambiguë.La qualité que recherche le consommateur n'est pas forcément celle qui est développée par le producteur ou le distributeur. La tenue du produit et sa bonne présentation ne sont pas forcément garantes d'une bonne qualité gustative.
    A mon avis, la tomate de Belgique ou de Hollande est un compromis qui a un peu sacrifié la qualité gustative au profit d'une tenue et d'une présentation qui sont assez remarquables. Ceci en fait un produit plutôt marketing que gastronomique.

    - Comment expliquez-vous les incidents qui ont récemment touché la tomate marocaine en France?
    - Ce sont des épiphénomènes, sans plus. Il faut savoir que le marché européen des fruits et légumes est en crise grave depuis plusieurs mois. C'est la crise de prix la plus importante qu'on ait connue depuis très longtemps, ce qui explique la nervosité de certains producteurs, au demeurant peu nombreux.
    Les incidents peuvent quelquefois influer sur la mentalité des politiques mais ils ne peuvent jamais retarder la logique économique . N'oubliez pas qu'en France aujourd'hui, prés de la moitié des fruits et légumes vendus sur le marché sont des produits d'importation.

    - Après votre association avec Arbor et avec votre nouveau statut de producteur, est-ce que vous allez continuer à vous approvisionner auprès des autres producteurs marocains?
    - Bien sûr. Pomona n'a pas la vocation de devenir un producteur de masse. Si, dans la meilleure des hypothèses, nous produisions 10% de ce que nous allons acheter au Maroc, ce serait un maximum. Nous continuerons donc à importer du Maroc, nous continuerons à avoir de bonnes relations avec les groupes marocains qui voudront bien passer par nous pour commercialiser leurs produits.
    (M. Larbi Sekkat intervient ici pour préciser: "Jamais Pomona n'a eu I'intention de produire tout ce dont il a besoin. Mathématiquement, cela serait impossible. Pomona est uniquement guidé par un souci de promouvoir la qualité. Compte tenu du marasme actuel sur les marchés, le Maroc doit viser la haute qualité pour s'imposer).

    - Les producteurs marocains peuvent s'interroger sur votre utilité et se demander s'il ne serait pas plus intéressant pour eux d'approvisionner directement les hypermarchés plutôt que de passer par vous.
    - Il y a toujours eu un souhait, tout à fait légitime, d'une relation directe entre la production agricole et la distribution de détail. Dans des cas précis, cela peut effectivement se faire: par exemple si un hypermarché est situé dans une zone maraîchère dans laquelle il s'approvisionne directement. C'est probablement le circuit le plus économique.
    Le cas général est cependant différent.
    Aujourd'hui, les fruits et légumes, ce n'est plus uniquement de la production. C'est aussi de la logistique, de la valeur ajoutée commerciale, du marketing, le pouvoir de la marque. C'est un monde qui devient de plus en plus agro-alimentaire.
    Entre le produit bord du champ et le produit dans un rayon d'hypermarché, il y a un certain nombre de fonctions qui doivent être assurées: conditionnement, transport, réseau commercial; il faut une présence dans plusieurs métiers, plusieurs pays. L'intérêt des producteurs est donc de s'insérer dans les circuits existants pour profiter des économies d ' échelle .
    Le rôle de la logistique et de la matière grise commerciale est au moins aussi important que la production elle même. C'est toujours facile de penser que le métier des autres est un métier facile.

    -Etes-vous tenté de faire acquérir une dimension européenne à Pomona?
    -Dans le métier où nous sommes, ce n'est pas le gigantisme qui paye.
    Jusqu'à présent, nous avons donc essayé de nouer des contacts avec des groupes européens du type de Pomona pour mener des actions communes. A titre d'exemple, avec le leader anglais Guist, nous venons de racheter Bargosa, une société espagnole de distribution de fruits et légumes.

    - Comment se comportera le marché français en 1993?
    - Cela va être très très dur jusqu'au printemps. Le marché sera chargé et lourd pour toutes sortes de produits.
    Mais on ne peut pas se prononcer sur l'ensemble de l'année. Il suffirait qu'il y ait des gelées tardives pour que la production agricole soit réduite.

    Propos recueillis par Nasreddine EL EFRIT et Alié Dior NDOUR

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