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    Culture

    Pourquoi le parti amazigh pose problème?
    Par Mouna Hachim, écrivain-chercheur

    Par L'Economiste | Edition N°:2772 Le 08/05/2008 | Partager

    Mouna Hachim est universitaire, titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Faculté des lettres de Ben M’Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d’histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l’écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004.  Une saga familiale couvrant un siècle de l’histoire de Casablanca et de son arrière-pays. En février 2007, elle récidive avec un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc» qui donne à lire des pans essentiels à la compréhension de l’histoire du Maroc sous le prisme de la patronymie.Le Parti démocrate amazigh marocain (PDAM) d’Ahmed Darghni posait d’abord problème du point de vue légal. Ainsi l’a déclaré en tous les cas la Cour administrative de Rabat qui a annulé sa constitution.Non-conforme avec la loi régissant les partis, il contredit son article 4, stipulant qu’aucun parti politique «ne peut être fondé sur une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale». Or, que ce soit dans sa dénomination ou dans son programme, le PDAM dissout est tourné autour d’un groupe ethnique exclusif, ce qui peut être considéré comme une pratique discriminatoire. Il est entendu que l’auto-identification est un élément fondamental de l’identité et procède d’une démarche naturelle, elle ne saurait toutefois évoluer sainement, sans la prise en compte des valeurs partagées avec les autres groupes sociaux, au risque d’appliquer une politique ethnocentriste vilipendée chez ses pires détracteurs.L’amazighit  -tout comme l’arabité- en tant que composante fondamentale de notre identité ne saurait ainsi exclure un autre groupe, pour des motifs linguistiques ou raciaux.Darghni à beau expliquer que le mot amazigh ne revêt pas de conception raciale mais civilisationnelle, que son sens littéral est «Homme libre» et que le fondement de son parti est le multiculturalisme. Il n’en reste pas moins que son essence première est d’ordre ethnique, autrement le terme marocain aurait été plus englobant et plus adéquat. Si un parti politique marocain proclamait son arabité depuis l’intitulé, il provoquerait assurément un tollé (nonobstant les programmes panarabistes affichés, concédons-le, aux conséquences désastreuses palpables ne serait-ce que sur le plan de l’enseignement!)Si un illuminé s’amusait à créer un «Parti des ‘Aroubis Unifiés», certainement qu’il prêcherait par discrimination envers les autres compatriotes de galères, qu’ils soient Amazighs ou sang-mêlé à travers le pays.Car en matière d’exclusion, principalement en milieu rural, de chômage, de pauvreté, de vide culturel instauré, de diktats de l’administration, de répression des revendications... les responsables, pour peu qu’ils puissent être clairement identifiés, à part par le vocable fourre-tout de Makhzen, ne procèdent sûrement pas selon des critères ethniques en tout état de cause. Pour preuve, les conséquences généralisées partagées, quelles que soient les appartenances, en dehors d’une certaine caste privilégiée proche depuis toujours des centres des affaires et du pouvoir. Quelques spécificités caractérisent évidemment les revendications amazighs, conséquences notamment d’ubuesques interdictions de prénoms berbères, d’absence patente dans les médias et de représentativité des trois langues amazighs. Signalons toutefois que, s’agissant d’aspiration à un développement humain durable, de l’affirmation des identités régionales, de la promotion des langues et des cultures du terroir, de la réhabilitation de notre patrimoine ancestral..., nous restons tous logés à la même enseigne que ce soit à Imjad ou à Had Kourt. Pourquoi vouloir donc nous saucissonner sur des bases tribales et ouvrir la boîte de Pandore des formations ethniques qui risquent de plus, de démultiplier le nombre des partis politiques, déjà bien consistant et bien indigeste.Le Maroc est loin d’être, en tous les cas, le seul pays dans le monde à se doter de pareilles lois garantes de son unité nationale. Si dans les plus grandes démocraties, en Europe par exemple, il existe des groupements contestataires à caractère ethno-régionaliste, flirtant souvent avec l’écologisme, se laissant parfois tenter par l’autonomisme, on ne peut pour autant parler de partis politiques à proprement parler.Mais évidemment, le remuant leader du parti, Ahmed Darghni, criant au racisme, n’entend pas en rester là, prêt à poursuivre l’affaire en Cour d’appel et à saisir les instances internationales et la commission des droits de l’homme. Des voix provenant du Congrès mondial amazigh vont même jusqu’à employer des mots chocs, pour mieux faire résonner le tam-tam médiatique, tels que «intolérance» ou «politique d’apartheid». Reste à nos illuminés de nous expliquer comment l’apartheid peut être appliqué contre soi-même, eu égard à notre double composante incontestable amazigh et arabe.Cette solidarité affichée avec Darghni au nom de la cause berbère n’est pas partagée à l’unanimité sur le plan national. Loin de revêtir la figure de leader charismatique, Ahmed Darghni crispe jusque dans son propre cercle. Souvenons-nous déjà, dans le cadre des plates-formes de discussion liées au Manifeste amazigh que Darghni, ayant proposé la création d’un parti amazigh, n’avait récolté que 6 voix favorables sur 152. De là, son entêtement en vue de la création du PDAM, emboîtant le pas au PDA de Omar Louzi, et qui ne pouvait logiquement que se terminer dans l’impasse.Plusieurs militants amazighs favorisent l’action associative fédératrice plutôt que le front partisan, tandis que les réalisations des institutions officielles, notamment celles de l’Ircam restent diversement appréciées par les militants qui y voient pour certains une grande avancée en faveur de la cause amazigh, dénoncent pour d’autres son inertie dans la prise de décisions fondamentales, ou au pire, crient à l’assujettissement au pouvoir.Pour revenir au Parti amazigh d’Ahmed Darghni, un autre de ses principaux points d’achoppement reste sans doute son secrétaire général et fondateur en lui-même dont les saillies suscitent de nombreuses interrogations.Sur l’identité marocaine d’abord, Ahmed Darghni avait déclaré sur la chaîne arabe Al-Jazeera dans l’émission Chahid (Témoin) qu’elle n’est pas islamique. Pour cela il a demandé aux Arabes de se souvenir que les Romains et le christianisme sont entrés au Maroc et sont sortis, que les Juifs et le judaïsme sont entrés en Afrique du Nord et se sont retirés et que l’Islam peut également se retirer un jour. Rêve-t-il donc d’une Jahiliya berbère? Veut-il insinuer que les Arabes et l’Islam n’ont été que conquête, sans se métisser et se mouler pendant ces quatorze siècles successifs, avec les habitants de cette terre? Darghni n’a pas hésité en tous les cas à déclarer que les Arabes et l’Islam doivent retourner dans la Péninsule arabique d’où ils sont originaires, flirtant avec les poncifs les plus chauvins, déformant la réalité historique et sociale et induisant l’existence d’une race pure. Que fera-t-il donc des milliers de sang-mêlé arabo-berbère? Sur le plan religieux, cette recherche de pureté des origines fait évoquer par Darghni l’Islam amazigh dans une acception passéiste aux relents révolutionnaires, nostalgique de l’ère des Kharijites ibadites, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire «Tilwah», feignant d’oublier que le rite sunnite malékite est l’école juridique adoptée par ses compatriotes contemporains, sur instigation des Berbères Almoravides depuis le Xe siècle. Mais là où Ahmed Darghni a certainement défrayé les chroniques, c’est suite à son voyage en décembre 2007 en Israël dans le cadre du séminaire méditerranéen organisé à Tel-Aviv par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, sous le thème du combat contre l’intolérance et le racisme. Dans ce pays moyen-oriental de respect de tous les droits de l’homme... juif, Ahmed Darghni ne s’est pas privé de relater l’interdiction de son parti amazigh pour des considérations qu’il juge racistes, fort de la compagnie notamment de l’initiateur de la création de l’association d’amitié amazigho-israélienne. Tout cela serait presque émouvant, s’il n’y avait pas cette image persistante d’existence de dindon de la farce dans cette histoire, appelé l’être arabe.Malgré ses positions explicites, Ahmed Darghni qui avait déclaré à l’antenne de la radio belge Al-Manar être un organisateur des Imazighen, «Peuple, dit-il, détruit par les envahisseurs et par les colonialistes», il ne va toutefois pas jusqu’au bout de ses raisonnements et ne répond pas à toutes les questions soulevées par ses prises de position. Quiconque naviguerait sur quelques sites internet «régionalistes» resterait estomaqué par la violence de certaines diatribes qu’aucun homme politique aussi réactionnaire soit-il, n’oserait afficher, tant elles transpirent le chauvinisme, le fascisme et salissent le nom de la cause noble qu’elles sont censées défendre.Car il ne s’agit pas ici évidemment de faire un amalgame avec les revendications amazighs légitimes ou de dénaturer l’esprit du mouvement amazigh, loin de constituer un bloc monolithique. Cependant, la justesse des revendications identitaires et culturelles ne doit pas figer notre pensée critique, ni nous faire avaliser un discours dangereux.Comment réagir, en effet, face à des personnes qui divisent de manière manichéenne les Marocains en autochtones et en envahisseurs, qui dénient farouchement l’appellation du Maghrib au Maroc et qui se complaisent dans une position victimaire, quitte à falsifier l’histoire et à moudre du grain pour les apôtres du morcellement et de l’instrumentalisation communautaire...


    Deux idées reçues sur les relations arabo-berbères au Maroc

    ■ Les Arabes: Des envahisseurs colonisateurs?Les historiens les plus fiables attestent que les Arabes de la conquête ont été bien trop peu nombreux pour parler d’occupation ou d’envahisseurs. Certains de ces chevaliers de la foi ont laissé des noms adul s en pays berbère, tels que Yasslou, de la lignée de Abban, fils du calife de l’Islam, Othmane Ibn Affan dont les descendants sont les Béni Warith Yasslouti renommés chez les Béni Zeroual dans le Rif occidental. Plusieurs émigrants arabes ont formé des principautés avec l’aide des populations locales, tel l’émirat de Nekkour, fondé dans le Rif en 809 par le yéménite, Salah Ibn Mansour. Que dire de l’Oriental Idris, arrivé esseulé dans le Zerhoun avec son affranchi, avant de recevoir l’allégeance des tribus Awraba dont il épousa la fille Kenza, grand-mère de tous les Idrissides!Il est un fait que l’arabisation en profondeur du Maroc est due essentiellement aux tribus bédouines Béni Hilal et Béni Soleim (puis des Maâqils yéménites) introduites au Maroc par la dynastie berbère almohade à partir du XIIe siècle. ■ Les Amazighs: Tous autochtones?Le territoire des Berbères s’étend de l’Atlantique aux frontières égypto-libyennes et de la Méditerranée aux vastes étendues du Niger et du Mali. Si l’on devait suivre les généalogies d’Ibn Khaldoun, inspirées elles-mêmes des travaux de généalogistes antérieurs arabes et berbères, les Amazighs constituent trois principaux groupes aux multiples ramifications. Les plus Marocains des Berbères seraient les cultivateurs sédentaires Masmouda qui peuplaient le Maroc atlantique depuis la Méditerranée jusqu’au Souss-extrême. Les Sahariens Sanhaja sont, quant à eux, considérés d’origine yéménite, introduits au Maroc depuis les temps anciens par la voie du désert, tandis que les pasteurs nomades Zenata dont les mœurs sont très proches des Arabes sont les plus Orientaux des Berbères, apparentés aux peuples antiques des Garamantes. Parmi eux, les Houara qui ont accompagné le mouvement des tribus arabes depuis les régions de Barca en Tripolitaine, les aidant à la conquête de la Sicile du temps des Aghlabides et jouant le même rôle en Andalousie auprès de Tariq Ibn Ziyad, peuplant différentes régions du Maroc depuis l’Oriental jusqu’aux plaines du Souss.


    Le village planétaire et ses tribus

    Pour relativiser la problématique amazigh, il convient parfois de l’envisager dans un contexte mondial fait de globalisation et d’uniformisation culturelle avec ce que cela suppose comme pertes de repères traditionnels et d’exacerbations identitaires. Ajoutons à cela, l’application sur le terrain d’une conception jacobine de l’Etat avec une forte centralisation et une marginalisation des cultures locales dans les manuels d’histoire, dans l’enseignement et dans les médias par les chantres de la culture citadine dominante dont le dédain pour la culture rurale est parfois compensé, pour donner bonne conscience, d’un folklorisme de cartes-postales. Parmi les exemples symbolisant l’arbitraire dans le cas amazigh: l’interdiction pour des parents de choisir un prénom berbère à leur enfant, frappant ainsi au cœur de l’identité. Comment ne pas saisir pourtant que la transmission de sa culture millénaire dans sa langue natale, à travers la vie quotidienne, l’école, les livres et les médias... est un droit légitime dans tout Etat soucieux de diversité culturelle. Tarder à mener les réformes nécessaires, malgré le long travail que cela doit nécessiter en amont et en aval, ne fait que radicaliser les mouvements et à accroître le sentiment d’injustice et de révolte. A travers le monde, une dynamique identitaire est certainement en marche, revêtant plusieurs aspects, selon les spécificités culturelles, sociales et politiques, que ce soit en Alsace ou en Bretagne, en pays basque ou catalan, chez les Touaregs ou chez les Kurdes, en Flandres ou dans la Suisse des cantons... Reste à savoir si ces mouvements de revendications ethniques contribuent à consolider les Etats ou à creuser un fossé moral entre les habitants.«Dihya, dite la Kahéna, la devineresse, devenue un symbole de la résistance berbère. Reine des tribus zénatiennes des Jarawa, elle s’illustra par sa résistance farouche contre les troupes arabo-musulmanes. Après sa fameuse défaite contre Hassan Ibn Naâmane et la politique désastreuse de la terre brûlée menée par sa reine, son peuple se dissémina au milieu des autres tribus. Quant à ses deux fils, ils auraient rejoint le camp musulman à la demande de leur mère selon les récits anciens (www.kenchela.infos

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