×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Tribune

Pour une prise de conscience du rôle des fonds propres au Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:17 Le 20/02/1992 | Partager

L'IMPORTANCE du rôle des fonds propres dans le processus du développement des entreprises est un phénomène encore ignoré d'un grand nombre de sociétés. Certaines entreprises marocaines commencent à redécouvrir la nécessité pour elles d'avoir des fonds propres en quantité suffisante pour assurer leur développement.
L e Maroc prend exemple sur les pays européens mais avec une vingtaine d'années de retard et une tradition de sous-capitalisation. Quelles sont les raisons de la faiblesse des fonds propres dans le bilan des entreprises marocaines?.

L'immobilier: garantie bancaire


Il ne faut pas être né marocain pour rappeler l'intérêt traditionnel de nos compatriotes pour la terre et la pierre. Ils ont donc orienté la majeure partie de leur épargne vers les immeubles plutôt que vers l'industrie. Même quand l'épargne dans les années 1970 -marocanisation oblige- s'est orientée vers l'industrie, le caractère patrimonial de l'investissement l'a emporté sur celui de pur capitalisme industriel. Cette attitude a maintenu les fonds propres des entreprises marocaines à un bas niveau. Une des conséquences de cet état de fait, est que les banques ont tendance à appuyer leurs garanties essentiellement sur des valeurs immobilières, sur la fortune personnelle des dirigeants beaucoup plus que sur le bilan de l'affaire elle-même. D'où la réputation donnée aux banquiers marocains: ils ne prêtent que contre des garanties personnelles. Ce comportement, incite les personnes physiques propriétaires d'entreprises de posséder des actifs immobiliers pour les donner en garantie dans l'attente de réaliser un jour les plus values latentes que contiennent ces immobilisations.

Le système fiscal: la non rémunération des fonds propres


Parmi les autres raisons du faible développement des fonds propres, il faut citer leur non-rémunération.
En effet, la rémunération d'un capital emprunté est déductible du bénéfice imposable. Par contre, celle d'un capital propre est non déductible. Le coût de la dette après impôt sur les sociétés est égal plus ou moins à la moitié avant impôt sur les sociétés.
Exemple: une société qui emprunte 100 DH au taux de 15%. Avant I.S., le coût est de 15 DH. Le coût final, après I.S. (45%) est de 8,25 DH en raison de la déductibilité des charges financières. Cette incidence du système fiscal rend le coût effectif du financement au moyen de capitaux propres plus ou moins égal au double de celui du financement par emprunt. Cette anomalie du système fiscal marocain freine la croissance économique. Comme les entreprises tendent à maintenir un ratio dettes sur capitaux propres raisonnable, les capitaux disponibles pour financer la croissance sont limités par les faibles dotations aux réserves obligatoires et facultatives.
L'inflation conjuguée à la dépréciation monétaire du Dirham oblige l'entreprise marocaine à recourir à des capitaux additionnels pour renouveler ses immobilisations amorties et pour maintenir son capital circulant au même niveau. Par conséquent, il ne reste rien ou peu pour la croissance.
Notre système fiscal empêche la collecte de capitaux nécessaires à une économie qui en a grand besoin.
Seule une provision déductible sur la rémunération du capital propre atténuerait la disparité entre le coût du capital emprunté et celui du capital propre, elle nuancerait donc le problème de l'insuffisance des fonds propres.

Le système social: constituer une retraite


Les systèmes de retraite, de mutuelle et diverses assurances, incitent plus les dirigeants marocains à percevoir une bonne rémunération de la part de leurs entreprises (en se versant des salaires substantiels à cause de la lourdeur de l'impôt sur les salaires, de surcroît déductibles), pour avoir, en fin de compte, un revenu net convenable qu'en se versant des dividendes soumis à des prélèvements fiscaux à la source dans certains cas, et imposables à l'IGR au niveau du bénéficiaire résident.
L'importance des salaires -c'est là où intervient la raison sociale- permet la constitution d'un bon régime social: retraite, assurance décès ... Après avoir passé en revue les raisons de la faiblesse des fonds propres de nos entreprises, il faut citer l'incidence de cette insuffisance sur notre commerce.
Au moment où notre commerce extérieur a besoin d'un sursaut, nos entreprises ne sont pas armées pour affronter la concurrence étrangère tant sur le plan national qu'international. La raison est simple, nos entreprises n'arrivent pas à réduire leur fragilité financière. De ce fait, elles ajoutent au risque financier un risque commercial supplémentaire. Aujourd'hui donc, pour tout financement, la variable "fonds propres" doit impérativement être considérée. Ceci est vrai si l'entreprise veut se diversifier au niveau des marchés en exportant ou en modifiant sa stratégie commerciale sur le plan national.

En conclusion, pour redécouvrir l'importance des fonds propres au Maroc, il faut faire un effort. A titre d'exemple, même les plus values à long terme sont imposables si le produit global de la cession n'est pas réinvesti dans le délai de 3 ans en immobilisation ou en titres de participation. Il faut donner aussi la possibilité à une entreprise de déduire de ses revenus les dividendes qu'elle paie sur les augmentations de capital effectuées en numéraire.
Ces mesures, certes, renforceront les fonds propres des entreprises marocaines en attendant l'évolution des mentalités pour pouvoir adopter d'autres approches de financement des fonds propres comme le capital risque qui reste méconnu de beaucoup d'entreprises marocaines. D'ailleurs, le fameux "Effet de Levier" qui était à la mode il y a quelques années et qui consistait à financer le développement en recourant à l'emprunt dans l'espoir de maximaliser la rentabilité des investissements est beaucoup moins valable aujourd'hui. Il faut probablement lui substituer un nouveau raisonnement basé sur l'équilibre des différents risques auxquels est confrontée l'entreprise.

Mohamed BOKHAMI
Consultant financier
Expert-Comptable

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc