×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Dossiers

    Pour donner aux femmes une meilleure représentation politique : Gisèle Halimi prône des quotas

    Par L'Economiste | Edition N°:145 Le 15/09/1994 | Partager

    La démocratie sans les femmes n'est pas la démocratie La conquête par les femmes de leur dignité doit encore franchir un obstacle: celui de la représentation politique Gisèle Halimi, rune des plus célèbres féministes européennes dénonce avec la franchise de ton qui la caractérise ce qu'elle appelle un véritable "apartheid sexuel" et propose un arsenal de mesures de discrimination positive. Pour que les femmes intègrent enfin réellement la démocratie.

    Le grand accroc dans l'égalité des sexes est - d'évidence - celui de la sous-représentation des femmes dans la vie politique des démocraties modernes. Phénomène aussi anachronique que planétaire.

    Les femmes en Europe et dans la plupart des sociétés laïques(1) sont entrées par effraction sur les terres gardées des métiers masculins et y font leurs preuves. Elles ont arraché le droit de choisir leurs maternités et explorent. en Soyouz ou Columbia de lointaines galaxies.

    Mais le droit de décider en politique ?

    La France est le premier pays à proclamer le suffrage universel masculin ( 1848). Et le dernier à reconnaître le droit de vote aux femmes (21 avril 1944). Un demi-siècle plus tard. le taux de représentation féminine en France demeure le plus bas - avec celui de la Grèce - d'Europe. Avec 5,5 % de femmes parlementaires, elle retrouve le taux de sa première participation aux élections parlementaires, en 1945. soit près d'un demi-siècle après.

    Tolérée à dose homéopathique

    Ce qui illustre. d'une manière péremptoire. l'immense stagnation des mentalités et impossible dépassement. par la seule évolution dans le temps. de la misogynie en politique. La Finlande (38,5 % ), la Suède (33 %), l'Allemagne (20 %) ou l'Espagne (14 %) effectuent quelques percées notables. quelquefois grâce aux quotas dans les partis (en Scandinavie notamment). Paradoxe d'autant plus grand que la Révolution française et le Siècle des Lumières ont essaimé à travers le monde leurs idées d'égalité et d'universalité. L'Europe. berceau de la démocratie. ne fait guère mieux en la matière que d'autres continents. comme l'Amérique ou l'Asie: 12 à 192,5 %. Il y a donc blocage de l'avancée féminine en politique au regard des autres conquêtes.

    Pourquoi ? Comment expliquer ce véritable apartheid sexuel alors que depuis près d'un demi - siècle. en Europe et dans le monde. le principe de la stricte égalité dans ces domaines est ressassé à l'envi ?

    - La femme. comme tout individu, "a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays... à accéder dans des conditions d'égalité aux fonctions publiques de son pays" rappelait déjà la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en 1948. Les Constitutions des pays démocratiques sont résolument égalitaires. Celle de la France "garantit. dans son préambule "à la femme. dans tous les domaines, des droits égaux à ceux des hommes".

    Ce principe - partie intégrante du droit public européen - se trouve dé menti par le terrible constat des chiffres. Bien que la discrimination sexiste soit qualifiée à l'ONU, A l'UNESCO, etc... "d'atteinte à la dignité humaine", la femme reste exclue de la décision politique, ou tolérée, on le voit, à dose homéopathique.

    Les raisons de cette exclusion - contraire donc à la loi et aux conventions internationales - sont multiples.

    La répartition des rôles entre hommes (sphère publique et femmes (sphère privée) a créé une véritable ségrégation sexuelle: depuis longtemps. cette cassure du monde fait partie de l'ordre naturel des choses et érige de nouvelles barrières sur les décombres de celles qui sont tombées.

    Les citoyennes se trouvent acculées à mener un véritable combat contre les pesanteurs de l'Histoire. de l'idéologie. de la culture. du rapport des hommes au pouvoir.

    Quant aux conditions économiques et sociales. elles sont, dialectiquement, cause et conséquence du clivage.

    La culture, pétrie de religion même dans un pays constitutionnellement laïc (la France n'est-elle pas un "terreau" judéo-catholique, et ces deux religions n'infériorisent-elles pas les femmes". les traditions, les mentalités ont suscité un monde de discrimination où le paradis patriarcal assignerait l'homme à la production et la femme à la reproduction.

    Même si les hommes et les femmes subissent dans leur ensemble un décalage entre loi et réalité. force est de reconnaître que les deux sexes ne le subissent pas de la même manière et dans la même mesure. Toutes choses égales. la femme cumule le décalage subi par son compagnon avec celui qui est propre à sa condition de femme. Ce cumul, dans tous les domaines. définit la spécificité discriminatoire de la condition des femmes - et explique, en partie, la place quasi nulle des femmes en politique. Les mentalités n'évoluant guère. l'image d'une Assemblée Parlementaire composée à 95 % d'hommes, (alors que le pourcentrage féminin s'élève à 53% environ du corps électoral dans presque tous les pays du monde), le fonctionnement d'une démocratie où la moitié de la population - les hommes - décide. et l'autre - les femmes - acquiesce. choque à peine.

    Autre paradoxe de fond: la proclamation surabondante de l'égalité entre les sexes. le principe universaliste ont agi, en politique. comme un boomerang.

    L'égalité comme prétexte

    D'une part parce que l'affirmation identitaire - le citoyen. et la citoyenne - a joué comme un verrou contre la revendication des femmes en politique. "Puisqu'on vous répète que vous répète que vous êtes égales... que faire de plus ? Rien...".

    D'autre part, parce que ce bouclier, opposé à toute démonstration du contraire, lamine la spécificité sexuelle de la femme. La démocratie représentative transcende les intérêts particuliers au profit de l'ensemble de la collectivité nationale. Or celle-ci est composée d'hommes et de femmes qui ne sont pas des êtres humaines identiques et qui concourent. ensemble et dans la complémentarité pérennité de l'espèce humaine. Cet conception correspond d'ailleurs a niveaux de formation. au moins égaux entre les sexes. A l'évolution des moeurs et à la place prise par les femmes dans le monde du travail. L'égalité. proclamée comme un rempart opposé à tout forme de contestation. out qu'elle est démentie par les faits les chiffres. ne peut tond, une société morale car elle neutralise les barrières dressées contre la destruction de l'individu. contre le gommage de sa spécificité sexuelle.

    Il ne suffit pas d'arguer de vague pluralité ou diversité des citoyens pour justifier le refus de prendre en compte l'existence des deux sexes.

    Il ne peut y avoir de neutre générique Le citoyen n'est pas neutre mais construit sur une maquette masculine. Or. la politique doit être sexuée. car l'égalité des sexes implique leu différence. et cette différence sera le moteur déterminant d'une autre démocratie.

    En définissant ainsi la différence. en la faisant source d'un autre égalité. nous prenons radicalement nos distance d'avec ceux - les racistes, les sexistes les xénophobes... - qui font de cette différence le fondement même de l'infériorisation et du rejet de l'autre. L'autre couleur de peau. l'autre sexe l'autre citoyen.

    Faudra-t-il pour y arriver se résoudre à une politique des quotas ? Quand un principe n'a pu générer que l'échec universel. quand un Etat de droit se proclame pourvoyeur d'une éthique égalitaire pour les femmes et se révèle le fossoyeur de leur égalité politique. il faut une "mesure volontariste" pour mettre fin à une injustice d'un autre temps, en contradiction avec la place prise par les femmes dans le monde d'aujourd'hui. L'anachronisme est, en la matière, injustice.

    Les forces d'inertie qui pèsent sur notre société pour la doter d'un nouvel équilibre entre femmes et hommes - celui de sa représentation poli tique - doivent être vaincues. Il faut donc une loi. Pour pallier d'autres dysfonctionnements de nos démocraties la loi est intervenue pour rétablir de grands équilibres. L'outil législatif n'est-il pas déjà utilisé pour limiter ou neutraliser les rapports de force dans le monde du travail (droit social). la santé (assurances sociales par compensation) l'environnement (droit de protection) ?

    Il faut contrecarrer. par le droit. la loi du plus fort. "Entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit", disait déjà Lacordaire. La loi édictera-t-elle des quotas pour la participation politique des deux sexes ? Oui, si cette loi "favorise" de la même manière les hommes, si le quota reflète la proportion des populations hommes et femmes, bref, la loi édictera un quota... de 50 % d'hommes et de 50 % de femmes sur les listes de toutes des élections nationales et européennes.

    Pas une minorité

    Objecter à la théorie des quotas qu'elle risque de précipiter les femmes quotas qu'elle risque de précipiter les femmes ne sont ni une minorité ni une "catégorie", mais la moitié de l'humanité qui inclut toutes les minorités et catégories : jeunes, vieux, noirs, chômeurs, handicapés etc... Exactement comme l'autre moitié de l'humanité, les hommes.

    Alors pour quoi ne pas ordonner une égalité de traitement en politique ? Electrices. les femmes doivent aussi être des élues et cela dans les mêmes proportions que leurs compagnons.

    Donc un double quota égalitaire. c'est-à-dire le plus juste des partages c'est-à-dire aussi l'inutilité des quo tas. La parité en politique pour qu'à partir d'un juste partage de nouvelles règles du jeu la gouvernent.

    L'avancée des femmes a toujours coïncidé avec les avancées de la démocratie. Oublions-nous que les périodes noires de notre Histoire ( Hitler. Franco. Pétain. Pinochet) ont fait coïncider la régression des droits des femmes. leur rejet du monde du travail et des vraies responsabilités publiques. avec la mort des libertés et des droits de l'Homme ?(2)

    La démocratie paritaire: une autre démocratie. une autre manière. plus juste. de la revaloriser.

    Gisèle HALIMI (France)

    Gisèle Halimi

    Avocate à la Cour (Barreau de Paris), Gisèle Halimi est sans aucun doute la juriste la plus célèbre de France. Féministe engagée. écrivain, elle est présidente de l'association "Choisir - La Cause des Femmes" et ancienne Députée à l'Assemblée Nationale française (1981-1984)

    (1) La Tunisie, pays dont la Constitution se réfère explicitement à la religion musulmane. a accordé aux femmes. dès 1956, un statut d'égalité laïque, unique dans le monde arabe.

    (2) Le Code Pénal hitlérien avait introduit la peine de mort. suivi en cela par le Code Pénal pétainiste. "Les trois K" (Kirche. Küche, Kindern = Eglise. Cuisine, Enfants ) du régime nazi étaient prônés comme une nécessité vitale pour les peuples.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc