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Culture

Pour bien vivre la mondialisation, changeons!
Par Ikbal SAYAH

Par L'Economiste | Edition N°:2321 Le 18/07/2006 | Partager

Ikbal Sayah est cadre au ministère des Finances. Il va de soi qu’il s’exprime ici à titre personnel (Ph. privée)Le rapport-bilan sur «50 ans de développement humain et perspectives 2025» a permis de mettre en relief les atouts et les insuffisances du modèle actuel de développement. Il nous pousse à nous interroger sur un modèle ajusté, qui, tout en veillant à préserver et à valoriser les valeurs culturelles du pays, en particulier sa tradition d’ouverture, de dialogue et d’assimilation des influences étrangères, permet d’engager une rupture sur le plan du comportement, tant à l’échelle de l’Etat que des entreprises et des individus. . Obligation de résultatCes évolutions permettraient sans doute à notre pays d’affronter les enjeux et les défis internes et externes auxquels il sera bientôt confronté, en l’occurrence, la gestion de ses ressources qui sont parfois insuffisantes, la valorisation de son dividende démographique et son indispensable adaptation structurelle à la nouvelle géographie économique mondiale, qui nous impose de revoir ce que nous produisons et comment nous le produisons.Partant de ce constat, de nombreuses pistes de réflexion ont été déployées, avec pour objectif de générer une approche globale, lucide et pragmatique qui puisse pérenniser les mutations profondes voulues par le Roi Mohammed VI et les enraciner dans une vision stratégique qui couvre l’ouverture et la modernisation du champ politique, la remise à niveau de l’environnement économique et le rééquilibrage social désormais érigé en priorité absolue. Cette approche, qui crée pour chacun une obligation de résultat, va instaurer graduellement, auprès des Marocains, une culture nouvelle de l’équité, de la réciprocité et de la responsabilité, culture désormais déterminante dans la genèse de nouveaux avantages compétitifs, la création des richesses et la promotion de la prospérité. L’ère des avantages comparatifs est en effet révolue. Les dotations en ressources naturelles et la main-d’œuvre à bon marché ne priment plus, ce sont plutôt les dotations en savoir universel et local, prenant en compte les ressources culturelles, mais aussi les comportements, qui sont à même de créer d’autres richesses et assurer une prospérité et un bien-être supérieurs. Outre la politique économique (voir encadré), il importe de mettre en place une véritable politique de l’éducation et une recherche publique ambitieuse au regard du lien fort qui existe entre les efforts de R&D et l’amélioration de la productivité globale des facteurs. Se pose, à cet égard, la nécessité de dépasser le cadre national en démultipliant les effets de l’effort de R&D grâce à l’ouverture internationale de nos instituts, mais également l’amplification des liens entre les entreprises, les universités et la recherche publique, afin de faciliter les transferts technologiques et de favoriser la sédentarisation, dans notre pays, des compétences humaines.Cette stratégie est le prélude à une sortie par le haut. Elle doit, en parallèle, s’accompagner d’une politique de l’éducation qui se doit aussi de se mettre au service du développement d’une économie favorisant le sens de l’initiative à travers la sensibilisation à la culture entrepreneuriale dès le plus jeune âge.La politique d’entreprise passerait alors par l’amélioration des conditions générales de soutien à l’initiative privée, via, en particulier, la simplification administrative, l’accès au financement, l’harmonisation fiscale et la protection des droits de propriété intellectuelle, dans le but de parvenir à un équilibre entre l’incitation à innover et générer des connaissances et leur diffusion.. Réforme de la gouvernanceParallèlement, la réforme du système de gouvernance va permettre d’inscrire le pays sur un sentier de développement. C’est pourquoi le rôle de l’Etat doit rapidement évoluer vers la régulation de l’économie. Tout en favorisant une véritable culture d’anticipation au niveau de ses décideurs qui leur permettrait de faire du temps un facteur essentiel d’intégration du changement, le coût de fonctionnement de l’Etat se doit d’être redéployé vers les fonctions de solidarité longtemps négligées au cours des premières décennies d’indépendance. De même, les politiques actives de l’emploi doivent afficher de nouveaux paris. Il s’agit alors de généraliser l’éducation et la formation tout au long de la vie, favoriser l’emploi dans les services, tout en élevant le taux d’emploi. Ces politiques seraient alors à même d’enclencher un cercle vertueux articulé autour de plus de cohésion sociale, plus d’égalité entre les sexes, plus de participation sur le marché du travail et, in fine, plus de soutenabilité des systèmes de solidarité sociale.Toutes ces politiques sont quasiment interdépendantes. Dans ce contexte, pour ériger un processus cohérent de changement, il importe de se doter d’une vision stratégique de long terme et que l’Etat se donne des moyens d’incitations et de pilotage. Il s’agira aussi de publiciser, de faire connaître les expériences réussies et de lancer d’autres expériences, avec les acteurs les plus dynamiques, telles les ONG qui peuvent jouer un rôle important par les effets de démonstration qu’elles peuvent avoir auprès des populations. Toutes ces démarches et les évolutions qu’elles suscitent procèdent d’une sorte de contamination des esprits, et permettent surtout de ne pas, fatalement, succomber aux discours de ceux que l’actuel Premier ministre français, Dominique de Villepin, a appelé dernièrement les «déclinologues». Mais, il est permis d’espérer que le Maroc saura se reprendre face au risque d’abaissement, comme cela s’est vu dans le passé, lors des moments les plus sombres de son Histoire, comme l’exil de la Famille royale en 1952 ou la bataille de Oued El Makhazine, en 1578. Ce qui passe évidemment par le retour d’une confiance en soi qui créera un état d’esprit propice à la résolution des problèmes, sans laquelle l’ouverture sur le monde demeure un exercice périlleux. Le défaitisme paralyse en effet l’action et seul l’espoir engendre motivation et efficacité. Il n’est alors jamais trop tard pour regarder l’avenir en face, positivement et lucidement. Les exemples du Japon hier, de la Chine aujourd’hui et de l’Inde demain, le démontrent d’une manière éclatante.


Nouveau paradigme

Un nouveau paradigme a en effet émergé où la connaissance et l’innovation deviennent la source principale de richesse, mais suscitent aussi des différences manifestes entre nations, entreprises et personnes. Il s’agit donc de définir une voie de transition claire pour une nouvelle économie, basée sur l’innovation et la connaissance, avec des marques distinctives qui vont de la cohésion sociale à la diversité culturelle. En une phrase, reconnaître que, plus que jamais, il n’est de richesse que d’hommes et que c’est dans la recherche effrénée de la valorisation de ce potentiel que se situe l’ultime chance du Maroc.


Politique économique: Nouvelle tâche

En ce qui concerne les réformes économiques, elles devront être centrées sur la création de potentiel d’innovation, et ce, à travers la modernisation de l’administration et la moralisation de la vie publique, la généralisation des pratiques concurrentielles, par le biais de l’accélération du processus de déréglementation et de dérégulation des marchés encore protégés, et la dynamisation du secteur financier, qui sera davantage tourné vers le soutien à l’investissement productif à risque.Si les politiques macroéconomiques doivent rester fidèles aux paramètres de la croissance durable et donner aux opérateurs économiques une visibilité plus grande, elles ont également une nouvelle tâche. Ces politiques sont en effet tenues de stimuler le changement structurel à travers notamment une nouvelle approche de l’investissement public basée sur leur meilleur ciblage en fonction des effets sur l’emploi et le secteur privé, mais aussi une orientation privilégiée des dépenses publiques vers la valorisation des ressources humaines, la modernisation de notre système d’enseignement et d’innovation, ainsi que le soutien des secteurs porteurs à travers leur accompagnement dans la compétition mondiale. Autrement dit, avoir le contrôle sur les déficits et les dettes publiques n’est pas suffisant; il faut améliorer la qualité des finances publiques.


Plus on attend, plus c’est dur

Par ailleurs, si l’adaptation au changement est un facteur nécessaire de progrès, on ne peut cependant ignorer qu’elle s’accompagne de coûts économiques, sociaux et humains, frappant à leur tour les individus les moins qualifiés, ceux du bas de l’échelle qui ne peuvent faire preuve de mobilité professionnelle nécessaire au changement. On rencontre là le douloureux problème des «laissés-pour-compte du progrès» et qui, faute de dynamisme économique suffisant, empêchera l’éclosion au Maroc de cette classe moyenne entreprenante, capable d’insuffler les réformes et de faciliter la pénétration des technologies et des valeurs de progrès. Plus on attend, plus il est dur de s’adapter. C’est pour cela qu’il est important de procéder, vite, au renouvellement de notre modèle de société en raison des risques de fragmentation sociale et de montée des inégalités, et ce, en mixant de façon totalement convaincante économie et social, compétitivité et solidarité. Ce renouvellement pourrait être axé sur un investissement accru dans les personnes, l’activation de politiques sociales, qui vont de pair avec une lutte renforcée contre l’exclusion. Ceci implique notamment de soutenir les différents groupes de population, diffuser les nouvelles compétences de base et combattre l’illettrisme sous toutes ses formes, notamment informatique.

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