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    Economie

    Politique économique: Le retour de Jurassic Park

    Par L'Economiste | Edition N°:269 Le 27/02/1997 | Partager

    La libéralisation marocaine marque le pas. Rien de grave, rien d'irréversible, mais un peu partout une sorte de fond de l'air, d'ambiance.


    C'est une collection de petits signes, sans lien entre eux, qui finit par créer cette ambiance de pas en arrière dans la libéralisation.
    Ce ne sont pas des débats savants qui font ou défont une politique. Ce sont au contraire des signaux simples, nets et constants.
    Par exemple, M. Mohamed Berrada a certes inventé le plus puissant des mécanismes d'isolation commerciale avec le PFI, mais il n'empêche qu'il restera une grande figure de la libéralisation écono-mique marocaine parce qu'il a, avec la plus grande constance, martelé le même message, y compris quand la conjoncture l'amenait à faire des compromis.
    La politique a ses mythes qui lui sont aussi indispensables que l'eau à la vie, parce qu'ils ont un effet structurant autour d'eux. C'est sur la base de ces mythes qu'individus et entreprises prennent chaque jour la multitude de petites décisions qui en fin d'année feront ou ne feront pas une croissance, industrielle et commerciale, solide et forte.
    Actuellement, la libéralisation donne des signes de faiblesse. Rien ne la remet ouvertement en question, juste des flous sur les mythes.
    La libéralisation a trois enjeux emblématiques: la privatisation, le déficit budgétaire et la concession de services publics.

    Sur chacun de ces signes extérieurs, un léger flou s'est donc créé. La privatisation piétine. A côté du droit cheminement d'ABB-CMS à Jorf Lasfar pour la plus grande opération au monde de concession électrique, la Lyonnaise des Eaux se voit enfermée dans un filet de résistances plus ou moins occultes. Le projet est certes victime de son acte de naissance (le gré à gré et des coups de pouce politiques plus ou moins adroits) mais ses déboires brouillent l'axe politique de la libéralisation: qui a raison de l'autre, le pouvoir local ou le pouvoir central? Quid des dossiers techniques? Pourquoi le pouvoir central n'a-t-il pas relevé ce que la CGEM a relevé dans la formation des prix? Qui a intérêt à ce que la RAD, incapable de facturer correctement la taxe de télévision, devienne miraculeusement bénéfi-ciaire en dépit des arriérés qu'elle a auprès de l'ONE?
    Les mêmes questions se posent autour du déficit budgétaire: pourquoi un gouvernement fait-il droit à des pressions sur certains salaires de la Fonction publique, alors que les charges salariales de l'Etat sont déjà anormalement élevées et qu'il est par définition un gouvernement sortant? Pourquoi les audits des collectivités locales, des entreprises publiques... restent-ils secrets comme les contribuables devaient rester en dehors de la gestion de leur argent? Pourquoi un personnage aussi controversé et depuis aussi longtemps que M. Miloud Chaabi a-t-il reçu le soutien de son parti politique du moment, l'Istiqlal, soutien qui lui a été marchandé par la suite, alors qu'il recevait l'appui de quelques personnes de l'UC avec qui il est en affaires? Pourquoi en dépit de la pression internationale, en dépit des montants gaspillés, en dépit de la réprobation morale, l'affaire des cantines semble-t-elle si fort promise à l'enlisement?

    Dans toutes ces questions, quelles sortes d'intérêts sont-ils assez importants pour prendre le pas sur l'obligation de redresser les finances publiques? Quelles sortes d'intérêts sont aussi assez puissants pour ralentir la privatisation?
    Tout se passe comme si le Maroc avait envie de s'arrêter au milieu du chemin après avoir parlé pendant des mois de la «croissance à grande vitesse». La démarche de politique économique devient floue, hésitante.
    Le Maroc voudrait-il ressembler à ces individus limités, capables seulement de faire une chose à la fois, dans ce cas arrêter le travail économique pour ne faire que le travail de réforme institutionnelle? Ou bien est-ce plus prosaïquement l'opportunité de changements profonds dans la carte politique réveille-t-elle davantage l'esprit d'initiative de ceux qui veulent conserver leurs acquis que l'esprit d'à propos de ceux qui veulent poursuivre les changements?
    C'est une évidence, la campagne électorale va être dominée par les questions sociales.
    Le Maroc est très en retard, stagnant à peu près au niveau du Yemen pour ses indicateurs de santé et d'éducation, traversé, qui plus est, par des différences sociales fortes et surtout très visibles.
    Il reste à savoir si, à la faveur de ces remises en jeu bien nécessaires, il n'y aura pas quelques oeufs de dinosaures capables de nous rejouer Jurassic Park.

    Nadia SALAH.

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