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    Tribune

    Point de vue: Quand l'Administration gène l'investissement...

    Par L'Economiste | Edition N°:523 Le 07/06/1999 | Partager

    Par Nouzha BENBACHIR, directeur général IMAFOG

    Le choix des investisseurs est déterminé par les avantages comparatifs offerts par les pays d'accueil en matière de main-d'oeuvre, de législation, mais également d'appareil administratif, d'où l'importance de la question: "L'Administration marocaine répond-elle aux attentes des investisseurs?".
    De l'avis général (enquêtes diverses, rapports de la Banque Mondiale, déclarations ministérielles), l'Administration marocaine ne le fait que très partiellement en raison de son inadaptation au nouvel environnement économique qui se dessine depuis la fin des années 80.
    En effet, celle-ci n'a pas opéré la reconversion qu'imposaient l'évolution de l'économie marocaine d'une part et l'achèvement d'une partie de la tâche qui lui avait été assignée au moment de l'Indépendance d'autre part.
    Conscient de ce décalage, le législateur a adopté un certain nombre de textes visant à accroître l'efficacité de l'Administration. A cet effet, l'article 21 de la Charte des Investissements illustre bien cette préoccupation. Cet article stipule: "Il est institué un organe administratif chargé de l'accueil, de l'orientation et de l'assistance des investisseurs...". Malheureusement, cet organe n'existe toujours pas, et les multiples démarches imposées aux investisseurs ne sont pas faites pour lui faciliter la tâche.
    Le fonctionnement de notre appareil administratif touche de près la vie économique, car il y a une interpénétration évidente entre la fonction administrative et celle économique.
    En tout état de cause, je voudrais signaler que les maux dont souffre notre Administration sont connus et diagnostiqués depuis longtemps.

    Ces maux ont pour nom: lenteur, sureffectif, circuits opaques, conflits d'attribution, inadéquation entre le poste occupé et la compétence, absence de véritable délégation, procédures budgétaires tatillonnes, non prise en compte de l'efficacité économique, politique sociale peu motivante, absence de circulation de l'information...
    Aujourd'hui, l'économie marocaine opère dans un contexte d'ouverture (OMC, Accord d'Association avec l'Union Européenne). Si l'Etat a été pendant longtemps le principal moteur de l'économie, aujourd'hui ce rôle tend à être dévolu au secteur privé (investissement, emploi, exportation etc...).
    Ceci implique que les stratégies économiques devront prendre de plus en plus compte de l'impératif de compétitivité. Les conditions d'émergence et d'épanouissement du secteur privé devront être réunies pour mettre le pays sur un sentier de croissance forte et durable comme cela est souhaité aussi bien par les opérateurs économiques que par le gouvernement.
    De ce fait, la stratégie économique marocaine est basée sur une croissance rapide des exportations (objectifs de 5,5% de croissance du PIB par an), due à l'effort des entreprises essentiellement.
    Les atouts dont dispose le Maroc sont certains facteurs de production traditionnels (main-d'oeuvre, matières premières) et la proximité géographique avec l'Europe qui constitue le plus grand marché mondial.

    L'économie marocaine a été pendant longtemps une économie protégée et l'entreprise marocaine a vécu à l'abri de la concurrence étrangère. Ceci lui a permis de travailler dans une facilité et en même temps a eu pour conséquence de masquer certaines carences structurelles qui se sont développées dans l'ensemble du tissu économique (sous-capitalisation, sous-encadrement, faible souci de la qualité).
    Aujourd'hui, pour le Maroc, la compétition se joue sur les prix, mais aussi sur les délais (proximité avec l'Europe), faute de quoi l'avantage géographique risque d'être neutralisé par le handicap dû au délai trop long.
    L'Administration doit revoir sa mission, elle doit passer d'une administration régalienne à une administration facilitatrice.
    La gestion administrative et son fonctionnement sont des facteurs de compétitivité.
    La compétition aujourd'hui se mesure à l'échelle de toute une nation, c'est le couple Administration-entreprise qui doit être compétitif.
    La politique économique de notre pays doit se baser sur un partenariat Administration-entreprises, de manière à créer une synergie.
    Je pense qu'une des caractéristiques qui marquera les administrations dans cette fin de siècle est la pratique de la concertation.
    J'aimerais prendre un exemple international pour illustrer mon propos: le cas du Japon. Après la guerre, l'Etat a joué un rôle moteur dans la modernisation de l'industrie et a travaillé la main dans la main avec le secteur privé. Cette collaboration s'est manifestée dans la production de normes et la promotion des entreprises nationales japonaises. Le résultat, nous le connaissons tous.
    La CGEM ne cesse de militer pour créer un environnement administratif et juridique favorable à la concertation.

    Cette recherche de modernisation et d'efficacité en vue de renforcer la compétitivité de notre tissu industriel fait également partie des recommandations du Conseil National du Commerce Extérieur qui est une instance de réflexion et d'orientation pour l'amélioration de notre commerce international.
    A ce sujet, un des axes de la modernisation de l'Administration consiste à évoluer de la fonction de production réglementaire vers une fonction de partenaire des opérateurs économiques. L'Etat est de moins en moins appelé à émettre des textes, des circulaires, des instructions et des règlements qui mettent l'accent sur le formalisme et la conformité aux dispositions préétablies. La décision administrative sera au contraire de plus en plus appelée à intégrer les répercussions économiques et financières de l'action de l'Etat.
    Le passage d'une Administration de réglementation et de contrôle à une Administration d'incitation, de facilitation et d'accompagnement de l'effort économique est loin d'être une tâche aisée. Néanmoins, nous devons être conscients que le temps joue contre nous et que toute journée perdue par le Maroc est une journée gagnée par nos concurrents. Le phénomène de la mondialisation est un phénomène qui s'accélère et d'ailleurs la mise en place du démantèlement douanier se déroule sous nos yeux. C'est dire que le débat sur la modernisation de l'Administration doit sortir des théories pour prendre corps dans la pratique. Autrement dit, ce débat doit passer du stade d'idée vers la mise en chantier opérationnelle.
    J'espère qu'ensemble, Administration et secteur privé, nous saurons vaincre les inerties, les habitudes et les pesanteurs héritées du passé et que nous réussirons ce changement historique, pour le bien-être de la Nation.

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