×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

International

Peut-on vraiment jouer à la roulette russe avec le changement climatique?
Par Mikhail Gorbatchev et Alexander Likhotal

Par L'Economiste | Edition N°:3164 Le 07/12/2009 | Partager

Le scepticisme ambiant et l’impasse des négociations aboutissent à une annonce selon laquelle la conférence de Copenhague sur le changement climatique ne résultera à aucun accord global complet sur le climat. Décevant? Certainement. Mais ce sommet de Copenhague a toujours été censé être une étape transitoire. Le plus important est de déterminer quelle sera la prochaine étape. Le mot «lendemain» est le plus souvent associé aux termes «gueule de bois». Un non-engagement pourrait bien se transformer en une gueule de bois mondiale, et pas seulement pour une journée. Les citoyens du monde, lassés des prédictions apocalyptiques, espéraient tous un miracle à Copenhague. L’ombre d’un échec pourrait donc provoquer une perte de confiance, peut-être même irréversible, vis-à-vis de nos responsables politiques. Rien d’étonnant donc que nos gouvernements aient cherché à précieusement préserver nos attentes. Les décisionnaires n’ont pas vraiment réalisé à quel point nous étions proches du point de basculement climatique. Mais alors qu’un emballement climatique demeure un risque, l’emballement politique est d’ores et déjà un fait. Les négociations officielles sont à mille lieues de la réalité. Selon les toutes dernières recherches scientifiques, les propositions qui font actuellement l’objet des négociations entraîneraient un réchauffement de plus de 4 degrés dans ce siècle, soit le double du chiffre retenu précédemment par le G8 et les autres responsables politiques. Il y a donc plus de 50% de probabilité pour que le climat planétaire dépasse son point de basculement.

Gueule de bois planétaire
Un accord basé sur les paramètres qui sont actuellement sur la table de négociation serait donc plus périlleux qu’un jeu de roulette russe. Si l’on veut éviter la gueule de bois planétaire d’un échec et la déception que provoquerait un mauvais accord, une percée est nécessaire - et l’on peut y parvenir à Copenhague. Un processus en deux étapes est notre meilleure alternative. Les nations devraient parvenir à un engagement politique pour définir un dispositif qui comprendrait les objectifs généraux, un cadre institutionnel et des engagements précis pour que des actions puissent être menées et financées rapidement. Cette déclaration devra stipuler qu’un accord juridique devra être conclu d’ici COP15-bis en 2010. Cela permettra aux Etats-Unis et aux autres pays de mettre en place la législation qui s’impose et accordera aux négociateurs de l’ONU le temps nécessaire pour traduire la déclaration COP15 en une structure juridique de travail appropriée. Si cela signifie de retravailler totalement le document, et bien soit! De plus, il sera peut-être nécessaire d’organiser une conférence préparatoire en 2015 pour ajuster nos objectifs et nos projets aux nouvelles réalités. Il est donc plus important que jamais que les chefs d’Etat assistent à la Conférence de Copenhague car cette solution en deux étapes ne fonctionnera que si les responsables politiques y concourent par leur présence avec force et détermination. Les pays pauvres ont conscience de leur pouvoir de blocage du processus. Le droit de veto change effectivement de camps; il glisse du conseil de sécurité de l’ONU au G77 plus la Chine. Qui, en Occident, aurait pu imaginer il y a 10 ans que l’avenir et le bien-être de leurs enfants dépendraient de décisions prises à Pékin, New Delhi ou Addis Abeba? Les pays industrialisés doivent donc très rapidement faire un réel effort financier pour donner du temps, et du souffle, aux nations émergentes afin qu’elles réagissent positivement et qu’elles déterminent leurs engagements. Il faudrait en particulier un engagement initial immédiat d’au moins 20 milliards de dollars pour aider rapidement les pays les moins développés. Cela permettrait de restaurer la confiance qui manque cruellement et créerait les conditions nécessaires pour reprendre les négociations de façon productive. Les responsables politiques doivent être honnêtes sur l’ampleur du défi et sur la nécessité impérieuse de parvenir à de profonds changements structurels. La réponse officielle au changement climatique doit être réadaptée à l’ampleur et à l’urgence de la menace. Un nouvel accord global doit reposer sur des éléments scientifiques et non sur un compromis autour du plus petit dénominateur commun noyé dans des droits acquis. Une gestion raisonnée du risque exige aujourd’hui que les niveaux de carbone atmosphérique soient stabilisés à 350 parts par millions d’équivalent CO2, et non aux 450-500 ppm de CO2 actuellement envisagés. Ceci implique une réduction des émissions de 45-50% dans les pays industrialisés d’ici 2020, et une complète décarbonisation d’ici 2050. Il faut oublier les niveaux de 15-25% d’ici 2020 et de 60-80% d’ici 2050 actuellement discutés à la table des négociations. Les plus grandes nations émergentes doivent aussi s’engager à entreprendre des actions nationales appropriées d’atténuation. Mais les riches doivent être les premiers à se mobiliser. L’immobilisme dont ils font preuve depuis 20 ans ne leur donne pas le droit de pointer du doigt qui que ce soit. Les gouvernements ne devraient pas dissimuler la vérité à leurs citoyens. Chacun devra faire des sacrifices. Accepteriez-vous que votre maison soit bon marché, sale et dangereuse ou bien propre, présentable et sûre? Etes-vous prêts à dire: «OK les enfants, j’ai hérité de cette maison mais j’ai négligé son entretien, donc il faudra vous préoccuper de vérifier que le toit ne s’écroule pas à tout moment?» Ce n’est pas le genre d’héritage qu’aucun de nous souhaiterait laisser à nos enfants.

«Faites-le!»

En 1985, aux grandes heures de la guerre froide, lorsque les négociations entre les Etats-Unis et l’Union soviétique étaient dans une impasse au Sommet de Genève, les négociateurs s’étaient entendu dire par leurs responsables, agacés par la lenteur des négociations: «Nous ne voulons pas que vous nous expliquiez pourquoi cela n’est pas possible. Faites-le!» Et c’était fait dès le lendemain. Aujourd’hui, les responsables doivent se rendre à Copenhague et dire: «Nous voulons que ce soit fait!» Pour avancer, la réunion de Copenhague doit mettre fin à l’imbroglio politique dans lequel se trouvent les pays industrialisés et les nations émergentes. L’injustice climatique doit être corrigée puisque les pays émergents sont les plus impactés et doivent faire face à des coûts colossaux d’adaptation. Les pays riches doivent être capables de mettre sur la table des sommes significatives. Les déclarations selon lesquelles ils manqueraient de ressources financières sonnent faux alors qu’ils ont débloqué des milliards de dollars pour renflouer les banques de la crise financière.Copyright: Project Syndicate, 2009www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Frédérique Destribats

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc