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Politique

Peut-on sauver les «soldats» migrants?

Par L'Economiste | Edition N°:2312 Le 05/07/2006 | Partager

. Migrations, droits fondamentaux et liberté de circulation seront débattus à Rabat. Rabat revendique «le codéveloppement via un plan Marshall africain». Les ONG veulent peser lors de la Conférence ministérielle sur la migrationLe 29 septembre 2005, la communauté internationale découvrait la situation de migrants et de demandeurs d’asile en transit au Maroc, après la mort d’au moins cinq personnes, lors d’une tentative «d’attaque massive» (expression utilisée par les migrants eux-mêmes au moment des faits) des grillages à Ceuta. Depuis plusieurs années, des dizaines, voire des centaines de migrants se réfugiaient dans les forêts proches des enclaves espagnoles de Sebta et Melilla, territoires morcelés de l’espace de Schengen en terre africaine. Ils nourrissaient tous l’espoir, un jour, de franchir les grillages qui les séparent du territoire européen. Leurs campements de fortune, qu’ils appellent leurs «ghettos», étaient dissimulés à quelques kilomètres des grillages, sur le Mont Gourougou, près de Melilla, et dans la forêt dense de Bel Younech, située à quelques encablures de Sebta. Dans des conditions difficiles liées au climat, à l’isolement et surtout à la répression policière marocaine et espagnole, avec des rafles aussi violentes que fréquentes. Les images de migrants à bout de souffle… et de souffrance, qui tentent de franchir des murs de fils de fer avec à leurs trousses des hommes en uniformes chargés de faire respecter… la loi, ont fait le tour du monde. «Le traitement médiatique a eu un double impact sur l’opinion publique. Primo, elle a provoqué de la pitié. Secundo, elle a créé de la peur. Cette peur, elle vient de l’instrumentalisation de l’information par les médias, plus particulièrement audiovisuels, qui se sont attachés à relayer des images et des propos de manière à convaincre l’opinion que les migrants ont eu un comportement de ‘‘sauvageons’’ avec tout ce que cela peut véhiculer», précisent des membres de Migreurop, une organisation non gouvernementale (ONG). Migreurop était au côté de militants, de chercheurs, engagés dans la défense des droits humains des migrants et des réfugiés, qui sont venus d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe (UE) à Rabat, pour tenir une conférence non gouvernementale euro-africaine, 10 jours avant la grande rencontre ministérielle. C’est le thème de «Migrations, droits fondamentaux et liberté de circulation» qui a été choisi pour débattre et encore débattre. . Propositions et positions du Maroc«Inquiet de l’approche strictement sécuritaire de la question migratoire qui est celle de l’ensemble des Etats de la région ainsi que de la perpétuation de choix politiques et économiques qui génèrent la pauvreté et l’insécurité, l’objectif est d’interpeller la Conférence ministérielle», déclarent les ONG. Selon elles, il est nécessaire de respecter l’ensemble des droits fondamentaux des personnes migrantes qui ne sauraient être sacrifiées au nom d’intérêts économiques égoïstes et de choix à courte vue. «Il faut que les pays du Nord tiennent compte des raisons qui ont amené les migrants à quitter leur territoire pour tenter de rejoindre l’Europe. Ce sont la famine, la guerre civile… Ils sont responsables de cette situation car lorsqu’ils ont colonisé ces pays, leur but n’a jamais été de créer les conditions favorables pour un développement», précise Ali Amar, avocat et vice-président de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Des maux et des mots qui seront à l’ordre du jour des travaux de la Conférence ministérielle euro-africaine sur les migrations qui se déroulera, à Rabat, les 10 et 11 juillet. Pour peser dans le débat, près de 200 personnes ont répondu présent à un collectif d’ONG, suite à l’appel lancé le 1er avril 2006 par un ensemble de réseaux et d’associations des deux rives de la Méditerranée. Les pays du Nord doivent s’engager à œuvrer efficacement pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens du Sud pour qu’ils deviennent des acteurs développeurs dans leur pays et pour le compte de l’UE qui reconnaît son déficit de main-d’œuvre», indique Maître Amar. Ce dernier exhorte le Maroc de refuser être «le gendarme de l’Europe» et d’appliquer la politique migratoire des pays du Nord. «Les migrants doivent être considérés comme des réfugiés. De fait, ils ont le droit de quitter leur pays dans le cas où ils sentiraient leur vie en danger. En outre, les instances internationales reconnaissent qu’en cas de guerre ou de famine, un citoyen a le droit de quitter son environnement pour rejoindre un territoire stable où il pourrait trouver sa place», poursuit le vice-président de l’AMDH.Porte d’entrée ou de sortie de l’Europe, le Maroc se voit contraint d’être une force de propositions car les évènements dramatiques qui se sont déroulés à Sebta et Melilla à la fin de l’été 2005 ont marqué les esprits, aussi bien au niveau national qu’international. Est-il nécessaire de revenir sur l’insupportable scénario des noyades de centaines de jeunes d’Afrique au large des côtes mauritaniennes, après le verrouillage de l’axe Maroc-Espagne? Le Royaume, est-il en mesure d’accueillir de nouvelles populations vouées à «s’exporter», sur son sol? «Le Maroc doit les accueillir durant le laps de temps nécessaire à leurs régularisations par le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR)», considère Ali Amar. Un Sangatte marocain? «Pas du tout. Il n’est pas question d’envisager de créer des centres d’accueil de type européen, dont la spécificité est leurs sous-équipements, de ne jouir d’aucun droit et en étant parqués comme du bétail», ajoute-t-il. Le représentant de l’AMDH propose de ne rien prévoir comme lieu d’accueil car les migrants doivent se débrouiller par leurs propres moyens. «C’est un faux débat qui découle du discours sécuritaire, importé et alimenté par l’Europe».Du côté du gouvernement marocain, Nabil Benabdellah, porte-parole du gouvernement, déclare que la tenue de la Conférence ministérielle euro-africaine sur la migration à Rabat est «la confirmation que le Maroc a toujours été dans le vrai à savoir que l’approche doit être politique et global et non être réduite à une approche purement sécuritaire». Il poursuit que notre objectif est «qu’au terme des journées de travaux, un plan Marshall pour l’Afrique soit validé et accepté par tous. Les pays du Nord doivent prendre l’engagement de s’employer à créer les conditions nécessaires pour un développement dans les pays africains concernés», conclut-il.


«L’égoïsme économique de l’Europe»

Najib Mikou, président de l’association Alliance et Pro (et président de la Commission des finances de l’Istiqlal), refuse que le Maroc se contente de bénéficier d’avantages matériels. «Nous ne voulons pas d’argent mais une stratégie de codéveloppement. J’appelle nos décideurs à revoir leurs positions avec l’Europe», indique-t-il. Son souhait, c’est la naissance d’un accord multilatéral sur la circulation des personnes afin d’éviter les scènes d’humiliations. En outre, il pointe du doigt l’égoïsme économique dont fait preuve le Vieux continent, ce qui n’est pas pour faciliter un développement socioéconomique pour les pays d’Afrique. «Lorsqu’une nation comme la Chine connaît une croissance en hausse, c’est tous les pays d’Asie qui bénéficient de retombées économiques. La situation est identique pour les Etats-Unis d’Amérique avec un impact sur les pays d’Amérique latine. Entre l’Europe et l’Afrique, rien de tout cela!» précise Najib Mikou.Rachid HALLAOUY

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