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    Economie

    Peur et colère règnent à Tarifa

    Par L'Economiste | Edition N°:269 Le 27/02/1997 | Partager

    Grève générale et manifestation contre la ligne haute-tension de
    400.000 volts paralysaient Tarifa jeudi 20 février. Dans la rue, quelque 5.000 personnes de «La Plate-forme anti-câble» exigeaient l'arrêt des travaux.


    Aucun magasin, aucun restaurant, aucune école n'a ouvert ses portes, jeudi dernier à Tarifa, décrété jour de grève générale par la «Plate-forme anti-câble». Dans les rues désertes de la petite ville andalouse que -ironie du sort- la protection de la Vierge de la Lumière ne préserve pas des fréquentes coupures d'électricité, régnait un certain calme. Quelque 5.000 personnes -selon les organisateurs- ont manifesté pacifiquement contre la ligne de 400.000 volts qui doit amener l'électricité espagnole au Maroc. «Nous ne sommes pas contre la solidarité avec le Maroc» insiste Nieves, de la «Plate-forme». «Ce que nous voulons, c'est qu'on nous démontre l'utilité du câble alors qu'il existe des solutions alternatives», poursuit Antonio Vegara, leader du mouvement. Des revendications qui sont jusqu'aujourd'hui restées lettre morte.

    Charges policières


    «Nous avons décidé de ne pas nous approcher du chantier pour éviter les incidents», poursuit le jeune professeur de gymnastique- porte-parole de la Plate-forme. Lors des précédentes manifestations, les 2 et 3 février der-niers, les charges policières ont fait plusieurs dizaines de blessés parmi les manifestants -dont un vient à peine de sortir de l'hôpital.
    Provocations? Répression outrancière? Toujours est-il que, depuis, la peur s'est installée dans la petite ville andalouse. Le chantier est désormais surveillé jour et nuit par des équipes policières spéciales... qui contrôlent l'identité de tous ceux qui «se risquent» jusqu'au site, y compris celle des journalistes -ce fut le cas de l'envoyée spéciale de L'Economiste.
    La télévision locale -largement favorable aux grévistes- a été suspendue d'antenne suite aux incidents... Quant à la radio municipale, l'un de ses locuteurs, trop impliqué dans la lutte contre le câble, s'est soudain fait mettre à la porte... «Je suis surveillé», assure Vegara, discret sur les mesures de sécurité qu'il a dû prendre. «Il y a de gros intérêts en jeu... mais nous n'arrêterons pas le combat». «J'ai peur», confie Nieves, la conseillère municipale indépendante malmenée par la police anti-manifestation, «cette année, j'ai à peine participé au Carnaval».

    Le désarroi des 8.000 Tariféniens, dont, si l'on croit une enquête municipale datant d'octobre 1996, la grande majorité s'oppose au câble, s'est considérablement aggravé suite à la «trahison» du maire et à l'opportunisme de la plupart des conseillers municipaux... Après avoir fait une virulente campagne contre l'interconnexion électrique, Fuente, une fois élu au poste mayeural, baissa les armes, acceptant une modification controversée du tracé en échange d'une aide compensatoire pour le «développement économique et social» de la ville de 1,8 milliard de Pésètes. «Qu'est-ce qu'il s'imagine, qu'il va nous acheter à coups de Pésètes?..», s'insurge le vieil homme. «C'est bien la preuve que leur câble est néfaste. S'il était aussi merveilleux que veut nous le faire croire la Compagnie, elle ne nous donnerait pas d'indemnités!».
    Il n'y a pas qu'au port que la colère gronde. Dans le local de la Plate-forme réinstallé au coeur du village, suite à l'expulsion manu militari de celui occupé aux abords du chantier, les militants vont de leurs récits de bataille et de leurs doléances. «La moitié du village dépend de la pêche, entre pêcheurs, armateurs, conserveries, commerçants», explique ce jeune docker. «Si le champ magnétique tue les poissons..., qu'est-ce qu'on va devenir?».

    «Nous, on veut bien être solidaires avec le Maroc... Mais on pense à nos enfants et nos petits enfants», s'exclame un pêcheur. Dans les commerces, les bars, les restaurants, la solidarité règne -chez le libraire, par exemple, où les tracts sont photocopiés gratuitement- mais elle est plus discrète. Les gens témoignent à demi-mot et à voix basse, de peur de se mettre à mal avec l'un ou l'autre client. Le secteur touristique est pourtant directement concerné par le problème. «Tous les clients étrangers ou nationaux s'enquièrent du câble dès leur arrivée», confie le responsable de réception d'un hôtel de la zone des surfistes. Particulièrement appréciée pour ses vents et sa nature encore très préservée, Tarifa craint de voir ses touristes «écolos» et sportifs délaisser la zone... prochain cheval de bataille des zodiacs de Greenpeace?

    Pascale BOURGAUX

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