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    Tribune

    Pétrole: Quel pari sur les prix mondiaux dans dix ans?

    Par L'Economiste | Edition N°:59 Le 24/12/1992 | Partager

    L'année 1991 a débuté avec une grande menace sur les sources du pétrole au Moyen-Orient, et les prévisions les plus alarmistes circulaient alors sur les prix du brut.

    Les cours du Brent, pétrole étalon, avaient retrouvé au début de l'année, avec une pointe de 34$/baril, le niveau record du second choc pétrolier: ce prix a chuté le premier jour des hostilités militaires à prés de 18$/baril, il s'y est, depuis, pratiquement maintenu. C'est précisément là l'enjeu de toute la crise du Golfe qui visait la maîtrise des cours pétroliers, que les puissances industrielles entendent se réserver sans partage.

    En l'absence même de la production irakienne et koweïtienne qui représente prés de 10% de la consommation mondiale, la demande a pu être couverte par l'offre, constamment réajustée, pour être légèrement excédentaire de manière à contenir les prix autour de 18$/baril. Les producteurs coopèrent à ce réajustement en toute docilité loin des anciens concepts de répartition des quotas de production. Cette situation, apparemment rassurante pour les importateurs, est trop belle pour durer. Il y a donc lieu de s'interroger sur les modifications du paysage pétrolier international et sur l'évolution future des prix, tout au moins, pour l'horizon 2000.

    Il ressort des deux dernières décennies, marquées par les chocs de 1973 et 1979 et le contre-choc de 1986, que le poids relatif de l'OPEP dans la production mondiale est déterminant pour la formation des prix pétroliers. C'est ainsi que l'OPEP, forte de sa prédominance dans la production mondiale instaurait des plafonds de quotas pour l'ensemble de ses membres, restreignant ainsi l'offre pour provoquer la hausse des prix. Mais, face au tassement de la demande et au développement de la production hors OPEP, cet organisme a dû sacrifier les prix pour restaurer sa part du marché international. Pour hasarder une réflexion sur la tendance des cours à moyen terme, il convient de cerner avec plus de précision l'évolution de la consommation mondiale et de la part de la production OPEP au long de la présente décennie. La consommation mondiale de 1967 à 1973 présentait un taux de croissance moyen de 8% par an, ce taux relativement élevé correspondait à une période de pétro-prospérité de l'Europe et du Sud-Est asiatique dont la consommation venait conforter celle déjà bien établie des Etats-Unis d'Amérique.

    Le premier choc de 1973 à 1979 marque une rupture profonde avec une croissance de la consommation chutant à près de 2% par an à cause notamment du développement des énergies de substitution, aux efforts de maîtrise d'énergie et, dans une certaine mesure, de la régression économique.

    Le deuxième choc de 1979 fut plus décisif, provoquant l'effondrement de la consommation mondiale qui, six années durant, a enregistré un recul de 2,4% par an, ramenant en 1986 la demande à son niveau de 1972, à la veille de la première crise.

    Le contre-choc de 1986 s'est traduit par une nette reprise de la consommation qui est passée de -2,4% à +2,8% par an. Ainsi, les experts situent la consommation en l'an 2000 entre 75 et 80 millions de barils par jour (MBJ), ce sont donc 10 à 15MBJ qui devraient s'ajouter à la production actuelle de 65MBJ pour satisfaire la demande au terme de la présente décennie. La répartition de cet accroissement de production entre l'OPEP et les autres producteurs est déterminante pour l'équilibre futur du marché. Avec une production de 30MBJ, l'OPEP couvrait 55,5% de la demande mondiale en 1973. Au terme des deux chocs pétroliers, ce pourcentage avec 23MBJ s'est réduit à 35,8%; la cause en est la régression de la consommation mondiale conjuguée à l'accroissement continu de la production des pays hors OPEP d'environ 1MBJ chaque année. Pour l'avenir, ces deux conditions semblent s'inverser: la consommation mondiale est en reprise et la production hors OPEP ne peut plus progresser. En conséquence, la part de la production OPEP est appelée à s'accroître.

    Dans cette optique d'accroissement de la part de l'OPEP dans la production mondiale d'ici l'an 2000, on distingue deux scénarios:

    - le premier fixe la contribution de l'OPEP à 35 MBJ, son niveau de 1973 escomptant le maintien de la production actuelle hors OPEP;

    - le second porte cette contribution à 45 MBJ en conséquence d'une baisse de la production hors OPEP.

    Dans l'un des cas somme dans l'autre, d'importants investissements sont nécessaires pour permettre l'accroissement de la production de l'OPEP, pour le premier scénario, le réaménagement technique des moyens existants de production pour passer de 23 MBJ à 35 MBJ met en jeu des investissements de l'ordre de 60 milliards de Dollars, ce qui ne manquera pas de se répercuter sur le prix qui atteindrait, à l'horizon 2000, 30$ par baril.

    Le second scénario, mettant en jeu un presque doublement de la production OPEP actuelle la portant de 23 à 45 MBJ, nécessiterait pratiquement le doublement des investissements qui devraient atteindre alors 120 milliards de Dollars. L'importance considérable de ces montants difficilement mobilisables auraient alors sur lé prix du pétrole un effet conséquent.

    Dans ce cas d'hypothèse, les paris sont ouverts, et un plancher de 45$US par baril ne serait pas à écarter.

    La manière la plus simpliste veut que tout accroissement de 1MBJ de la production OPEP, se traduise par une majoration de 1$US par baril.

    Abderrafie MANJOUR

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