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    Le fisc se mêle de la guerre des jetons

    Par L'Economiste | Edition N°:2926 Le 23/12/2008 | Partager

    . Des vérifications sont lancées . Les jetons-cadeaux glissés dans les bidons à l’index. Une pratique qui représente jusqu’à 20% du CA Un mauvais vent souffle pour les producteurs et distributeurs de peintures domestiques. Le fisc a récemment demandé une vérification des activités du secteur depuis 2004. Ainsi, les entreprises ont été priées par courrier de fournir aux services des impôts le relevé de toutes les opérations effectuées sur quatre ans. Un travail titanesque et qui vise, selon une source proche du dossier, à assainir le secteur. De fait, tout n’est pas blanc dans le royaume des fabricants de couleurs. La pratique des bons plastifiés glissés dans les bidons pour motiver le choix du peintre est particulièrement visée. Une pratique (lancée pour la première fois il y a une quinzaine d’années et généralisée depuis 5 ou 6 ans) qui représente jusqu’à 20% du chiffre d’affaires et qui échapperait aux impôts. L’intérêt du fisc aurait été suscité par une lettre anonyme. Ce serait, dit-on, un gros fabricant de la place qui aurait déclenché l’affaire autour de cette formule qui dérégule le marché. Ce dernier aurait subi des pertes sèches en matière de vente de ses produits à cause justement de ces jetons qui provoquent une concurrence qualifiée de déloyale. «C’est une pratique nuisible et surtout ingérable à tous les niveaux», explique Abdelouahed Bourquouquou, directeur des Affaires commerciales chez Akzo Nobel. Un avis presque unanime. En effet, chez Colorado on considère que cette formule peut s’assimiler à «d’autres pratiques opérées par d’autres secteurs». L’opérateur cite en exemple les bonus accordés par les entreprises de télécoms ou compagnies aériennes. «C’est juste un programme de fidélisation», explique la direction du groupe Colorado. Peut-être, mais ce que l’on omet de dire, c’est que, dans cette guerre des jetons, la formule a dégénéré dans la mesure où les peintres ne se contentent plus de simples cadeaux et préfèrent échanger leurs points contre des sommes sonnantes et trébuchantes. La surenchère atteint aujourd’hui des niveaux jamais égalés. De fait, certains opérateurs sont d’ailleurs devenus des champions du système, rivalisant d’imagination pour séduire les peintres. Un engrenage infernal que refuse désormais Akzo Nobel. Depuis 18 mois en effet, l’opérateur a retiré les jetons de la marque Sadvel. «C’est un système pervers qui perturbe tout le secteur», ajoute Bourquouquou. «Pas forcément. Il faut bien maîtriser le circuit, via des procédures de contrôles très rigoureuses», répond Saïd Bencherki, PDG de Prodec. Difficile dans la mesure où cela implique des moyens importants humains et matériels. Pour preuve, des bons tous neufs n’ayant jamais trempé dans la peinture sont revenus chez les fabricants pour paiement. Sans compter les jetons falsifiés qui font le bonheur des pirates du système. Seulement, si le système est dénoncé, l’association professionnelle des opérateurs n’arrive pas à prendre de décision ferme. Aussi, les opérateurs espèrent-ils que les pouvoirs publics se pencheront sur la question. Les jetons représentent des volumes énormes de peintures qui «circulent au noir», avancent des professionnels. Le calcul est simple: un bon équivalant à 50 DH chacun, répartis dans 830.000 bidons (représentant 25.000 tonnes de peintures) donnent 50 millions de DH. Une somme non négligeable. «Le conseil de la concurrence a son mot à dire», estime l’association. Autre problème soulevé par les opposants à la formule des jetons, la qualité. Aujourd’hui, les peintres ne sont plus fidèles à une marque mais cherchent le produit qui offre la meilleure rémunération. «A 10, 30, 60 voire 200 DH dans certains cas, les jetons font gagner plus qu’une journée de travail. Comment voulez-vous exiger un travail de qualité, d’autant plus que même les peintres professionnels cèdent à la tentation?», déplore Hamid Nassif, directeur général de Bati Act Aménagement. Et d’ajouter que «les particuliers, décorateurs et promoteurs immobiliers se retrouvent otages du choix du peintre qui se détermine par la valeur du jeton et non plus par la qualité de la peinture».


    Redressement?

    L’intérêt que porte aujourd’hui le fisc pour le système des jetons donne des sueurs froides à nombre d’opérateurs. Ces derniers craignent en effet que des redressements fiscaux ne tombent après le passage des contrôleurs des impôts. Tant qu’en échange du bon, le peintre ne recevait que des cadeaux en nature (rouleaux, brosses, combinaisons, seaux, etc.) pour fidéliser le peintre à une marque, il n’y avait rien à redire. Mais, le système génère d’importantes transactions qui circulent au noir et qui échappent à tout contrôle. «La pratique des jetons doit s’analyser comme une réduction sur vente, induisant la neutralisation en partie des achats et TVA à déduire», explique Houcine El Hanaoui, expert-comptable. «Cette histoire tombe très mal car la conjoncture pour le secteur est difficile», confie un opérateur qui requiert l’anonymat. Selon cette source, l’immobilier affiche ses premiers signes de ralentissement, et mettre fin à la pratique des jetons nuirait aux affaires des producteurs de peinture. «Il faudrait trouver une solution qui arrange tout le monde», dit-il, notamment, pour les peintres qui risquent de trouver le sevrage très dur et de ne pas apprécier la fin de revenus faciles.


    Out, le consommateur!

    Bien souvent, le consommateur ignore le système du jeton. Tout comme il ne sait pas que le choix du peintre est motivé par la valeur du bon glissé dans le produit. Par ailleurs, une chose intrigue. Comment le peintre peut-il profiter d’une promotion sur un produit alors que c’est le consommateur qui achète ce même produit? Si le professionnel arrondi ses fins de mois avec les jetons promotionnels, le particulier n’a rien en échange. Fatima EL OUAFI

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