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Pêche: Que cache le déplacement de chalutiers français au Maroc?

Par L'Economiste | Edition N°:505 Le 12/05/1999 | Partager

· Démenti du Ministère des Pêches Maritimes à propos du déplacement de quatre paires de chalutiers pélagiques français au Maroc

· Les supputations des professionnels de la pêche n'en finissent pas pour autant

· L'histoire de l'affrètement de 27 bateaux dits "Super Atlantiques" continue de hanter les esprits de quelques opérateurs


L'information est tombée comme un couperet dans le microcosme de la pêche. "Quatre paires de chalutiers pélagiques, devraient être déplacées au Maroc à la fin du mois de mai pour être exploitées dans le cadre d'une société mixte tout en conservant le pavillon français". Plus aiguisée encore, l'information selon laquelle "cette opération devrait toucher une trentaine d'unités actuellement armées dans les principales régions françaises" a failli provoquer un mini-tremblement de terre dans le secteur.
Publiée par l'hebdomadaire français "Le marin" dans son édition n°2702 du vendredi 23 avril, l'information a pris encore plus de poids depuis qu'elle a été relayée par L'Economiste(1). Aussitôt, le Ministère des Pêches
Maritimes (MPM) l'a catégoriquement démentie (Cf en page 31, les détails). "Il s'agit d'une expérience organisée au profit de l'INRH (Institut National de Recherche Scientifique) suite à l'apparition du phénomène des anchois. Selon le MPM, l'objectif de cette opération est double. Il s'agit de faire bénéficier l'INRH d'un transfert de technologie et, du coup, dispenser une formation pour les patrons de pêche sur les nouvelles technologies". D'ailleurs, précise le MPM, les recettes de cette expérience, qui durera 12 mois et concernera deux chalutiers, profiteront directement à l'INRH. Autre précision du MPM, il n'y a pas eu de signature d'accord entre le Maroc et la France.
La réponse du Ministère est claire et devra en principe mettre fin aux supputations des professionnels.
Or, ces derniers ne l'entendent pas de cette oreille. Les langues se délient. "Si cette information se confirmerait, le Maroc se verra importer la sardine pêchée dans ses propres eaux". D'un ton à la fois ironique et irrité, un armateur de la pêche côtière voit là un signe de "la fin de l'histoire", ou plutôt de son histoire. Mais il n'est pas le seul. Tout comme lui, beaucoup de professionnel ont "paniqué". Une panique qui se voit encore justifiée compte tenu des déclarations de l'hebdomadaire français "Le Marin". "Nos informations sont on ne peut plus fiables", est-il souligné auprès de la rédaction de cette publication contactée par L'Economiste.
Selon des observateurs, cette affaire se justifie compte tenu du Programme d'Orientation Pluriannuelle (POP). En fait, c'est le quatrième POP (1997-2002) qui est en cours d'application pour les pays de l'Union Européenne. L'objectif principal de ce programme est de réduire la capacité des flottes européennes. "Ces mesures sont indispensables pour que notre flotte atteigne un niveau de rentabilité lui permettant de concurrencer le poisson importé et pour maintenir durablement, non seulement les activités de pêche, mais également celles directement liées à la pêche dans nos régions littorales", disait Mme Emma Bonino, ex-commissaire européen à Bruxelles(2). A rappeler que ce programme avait identifié quatre catégories de poisson assorties chacune de mesures spécifiques. Ainsi, pour les espèces comme le saumon, la sardine et le cabillaud, Bruxelles avait estimé, lors de la présentation de son POP en mai 1996, qu'il y a "urgence biologique absolue" et a demandé par conséquent aux professionnels de réduire de 40% d'ici 2002 leur capacité de captures. L'essentiel de cet effort, soit 30%, devait être fourni entre 1997 et 1999.
Valeur d'aujourd'hui, le redéploiement d'une trentaine d'unités françaises, rapporté dans l'hebdomadaire français "Le Marin", s'inscrit vraisemblablement dans cette vision. S'il intervient, il serait de nature à "permettre de sortir des kiloWatts du total français actuellement comptabilisé au sens du POP et de placer la France dans une meilleure position pour avoir le droit de construire des unités neuves", est-il souligné dans le même article. La frustration des professionnels s'amplifie. "Alors que les Européens rivalisent d'ingéniosité pour imaginer des scénarios de rechange pour compenser la réduction de leurs captures, nous leur offrons généreusement nos eaux pour les exploiter", déclare en substance un opérateur dans la pêche hauturière.


Imprudence


Thami El Khyari, ministre des Pêches Maritimes, serait-il imprudent? En fait, d'aucuns dans le secteur de la pêche n'accorderaient pas le bénéfice du doute à cette hypothèse. En revanche, des professionnels s'accordent à soutenir que, dans le secteur de la pêche, "il y a eu bel et bien des imprudences". Outre l'accord de pêche, qualifié de marché de dupe, mais qui s'est néanmoins déroulé dans une "ambiance" particulière..., c'est aussi l'histoire de l'affrètement en 1996 de 27 bateaux qui continue à hanter l'esprit de quelques opérateurs. "Arguant de l'existence d'importants stocks pélagiques dans nos mers du Sud et préjugeant de notre incapacité à nous doter de bateaux performants à même de les exploiter, l'ancien ministre des Pêches Maritimes avait décidé de délivrer, à cette époque, une vingtaine d'autorisations d'affrètement de bateaux pélagiques, dits "Super Atlantiques", s'insurge un opérateur. Cette affaire, comme beaucoup d'autres, mérite d'être tirée au clair. Le repositionnement de ce secteur stratégique devra également passer par là.


Hassan BOUCHACHIA


(1) Cf L'Economiste n°503 du mardi 11 mai 1999.
(2) Cf L'Economiste n°223 du jeudi 6 juin 1996.

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