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    Politique Internationale

    Pays-Bas: Cannabis College

    Par L'Economiste | Edition N°:441 Le 11/02/1999 | Partager

    Au Cannabis College, il y a là les membres imminents de ce qui pourrait passer pour l'Internationale Cannabique. Des planteurs, un économiste, un DJ techno, le présumé plus gros dealer anglais de haschish, un biologiste suisse, des médecins français. En Hollande, la détention de cannabis à usage personnel est tolérée.

    Amsterdam: L'endroit est singulier. L'action carrément inédite. Mardi, 23h, Fabienne Lopez, 42 ans, et Michka, 54 ans, passent dans les rangs du Cannabis College d'Amsterdam, un plateau à la main. Le lieu, ouvert depuis l'été, se veut un centre d'information sur le chanvre. Les deux femmes sont Françaises. La première est porte-parole du CIRC (Centre d'information et de Recherches Cannabiques), la seconde écrivain. A elles deux, Fabienne et Michka représentent l'informelle "French cannabis embassy". Sur leur plateau, la marijuana est donnée en sachet, avec, sur l'étiquette, son origine ("Languedocienne", "Lubéronne", "Sensi-Denis"). Ou parfois en joints déjà roulés, mais toujours étiquetés (au choix: "pure" ou "avec tabac".
    La dégustation est gratuite, les sourires entendus, les paupières déjà lourdes. L'herbe est arrivée quelques jours plus tôt à Amsterdam. En direct de chez des producteurs français qui, par leur don, veulent "dénoncer la persécution" dont ils sont victimes.
    Mais surtout il y a Fabienne et Michka qui répètent à l'envi être ici pour "faire savoir aux Hollandais que tout le monde n'est pas d'accord avec la politique répressive de la France envers le cannabis". A en croire Michka, il y aurait même du boulot tant le sentiment "antifrançais" serait criant aux Pays-Bas, depuis les essais nucléaires dans le Pacifique et les déclarations du sénateur gaulliste Paul Masson contre "la Hollande, narco-Etat".
    Alors, on parle, on s'échange contacts et tuyaux, et on s'en rallume un. Comme pour mieux dire, selon Michka, que le "combat de la dépénalisation n'est en rien dérisoire", qu'il y a 60.000 interpellations par an en France pour usage ou trafic (toutes drogues confondues). Ou pour appeler, avec Jean-Pierre Galland, le président du CIRC, "le gouvernement à ouvrir les yeux sur ce qui se passe".
    Mais ce n'est pas tout. L'opération a aussi un petit côté tragi-comique "exception française", une sorte de résistance culturelle à l'hégémonie américaine. Car, à l'autre bout de la ville, la onzième Cannabis Cup vient d'ouvrir ses portes au Pax Party Center.
    Entre salon de l'agriculture de la fumette et concours oenologique. Là, dans la "salle des jurés", les tables sont numérotées, les cendriers pleins et la fumée à nouveau quasi asphyxiante. Au fond de la salle, une vitrine étale quatre-vingt huit variétés d'herbes cannabiques et les fameuses "cannabis cups". En fait de jurés, il s'agit à 95% d'Américains, la quarantaine souvent, suffisamment fortunés pour s'offrir le voyage, s'acquitter du droit de juger (200 Dollars le badge) et payer les faux frais: l'hôtel, la nourriture et les quatre-vingt huit variétés d'herbes cultivées aux Pays-Bas, qu'il leur faut s'acheter aux coffee-shops du coin. Autant dire que les cultivateurs hollandais "in door" (en serres, ou en intérieur) tirent quelques bénéfices de ce concours, juteuse opération financière orchestrée chaque année depuis New-York. Même les critères de sélection (goût, aspect, "puissance") semblent désormais moins compter que la présence des sponsors: les meilleurs grainetiers néerlandais, ou les plus importants.
    Au Pax Party Center, ils sont d'ailleurs tous là. Avec chacun son stand, chacun ses affiches. Serious seeds, Dutch passion, Sensi Seed Bank, Seeds of courage, Personal Greenhouse, Paradise seeds.
    Leurs dépliants débordent de conseils de jardinage (températures, lumière, saison) et de variétés d'herbes. Avec dégustations, "prix Cannabis Cup", et plants en fleurs. Mais la convention ne s'arrête pas là. La Cannabis Cup se fait royaume de la "paraphernalia", du bazar. Tous les produits dérivés de la fumette ont leur stand. Chinoiseries en tous genres, pipes-dragon, cartes à jouer, livres, casquettes, T-shirts, toutes les tailles, tous les goûts, sortez les billets. Et puis, il y a les artisans. Comme ce Hollandais inventeur du "Bonsai Hero", sorte de ciseau électrique, pas bien ergonomique, dédié à la taille des plants cannabiques. "Un gain de temps considérables", assure-t-il. Ou celui-là, New-yorkais, qui propose son "Volatilizer": un vaporisateur "nouvelle génération" qui extrait d'une manière jusqu'ici inconnue le tétrahydrocannabinol (THC) de l'herbe et qui, à en juger les toux qu'il provoque, semble particulièrement puissant.


    Plaisanterie et formation


    La "Cannabis Cup" est prétexte à présenter quelques exemples de ce qu'on peut faire avec le chanvre non psychotrope dont la France -paradoxe- est depuis longtemps le plus important producteur européen. Là encore, l'imagination est fertile: Canna-Cola, bières, vins (rouges et blancs), bonbons, chocolat, vêtements, cosmétiques, ou encore compost en sacs de seize kilos, transformés pour l'occasion en bancs pour visiteurs fatigués. Un qui ne l'est pas, c'est François Bedex.
    Avec d'autres, il a ouvert en août la première boutique française tournée exclusivement vers la promotion du chanvre, Chanvre & Co., à Montreuil (Val-de-Marne). Et pour la première fois cette année, François Bedex tient un stand à la Cannabis Cup. Son but: "Ne pas parler de la répression mais de tout le reste: l'aspect thérapeutique, le textile, la culture du chanvre dans son ensemble".
    Un peu comme l'ont fait les Suisses il y a quelques années, pour en arriver à une dépénalisation du cannabis. Pendant ce temps-là, à Paris, les responsables du CIRC avaient d'autres festivités à affronter. La Xème Chambre de la Cour d'Appel de Paris doit examiner leur cas, pour l'organisation de la manifestation du "18 joints" 1995. En première instance, ils avaient été condamnés à 30.000 Francs d'amende pour "manifestation interdite".
    Une plaisanterie, pourtant, en regard de ce qui se fait quelques centaines de kilomètre plus au Nord.

    David DUFRESNE
    (Libération)

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