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    Entreprises

    Optique : Contrebandiers et bricoleurs accaparent le secteur

    Par L'Economiste | Edition N°:117 Le 17/02/1994 | Partager

    A la faveur des dysfonctionnements qui minent la filière, l'informel consolide ses chasses gardées dans le secteur de l'optique oculaire. Les professionnels tentent de résister.

    Législation désuète, prolifération des bricoleurs, forte contrebande, droits de douane élevés: la filière de l'optique oculaire est à remodeler de fond en comble. Les dysfonctionnements actuels risquent à terme de mettre en péril tout le secteur, alors que les chances d'une industrialisation naissante commencent, depuis peu de temps, à prendre réellement forme.

    C'est en substance ce qui se dégage des propos des professionnels agissant aux différents stades de la filière et regroupés au sein de quelques associations. "Dans ce secteur, c'est la pagaille qui règne ", souligne avec force M. Abderrahim Chbihi, opticien diplômé et président de I'Association Professionnelle des Opticiens-Lunettiers du Maroc, créée depuis 36 ans. Pour sa part, le Syndicat Professionnel National des Opticiens diplômés du Maroc insiste sur "l'application de la loi ", malgré le fait que f certains aspects soient devenus aujourd'hui pratiquement caducs. Constitué en 1990, le syndicat revendique notamment l'exigence du diplôme d'Etat pour exercer le métier y d'opticien.

    Du côté des fournisseurs, le ton est à l'inquiétude selon les propos de M. Abdelhay Ben Moussa, président de l'Amicale des Fabricants et des Importateurs d'Optique.

    C'est donc la déprime qui prévaut, et ce aussi bien chez les fournisseurs que chez les opticiens-détaillants. Les intérêts en jeu ne sont pas les mêmes mais se recoupent sur un seul point: l'informel dont l'essor se confirme année après année. Sur ce volet, des milieux proches de la Wilaya de Casablanca indiquent que "le dossier de l 'optique est actuellement entre les mains du secrétariat général ". Dans la foulée, il est souligné qu'en concertation avec les professionnels du secteur, un plan d'assainissement devra à terme être examiné.

    Marché en progression continue, l'optique reste dépourvue de chiffres fiables. Son expansion est due aux changements des conditions de vie, opérés depuis plus de deux décennies. D'abord des dépistages sont effectués au niveau des écoles et permettent d'identifier assez tôt une clientèle potentielle de malvoyants. Cette catégorie s'ajoute ainsi aux personnes âgées et moins âgées, atteintes de troubles de vision. D'autre part, l'engouement du public, notamment les jeunes, pour les lunettes solaires contribue largement à la prospérité de ce marché. Les professionnels soulignent que celui-ci est appelé à se développer davantage, notamment sur le segment du verre optique.

    Surtaxation à l'importation

    Sur ce plan, M. Ben Moussa fait observer que la consommation annuelle est encore faible. Il l'estime autour de 1 million de verres consommés par an alors qu'elle doit être, selon lui, aux alentours de 3 millions.

    Le verre optique se décline en deux grandes familles, l'organique (incassable) et le minéral (cassable). Des ateliers de surfaçage existent localement mais le marché est approvisionné essentiellement de l'étranger. M. Ben Moussa précise, dans ce contexte, que les droits de douane et les taxes assimilées qui frappent les instruments d'optique sont "très élevés". Ils sont, en effet de 69, 57% pour les verres de contact, de lunetterie en verre ou autres matières; les droits de douane proprement dits sont de 30%. Par ailleurs, les montures en plastique ou autres matières sont taxées à 35%, ce qui porte le taux cumulé à 75,52%, le PFI et la TVA étant respectivement de 12,5 et 19%. Le taux de 75, 52% est également appliqué aux lunettes solaires ou correctrices. Le président de l'Amicale des importateurs qualifie cette situation "d'inconcevable". Il met en exergue le fait que le verre optique est un produit de" première nécessité" pour une large couche de malvoyants. Or, les droits et taxes actuels greffent le prix de revient et pénalisent une grande partie de la clientèle, dont le pouvoir d'achat est limité.

    Conséquence directe, cette clientèle est récupérée par le marché parallèle qui s'approvisionne par des réseaux différents. "Des valises et des sacs entiers, remplis de montures et de verres, sont ramenés par les RME et les contrebandiers", soulignent les importateurs.

    les bricoleurs, mais semble s'infiltrer aussi dans le réseau des opticiens" autorisés". Du coup, des importateurs légaux dont la santé financière était fragile ont disparu. Pour l'Amicale, "si la situation ne change pas, les importateurs seront tous condamnés à disparaître".

    L'anarchie

    Pour les opticiens-détaillants, c'est plutôt l'anarchie de l'activité qui les préoccupe. A ce niveau, les questions relevées ont un contenu réglementaire et déontologique. Car contrairement à d'autres activités paramédicales (la prothèse dentaire), l'optique oculaire est organisée par un dahir de 1954 dont la seule disposition, encore valable, est l'existence syndicat qui regroupe environ 140 opticiens diplômés s'accroche à cette disposition pour demander un "assainissement de la profession ".

    Le syndicat ainsi que l'Association centrent leur action sur la lutte contre les bricoleurs qui colonisent tous les quartiers populaires de Casablanca: de Derb Ghallef à Derb Soltane en passant par El Koréâ et Hay Salmia. Le même phénomène est observé dans les médinas des petites villes et les souks.

    Risque pour l'enfant

    La prolifération des bricoleurs est due, entre autres, aux incohérences qui existent au niveau du mécanisme des autorisations.

    En effet, souligne le syndicat, la procédure administrative comporte deux étapes: le Secrétariat Général du Gouvernement intervient pour l'octroi de l'autorisation d'exercice de la profession "d'opticien-lunettier". Ensuite, le demandeur doit solliciter une autre autorisation, cette fois-ci locale, pour exercer "le commerce des lunettes". Au total, il faut deux autorisations. Mais la personne se contente de l'autorisation locale. Dans ce cas, elle ne sera habilitée à commercialiser que "les lunettes solaires".

    Le syndicat précise que "pans la majorité des cas, les boutiques des lunettes solaires se transforment en officines illégales d'optique-optométrie". D'où le nombre important de bricoleurs qui existent à Casablanca.

    M. Chbihi rappelle que "n 'est pas opticien qui veut" et que "I'optique, avant d'être un commerce, est une profession technique". Une manière d'affirmer que le recours à ces bricoleurs constitue un danger pour les clients. Avis partagé par Mme Nezha Benali, opticienne diplômée. Elle souligne que des bricoleurs assimilent "le centre optique des lentilles au centre géométrique". Et d'ajouter:" Sur un enfant, cela peut avoir des conséquences dramatiques dont notamment le risque de strabisme". Dans la même logique, M Chbihi souligne que "l'exécution d'une ordonnance d'un médecin ophtalmologique à la Joutiyya de Derb Ghallef est proprement scandaleuse".

    Enfin, le syndicat fait remarquer que des compagnies d'assurances et des organismes mutualistes remboursent les dossiers de correction visuelle sur la seule base "du cachet" sans se soucier s'il émane d'un "opticien autorisé ou d'un bricoleur".

    L'histoire de l'optique au Maroc

    Au Maroc, la lunette véhicule I' image du savoir. Avant le Protectorat, le alim et le fquih la portaient quand leur vision faiblissait avec l'âge et n'arrivaient plus à lire à la lumière de la bougie ou de la lampe. L'enfant atteint de myopie était condamné à vivre son mal en silence. L'imaginaire collectif ridiculisera d'ailleurs son statut. On l'appelait "Zouhri". Les imbéciles, les infortunés et les voyantes cherchaient ses mains pour lire les lignes du destin ou découvrir la route des trésors cachés.

    Les lunettes, pour vision de près ou de loin, se vendaient dans les épiceries. Elles provenaient de Gibraltar, de Grande-Bretagne ou de France.

    Les premiers opticiens arrivent avec le Protectorat. Ils s'installent pour la plupart à Dar El Baida. L'activité n'est pas réglementée. Elle le restera jusqu'aux années 50. La profession avait pris conscience de ses intérêts. Elle voulait dresser des barrières pour éviter la prolifération des opticiens. A l'époque du Commissaire Francis Lacoste, un dahir en date du 4 Octobre 1954 est promulgué. Il institue un monopole d'exercice au profit de ceux qui détiennent un diplôme d'Etat. Ceux qui pratiquent sans diplôme devaient suivre une procédure spéciale pour bénéficier de "la situation acquise". Cette procédure était une mesure transitoire d'une durée d'un an. Passé ce délai elle était atteinte de forclusion. L'accès à la profession était ainsi verrouillé.

    Au lendemain de l'Indépendance, le départ des Français laisse un vide qui sera comblé par la première génération des opticiens marocains ayant assimilé le métier sur le tas. Ces derniers ne pouvaient bénéficier de la situation acquise, car la procédure était une mesure transitoire d'une année. Ils étaient peu nombreux, car le métier d'opticien était à l'époque peu revalorisant face à celui de l'enseignement, de l'administration ou du barreau. Au début des années 70, les premiers Marocains diplômés arrivent sur le marché. Mais la véritable explosion a lieu au début des années 80. La profession assiste à l'arrivée d'une nouvelle génération de jeunes diplômés, lauréats des Instituts étrangers. Des anciens profitent du mouvement pour rajeunir leurs magasins d'autant plus que les techniques de l'optique évoluent rapidement. Ils salarient une partie de ces lauréats Ceux qui ouvrent boutiques, surtout grâce au crédit "jeune promoteur", rencontrent des difficultés énormes dont une grande partie vient de la concurrence de l'informel.

    Abdelkhalek ZYNE

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