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Economie Internationale

OMC: Une grande manifestation contre le Round de Seattle se prépare

Par L'Economiste | Edition N°:617 Le 15/10/1999 | Partager

· Syndicalistes, écologistes et groupes religieux s'unissent pour dénoncer la mondialisation
· Boeing et Microsoft sont les principaux sponsors du comité organisateur du Sommet



"Le monde entier aura les yeux tournés vers Seattle!", s'exclame avec
enthousiasme Mike Dolan. Le sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui se réunira du 29 novembre au 3 décembre prochains dans la ville de Boeing et Microsoft sera l'enjeu "d'une bataille historique entre la société civile et la puissance des multinationales", indique-t-il. Mike est un ouragan à lui tout seul. Ce mélange de Woody Allen (petite taille, grosses lunettes et air perpétuellement échevelé) et de Lénine (voix de stentor, rhétorique enflammée, énergie et génie) a débarqué dès que Seattle a été choisie en février pour accueillir l'OMC. Sa coalition hétéroclite de syndicalistes, d'écologistes, de groupes religieux et politiques a promis d'organiser le 30 novembre "la manifestation du siècle" contre le "Seattle Round", le nouveau cycle de négociations en vue de la libéralisation du commerce international qui doit être amorcé dans la métropole du Nord-Ouest des Etats-Unis.
"Il y aura beaucoup de manifestants dans les rues de Seattle", reconnaît avec résignation Ray Waldmann. Ce responsable barbu et bonhomme de Boeing préside le SHO, le Comité d'Organisation du Sommet de Seattle.
Boeing et Microsoft sont les principaux sponsors du SHO dont le budget est de près de 10 millions de Dollars (100 millions de DH), car comme le dit Waldmann "tout ce qui est bon pour le commerce international est bon pour Boeing". "Nous espérons seulement que ces manifestants resteront non violentes. La sécurité est une vraie préoccupation", ajoute-t-il, évoquant les violences qui ont marqué cet été d'autres manifestations contre l'OMC à Genève, Londres ou Cologne.

Large spectre idéologique


Même pacifiques, des manifestations massives contre la mondialisation pendant le Sommet "risquent de saper nos efforts pour développer le commerce international à travers l'OMC" comme on peut le lire dans un appel de l'Association des industries manufacturières américaines. Cette dernière va mobiliser ses membres pour appuyer une vaste campagne de publicité vantant "les énormes bénéfices du libre-échange".
"J'espère que Seattle sera le lieu d'un grand débat civique et non un champ de bataille" de la mondialisation, dit Paul Schell, le maire de la ville. Le paradoxe de Seattle est que la ville est par bien des côtés la capitale du commerce international aux Etats-Unis. Un tiers des emplois y dépendent directement ou non du commerce international qui en nourrit la croissance explosive. Mais c'est aussi une ville de vieille tradition ouvrière et étudiante "progressiste". La "grève générale" qui paralysa les docks en 1919 fait partie de la mythologie locale, et on s'y targue de défendre mieux qu'ailleurs l'environnement ou les droits de l'Homme. L'opposition à l'OMC, assure Mike Dolan, "couvre un large spectre idéologique". Des républicains conservateurs isolationnistes aux anarchistes et "éco-guerriers" en passant par les activistes de la gauche démocrate ou les militants du parti réformateur, "l'OMC a été surprise de l'ampleur de la mobilisation", remarque Dolan. "Mais en choisissant Seattle, ils sont venus sur notre terrain...".
Le mouvement est enraciné dans une constellation dense de groupes de quartiers ou d'associations liées aux églises, de groupes de défense des droits de l'Homme ou d'aide aux immigrés. Ceux-ci mènent depuis des mois une campagne d'information "à la base" apparemment efficace. La municipalité elle-même a passé une résolution contre le projet d'accord multilatéral sur les Investissements (MAI), mis en échec à Paris cette année.
Des milliers de manifestants sont attendus à Seattle qui accueillera 3.000 délégués des 134 pays membres de l'OMC, 2.500 journalistes et autant de membres d'ONG. La venue à Seattle des Zapatistes du sous-commandant Marcos ou Fidel Castro fait l'objet de rumeurs insistantes.
"Les problèmes que soulèvent les critiques de l'OMC méritent de l'être et doivent être traités autrement qu'ils l'ont été jusqu'à présent", ajoute Paul Schell. People for Fair Trade, la coalition de Mike Dolan semble rassembler (presque) tout ce que les Etats-Unis, (et le reste du monde), compte d'ONG, d'associations, de syndicats, d'églises, de groupes écologistes, de groupuscules révolutionnaires et de troupes artistiques.
Il y a des syndicalistes comme Ron Judd, secrétaire régional de la puissante confédération AFL-CIO. Il explique que "nous ne sommes pas contre le commerce international. 40% de nos militants ont des boulots qui en dépendent. Mais nous voulons que les règles du jeu soient les mêmes pour tous. L'OMC doit intégrer les règles sociales minimales définies par l'Organisation Internationale du Travail (OIT): interdire le travail des enfants, le travail forcé, la répression des syndicats et les discriminations de tous ordres...".
Les syndicalistes des Teamsters (transports), Steelworkers (sidérurgie), Autoworkers (automobile) fourniront les gros bras et les gros bataillons de la manifestation du 30 novembre. Mais ils manifesteront aux côtés des écologistes. Ceux-ci ont déterré la hache de guerre parce que "l'OMC justifie le démantèlement de toutes les lois de protection de l'environnement sous prétexte qu'elles constituent des barrières non tarifaires", explique Patti Goldman, avocate de l'Earthjustice Legal Defense Fund. "L'OMC empêche aussi un pays de décider du niveau de risque qu'il est prêt à assumer en matière de santé publique" ajoute-t-elle, citant la condamnation de l'Union Européenne parce qu'elle refuse d'importer le boeuf hormoné américain. "Nous exigeons que l'OMC n'envisage pas de nouvelles mesures de libéralisation", dit Patti Goldman. "Les accords passés doivent être revus, pour que la protection de l'environnement et de la santé publique ne soit plus sacrifiée au profit commercial".
Ce "moratoire à la mondialisation" est le programme minimum qu'a mis en forme Public Citizen, l'organisation de défense des consommateurs fondée par Ralph Nader. Lori Wallach, une des animatrices de Public Citizen est le coauteur du rapport qui fait office d'acte d'accusation contre l'OMC et qui a été présenté mercredi à Washington (1). Elle accuse l'organisation de mener "un coup d'Etat rampant contre la démocratie à travers le monde entier". Elle la dépeint comme "un nouveau système de gouvernement mondial" par des bureaucrates sans visage qui ne sont ni élus, ni contrôlés, et qui sont "au service des intérêts des grandes sociétés multinationales" et de l'idéologie du "commerce über alles".

(1) «Whose Trade Organization? Corporate Globalization and the erosion of democracy». Lori Wallach et Michelle Sforza. 229 pages. Publié par Public Citizen. www.citizen.org.


Mettre KO la classe dirigeante


Rares sont ceux qui croient vraiment qu'ils arrêteront à Seattle le bulldozer de la mondialisation. Mais la bataille est moins inégale qu'elle n'y paraît au premier abord. Elle est déjà engagée dans les médias et l'opinion. "Et nous sommes en train de la gagner", affirme Dolan. "Nous avons l'initiative", dit-il, en rappelant les victoires qu'ont été pour les forces "anti-mondialisation" le refus du Congrès américain d'accorder à Clinton l'autorité de négocier des accords économiques («fast track») ou l'échec de l'accord sur les investissements. En cette année d'élection présidentielle aux Etats-Unis, l'Administration Clinton ne peut pas se mettre à dos des électorats aussi importants pour le Parti Démocrate que le sont les syndicats ou les écologistes. Et Mike d'exhiber fièrement l'article que lui a consacré à la une le Wall Street Journal, ou sa photo dans le magazine Seattle Weekly où, torse nu, en short et gants de boxe, il promet de "mettre KO la classe dirigeante.

Patrick SABATIER Envoyé spécial à Seattle
Syndication L'Economiste-Libération (France)

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