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Mondialisation: Les recalés et les repêchés

Par L'Economiste | Edition N°:441 Le 11/02/1999 | Partager

Le travailleur marocain est-il capable d'assurer sa reconversion face aux défis de la mondialisation? La tâche semble difficile. Toutefois, il profitera, en tant que consommateur, des bienfaits de la concurrence. Reste que cette dernière éventualité ne peut se produire que s'il réussit sa transition.

Hassan a quitté il y a un an son poste de contrôleur dans une société de textile. Son salaire ne l'intéressait pas et les promesses d'augmentation ne se sont jamais concrétisées. Par ailleurs, les commandes qu'il contrôlait chaque jour n'arrêtaient pas de baisser. Son entreprise était confrontée à de sérieux problèmes de débouchés en Europe, principalement en France. Le problème s'est accentué après le démantèlement de l'accord multi-fibres et l'arrivée de concurrents plus compétitifs sur le marché. Actuellement, après avoir suivi une formation de deux ans dans un institut spécialisé, il travaille avec le titre d'informaticien-programmeur dans une société de développement informatique. Même en remboursant son prêt d'études, son salaire lui permet aujourd'hui de mieux vivre et d'épargner.
Son copain, Baïs, est au chômage depuis que l'entreprise de travaux publics qui l'employait a réduit ses effectifs. Son brevet (quatrième année du secondaire) ne lui permet plus de s'insérer facilement dans le marché du travail. Et il s'est heurté à plusieurs difficultés pour pouvoir suivre une nouvelle formation.

Mécanismes de reconversion


Ces deux cas mettent en relief l'étroite relation entre le mouvement de mondialisation et la menace qu'il fait peser sur la stabilité des emplois. En effet, ce mouvement se traduit souvent par une baisse des droits de douane, une élimination des traitements de faveur entre les pays et une concurrence de plus en plus accrue, poussant ainsi les entreprises à opérer des restructurations.
Ces exemples placent les pouvoirs publics devant la nécessité d'instaurer des systèmes de reconversion afin de rendre la transition moins douloureuse. Il s'agit entre autres de la mise en place de mécanismes d'indemnisation des coûts de reconversion(1) et de la création d'autres outils permettant de gérer ces situations de transition. En effet, les modifications des structures des échanges et surtout de leurs conditions (existence ou pas de droits de douane par exemple) provoquent des modifications sociales profondes. Ces dernières frappent les travailleurs n'ayant pas la capacité d'adaptation, ou la formation nécessaire pour quitter des secteurs en perte de vitesse auparavant protégés par des barrières douanières. Elles touchent aussi les métiers qui deviennent soumis à une concurrence les obligeant à opérer des restructurations touchant l'emploi. Le secteur des postes et télécommunications illustre cette situation. Les mouvements de grève qu'il enregistre depuis 1998 sont liés en grande partie à la peur des postiers "d'être les premières victimes" de la libéralisation de l'activité.
Le gouvernement, à travers le Ministère en charge du dossier de l'Emploi, avait annoncé un ensemble d'actions dont le développement du programme de la formation continue dans un système rénové des contrats spéciaux de formation. Ce programme, est-il précisé, s'étale sur la période 1998/2004. S'y ajoute aussi l'incitation à l'organisation de la formation-reconversion professionnelle des salariés menacés de licenciement pour motif économique(2) et la constitution cette année d'un fonds spécial pour aider à la formation des salariés des entreprises traversant des situations de crise. L'objectif est de protéger l'emploi(3) . Figure aussi la préparation d'un projet de loi sur la formation continue. L'ensemble de ces actions, encore sur papier, "est en étroite relation avec l'adoption du projet de code du travail", est-il indiqué au Ministère de l'Emploi.
La mondialisation est donc une réalité qu'il faut accepter et à laquelle il faut se préparer. Toutefois, si ce mouvement constitue une réelle menace pour une certaine catégorie d'emplois, Il est aussi source de développement de plusieurs secteurs étroitement liés à ce processus. Il s'agit là principalement des métiers relatifs aux nouvelles technologies et à la maîtrise de l'information. La circulation rapide des marchandises et plus particulièrement des capitaux crée un flux d'informations que les acteurs économiques ne peuvent contrôler. D'où un développement des professions relatives au traitement de l'information. Plus proche encore des opérateurs économiques, les relations commerciales de plus en plus axées sur les marchés étrangers exigent une maîtrise des langues étrangères. C'est comme cela que Malika, licence en littérature anglaise et diplôme de traitement de texte en poche, a pu décrocher un emploi auprès d'une société opérant sur le marché chinois. Elle a été recrutée pour gérer les correspondances.
De même, cette mondialisation libère les travailleurs des contraintes du marché interne. Souvent, les dimensions de ce marché ne permettent pas un développement des capacités de production, lequel est souvent accompagné d'un investissement en matériel et en ressources humaines.

Des consommateurs aussi


C'est le cas de l'industrie textile nationale qui s'est libérée de la pression du marché local, très peu porteur.
Dans une autre optique, les échanges mondiaux ne sont pas seulement une menace pour l'emploi. Ils profitent dans certaines conditions aux salariés. En effet, les échanges de biens et de services sont la principale forme de contact économique pour un travailleur avec le reste du monde des affaires. Cette forme d'ouverture entraîne un abaissement des prix à la consommation et des coûts d'investissements ainsi qu'une accélération de la croissance de la production et des salaires.
Aussi, en tant que consommateurs, les échanges leur procureront-ils des avantages immédiats sous la forme de produits importés moins cher et permettront à la plupart d'entre eux d'accroître leur pouvoir d'achat.
Résultats de cette situation: le commerce profite à une catégorie de personnes dont les produits sont ou deviennent recherchés sur le marché (cas de Hassan) et aggrave la situation d'une autre dont les produits sont en perte de vitesse face à la concurrence de plus en plus exacerbée (situation de Baïs). Il crée aussi une nouvelle génération d'emplois.

Aniss MAGHRI

(1) Aux Etats-Unis, les prêts d'études ou de formation sont subventionnés par l'Etat.
(2) Cette action était prévue par le programme d'action du gouvernement, pour décembre 1998. La moyenne annuelle des salariés ayant perdu leur emploi pour motif économique est estimée par le Dépar-tement de l'Emploi à 4.500 pour la période 1990/1997.
(3)Cette annonce a été faite par M. Khalid Alioua lors de son discours à la veille du 1er mai 1998.


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