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Microfinance: Attention à la récupération idéologique!
Entretien avec Jacques Attali, président créateur de PlaNet Finance

Par L'Economiste | Edition N°:2252 Le 10/04/2006 | Partager

Le fondateur de PlaNet Finance, l’organisation qui épaule les institutions de microfinance (IMF), était présent quelques jours la semaine dernière au Maroc pour une conférence sur le thème de la Méditerranée et de la mondialisation (cf. www.leconomiste.com). Pour Attali, le premier «gros problème» de l’humanité au XXIe siècle est l’écart entre les riches et les pauvres «qui est déjà explosif… et va le devenir encore plus».PlaNet Finance vient de mettre au point un énième instrument: une filiale créée en commun avec la Banque mondiale, l’Agence française de développement (AFD), le groupe Société Générale et Axa. C’est une institution permettant de prendre des participations dans le capital, soit dans des IMF ou via la création d’association financière ex nihilo, sous le nom de Microcred. Attali inaugurera cette semaine, la première Microcred au Mexique. D’ici cinq ans, 15 filiales sont appelées à voir le jour. Le Maroc «n’est pas exclu»...- L’Economiste: Quel tableau de la microfinance aujourd’hui dans le monde?- Jacques Attali: En moins de sept ans, on est à 10.000 institutions, dont trois cents en équilibre financier et 100 millions de bénéficiaires. C’est un des secteurs économiques mondiaux qui croît le plus vite. Comme les prêts sont tout petits, les chiffres sont très faibles: le montant total des encours doit être de l’ordre de 25 milliards d’euros environ (ndlr, 275 milliards de DH). Le montant de ressources financières qui arrivent tous les ans sur le secteur est de l’ordre d’un milliard d’euros, à comparer aux 65 milliards d’euros du montant de la dette internationale. C’est à peu près plus de 1,5% de l’aide internationale sachant que sur le milliard, un peu plus de la moitié vient de l’aide et le reste, du secteur privé au sens large. L’on dit souvent que le potentiel, c’est 500 millions de personnes, car il y a quelque chose comme 500 millions de microentrepreneurs dans le monde qui n’ont pas encore accès au crédit.. Quel est le rôle de l’institution dont vous êtes le créateur, PlaNet Finance?- PlaNet Finance a, peu à peu, défini les métiers nécessaires pour aider ce secteur à grandir de manière raisonnable et faire en sorte que sa croissance soit la plus professionnelle possible, sachant que sur les 10.000 institutions, il y a quand même de tout: les toutes petites avec 200 clients qui côtoient les très grosses de 5 millions. Notre rôle est donc de les professionnaliser et faire en sorte que les bailleurs de fonds aient confiance en elles. Nous avons défini trois métiers que l’on a progressivement mis en place. Le premier est tout ce qui va avec la consolidation des institutions, aider les gouvernements à mettre en place les réglementations spécifiques, les banques à monter des filiales de microfinance, développer de nouveaux produits et savoir quel est leur marché… Le deuxième vise à créer une transparence dans le secteur, d’où l’importance de faire des sites Internet de chaque institution, pays par pays, ainsi que de la notation. Nous avons créé une agence: PlaNet Rating, qui est indiscutablement la première de ce type dans le monde. Le troisième métier est celui du financement car quand les associations sont formées et en situation de recevoir des fonds, nous les apportons, soit en catalysant ceux de l’extérieur venant de la Banque mondiale ou de l’Union européenne, soit en ayant nos propres outils de financement. . Quelle est votre vision de l’activité au Maroc?- Nous avons voulu faire du Maroc la base de développement dans la région du Moyen-Orient, puisque c’est là que l’on développe notre expertise dans le monde arabe comme à Dubaï, en Palestine, en Jordanie ou en Egypte. Sur 100 millions de microentrepreneurs dans le monde, vous avez 1,3 million dans le monde arabe et 600.000 au Maroc. La moitié est ici et le Maroc est probablement l’un des plus grands succès mondiaux en termes de croissance, notamment grâce à deux associations: Zakoura et Al Amana. Les lacunes, par contre, concernent les insuffisances de développement dans le monde rural. L’entrée du secteur bancaire proprement dite est un énorme accélérateur du processus. Et je pense à un acteur très important: la Banque centrale. La lutte contre la pauvreté au Maroc est fondamentale, à la fois d’un point de vue économique, social, politique, idéologique et géopolitique.. Le microcrédit permet-il de lutter efficacement contre la pauvreté?- Nous avons fait une étude au Maroc qui dit que l’impact en termes de revenus est significatif, tout en ne changeant pas totalement la vie des gens. Là où c’est fondamental, en revanche, c’est que ces personnes commencent à sortir de la précarité et peuvent faire des plans d’avenir. Elles peuvent se soigner, envoyer les enfants à l’école, mieux se loger, penser à se développer… Il n’y a plus précarité mais possibilité de croissance et donc un potentiel pour sortir de la pauvreté. Pour moi, le microcrédit est la seule chose qui marche. Bon, ça ne suffit pas. On dit souvent qu’il y a quatre piliers dans la lutte contre la pauvreté qui sont les grandes infrastructures, la liberté commerciale régionale, la démocratie et les institutions politiques, puis le financement. Le microcrédit, en lui-même, est un acteur fondamental. Il est même acteur de l’essor de la démocratie, car il ne peut y en avoir si les gens n’ont pas les moyens de se prendre en main. Il est également l’une des pupilles de développement des infrastructures car l’on commence à voir la microfinance comme un moyen de financement de l’eau, de l’électricité et de l’énergie, en particulier dans le monde rural. . Le Maroc est-il sur la bonne voie?- Il ne m’appartient pas de juger… Le Maroc a, à la fois, un problème de pauvreté extrêmement sérieux, mais qui est très général dans les pays du Sud, et en même temps, au niveau de Sa Majesté comme du gouvernement, la volonté de s’en occuper. C’est l’un des rares pays où la microfinance est visible en tant que telle, il y a un fonds spécial pour s’en occuper, une action volontaire. Maintenant, est-ce que cela sera suffisant? Je n’en sais rien. Le Maroc, d’un certain point de vue, est béni des dieux par sa position géographique, sa relation avec l’Europe, la croissance qui est possible, l’attrait des capitaux étrangers… Mais il est très important d’éviter que les idéologies hostiles au développement de l’individu viennent se glisser et fassent de la lutte contre la pauvreté un instrument idéologique. Maintenant, c’est une course de vitesse.«On dit souvent qu’il y a quatre piliers dans la lutte contre la pauvreté qui sont les grandes infrastructures, la liberté commerciale régionale, la démocratie et les institutions politiques, puis le financement.«Propos recueillis par Céline PERROTEY

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