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Economie

Maroc/UE : L'accord de pêche attendra l'accord d'association et vice-versa

Par L'Economiste | Edition N°:202 Le 02/11/1995 | Partager

Les tomates, les fleurs coupées et les conserves de sardines bloquent à la fois les accords d'association et de pêche. Le Maroc garde sa carte pêche, qui est prête, comme atout dans les négociations sur l'accord d'association.


Alors que la conclusion de l'accord de pêche entre le Maroc et l'Union Européenne était attendue pour le 31 octobre, de nouveaux rebondissements repoussent encore cette échéance. L'échec du Conseil des ministres de l'UE du 30 octobre a été décisif.
Plusieurs pays ont considéré que les concessions accordées au Maroc étaient trop importantes. La France, qui soutenait qu'il fallait parvenir à mettre en place le cadre politique de cet accord en laissant les "détails techniques" à des dates ultérieures, a suscité de vives réactions de la part de ses partenaires européens. Il est prévu que la Commission représente ses travaux devant le prochain Conseil des ministres.

A l'origine de ces blocages, le volet agricole de l'accord d'association, et plus précisément les quotas de tomates et les fleurs coupées. D'ailleurs, les producteurs marocains de fruits et légumes s'estiment "profondément déçus par la position européenne". Ils "attirent l'attention encore une fois contre les effets néfastes de l'érosion du traitement dont subissent les produits marocains sur le marché européen". Le 18 octobre, apprenant les propositions européennes de quotas (Cf L'Economiste du 19 octobre dernier), les professionnels avaient réagi avec une extrême vigueur, s'en prenant même parfois aux négociateurs marocains.
Un autre point de blocage a été soulevé par le Portugal. Il concerne la conserve de sardine. Son régime a été dissocié de l'accord de pêche pour être intégré à l'accord général d'association. Les arrangements s'orientaient vers un désarmement en trois ans:
- un quota de 20.000 tonnes sans droit de douane ni prix d'entrée et le reliquat (les livraisons au-dessus des 20.000 tonnes) sans limitation à 10% de droits, en 1996;
- 21.000 tonnes avec droit nul et le reliquat sans limitation, à 5%, en 1997;
- en 1998, accès libre sans quotas et avec droit de douane nul.
Les Portugais ont rejeté cette proposition la jugeant trop favorable au Maroc.

Pêche: le der des der


Côté pêche, après 15 jours de négociations marathon à Bruxelles, le 7ème et dernier round devait en principe permettre d'aboutir à la conclusion d'un nouvel accord de pêche entre l'Union Européenne et le Maroc. Après la rencontre entre SM le Roi et Mme Emma Bonino, commissaire européen à la pêche, le 14 septembre 1995, le Maroc devait adopter une position beaucoup plus souple. A l'issue de l'entretien et au cours d'une conférence de presse, Mme Bonino a dit "avoir le sentiment que cet accord serait le dernier". Ce sentiment mérite d'être confirmé, souligne la partie marocaine, pressée par les professionnels qui ne se font pas faute de dire que "le meilleur accord est de ne pas avoir d'accord". L'accord devra donc être le dernier, le "der des der", en espérant que l'expression se vérifiera cette fois. Il a été convenu que l'accord aurait une durée de 4 ans et ne serait pas révisable à mi-parcours. Il pourrait en conséquence même être non-reconductible. L'existence même de l'accord de pêche est présentée par la partie marocaine comme une offre importante faite sur l'autel des relations futures et surtout des relations de partenariat, y compris dans le domaine de la pêche.
En tout cas, quelque soit son contenu, l'accord de pêche devrait "être un tournant dans les relations entre le Maroc et l'UE". L'Europe disposera de 4 ans pour restructurer son secteur et le Maroc de la même durée pour accroître ses capacités d'exploitation des ressources dans les branches qu'il n'occupe pas ou peu. "En 4 ans, il va falloir doter le pays d'infrastructures. L'enveloppe nécessaire est de 700 à 800 millions de DH, hors la construction du port de Dakhla, dont le coût est évalué à 600 millions de DH", souligne le Ministère des Pêches et de la Marine marchande.

Pour l'Europe, le secteur de la pêche n'est pas un secteur d'avenir, il ne concerne qu'une petite région, principalement le Sud de l'Espagne et un peu le Portugal. "L'Europe bleue a l'habitude des restructurations, elle le fera aisément", estiment les observateurs marocains.
Aussi, dans une logique de non-reconduction, les négociateurs ont-il fait preuve de flexibilité. Dans l'ensemble, le volet technique peut maintenant être considéré comme acquis. Un compromis semble avoir été trouvé sur la base d'une réduction de 40% pour les prises céphalopodières et 20% pour les palangriers, sur une durée de 4 années. Pour les crevettiers, leurs réductions devraient être fixées aux alentours de 34%. Il faut rappeler qu'à l'origine les responsables marocains réclamaient respectivement 65, 50 et 30%, alors que les Espagnols se refusaient à toutes diminutions de l'effort de pêche et de leur flotte. En revanche, les négociations se poursuivent sur le calendrier de ces réductions, sur les dates...

125 millions d'Ecus de compensation


A côté de ces réductions, il est prévu le transfert des senneurs européens (grands sardiniers) qui pêchent entre Tarfaya et Agadir vers le Sud de Boujdour et au-delà de 15 miles. Dans l'immédiat, 9 de ces 11 senneurs seront concernés et 2 autres, plus petits, seront transférés ultérieurement. Ces transferts devraient en conséquence permettre de réduire la concurrence entre les pêcheries marocaines et européennes et de réserver une fenêtre exclusive pour le développement de l'armement marocain. Les prises de pélagiques représentent à elles seules 80% des prises totales marocaines.
La compensation financière a été fixée, quant à elle, à 125 millions d'Ecus. Dans le précédent accord, elle était de 102 millions d'Ecus pour des enlèvements supérieurs. S'y ajoutent différents droits payés par les armateurs eux-mêmes.
Quant au débarquement obligatoire qui a constitué l'un des problèmes sensibles de ces négociations, un compromis semble se dégager sur la base d'un débarquement obligatoire modulable et incitatif sur les ports marocains des prises de pêche européennes.
Les négociations sur le nouvel accord avaient en fait débuté par la révision à mi-parcours. La demande de révision du contenu du précédent accord avait abouti à l'écourter d'une année, à institutionnaliser le 3ème mois de repos biologique et supprimer les monofilaments.

Fatima MOSSADEQ

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