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Maroc-USA
Médicaments génériques: Le Maroc ajuste sa position

Par L'Economiste | Edition N°:1655 Le 04/12/2003 | Partager

. La pression des professionnels de la santé donne ses fruits . Jusqu'au 6 décembre, à la clôture du round, pour décider. Une chance pour sauver le marché des génériques... et l'accès aux soins, estime une étude d'impactIls fronçaient les sourcils, les professionnels de la santé. Aujourd'hui, une lueur d'espoir dans leur regard: on va peut-être prendre en considération leur point de vue. Plus que quelques jours et le cycle des négociations entre le Maroc et les Etats-Unis sera clos. Depuis lundi dernier, les deux parties sont réunies à Washington. Ce dernier round prendra fin samedi 6 décembre. Cette longue année de tractations aboutira sûrement à un accord de libre-échange entre les deux pays, comme le souhaitent vivement les plus hautes autorités à Rabat et Washington.Concernant le dossier des médicaments, donc la protection des brevets, la grogne des professionnels de la santé aura donné quelques fruits. Elle aura au moins eu le mérite de les associer aux négociations, secouer la paresse intellectuelle et bénéficier d'une écoute. Ainsi, le Premier ministre, Driss Jettou, poing sur la table, avait initié plusieurs réunions avec l'Association de l'industrie pharmaceutique (AMIP), des experts, ainsi que le collectif pour la défense des médicaments. Réunions au cours desquelles objections et inquiétudes ont été prises en compte. Il semble que les responsables aient été toute ouïe, à tel point qu'il se dit que le Maroc serait prêt à revoir sa position sur le dossier.Ce n'est pas officiel, mais les dispositions relatives aux clauses prolongeant, par des artifices, la durée de protection des brevets seraient assouplies. Et l'on reviendrait donc vers la «norme OMC» (où la durée de protection d'un brevet ne dépasse pas 20 ans, contre 30 avec les clauses complémentaires proposées par les Etats-Unis). En effet, les conséquences de l'application de telles dispositions peuvent être «fatales pour l'accès aux soins au Maroc et le développement de l'industrie locale», estime un industriel. Une étude d'impact réalisée tout récemment par des chercheurs nationaux révèle que l'adoption d'un tel accord (voir L'Economiste du 31 octobre 2003), impliquerait une réduction importante des investissements locaux dans l'industrie pharmaceutique. «Les industriels marocains, dont la majorité est engagée dans des investissements lourds en prévision du développement des génériques, sont en attente pour envisager la suite à donner à leur engagement». L'instauration des dispositions «ADPIC plus» (accord sur la propriété intellectuelle de l'OMC et un peu plus…) condamnera à moyen terme ces industries du fait qu'elles seront astreintes, dans un délai de 15 à 20 ans, à ne fabriquer que des produits d'ancienne génération.A court terme, donc, l'arrêt des investissements en cours entraînerait l'abandon d'un programme de l'ordre de 1 milliard de DH sur cinq ans. En terme d'emplois, cela coûterait 4.000 postes permanents directs. Déjà, de 1995 à 2000, le taux de couverture des besoins par l'industrie pharmaceutique locale est passé de 80 à 72%, selon l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Aussi, en restreignant la capacité de production aux molécules d'ancienne génération, c'est l'industrie locale qui aurait été condamnée à terme.Cela risque de poser des problèmes de disponibilité du médicament, poursuit l'étude d'impact citée plus haut. En 1995, le Maroc avait atteint un pic de couverture de 80% des besoins de la population. Cette prouesse risque de ne plus se reproduire. La dépendance à l'égard des donneurs d'ordres étrangers accroît les risques de pénurie qui peuvent survenir pour des raisons exogènes. A l'instar d'un épisode dramatique survenu en 2000 (pénurie d'un médicament qui a été à l'origine de décès). Le Thiopental, un anesthésique, était importé d'un laboratoire français. Pour un problème de production, il y a eu rupture sur le marché marocain, rupture qui a duré plusieurs mois. «Il y a eu des décès à cause de ça», confie sous couvert d'anonymat un cadre au ministère de la Santé. Si le Maroc était resté sur sa position initiale, il se dirigerait vers l'importation massive des médicaments, explique l'un des rédacteurs. Importation, constituant dans la loi actuelle une exception à la règle. Les experts craignent donc le renversement de la tendance et prévoient un «retour prévisible aux comptoirs d'importation». Mais en même temps, le marché marocain est un grain de poussière dans un océan de désert: 0,1% du marché mondial. Les multinationales ne lorgnent sûrement pas le marché local comme on lorgnerait celui de la Chine!…A moins de considérer le Maroc comme une plate-forme pour l'acheminement des médicaments vers l'Afrique…Ce qu'anticipe donc l'étude sur le long terme, c'est la raréfaction du générique, donc baisse de la concurrence. Tandis que la disparition du prix national de référence aurait pour conséquence une flambée des prix qui placera le médicament au Maroc au même niveau de prix qu'aux Etats-Unis ou en Europe», rendant de fait le médicament inaccessible pour une majeure partie de la population»… A moins d'une couverture maladie en béton.Or, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), dont le Maroc fait partie, est on ne peut plus claire: les accords doivent aller dans le sens de la protection de la santé publique, la nutrition et la promotion de l'accès de tous aux médicaments (cf. article 8 de l'accord sur les ADPIC).La protection des fruits de la recherche est légitime. Mais le recours aux artifices suggérés par ces dispositions appelées dans le milieu «ADPIC plus» vise à protéger les monopoles induits par les brevets.


Vers une plate-forme africaine?

Le développement des médicaments génériques a permis la naissance en moins de trois ans de 6 nouvelles unités nationales, d'un investissement global de 450 millions de dirhams et la création de 2.000 nouveaux emplois directs. Les prix au niveau des appels d'offres publics ont baissé de 47%. Le Maroc est le deuxième producteur de médicaments sur le continent après l'Afrique du Sud. Le pays est même pris comme modèle du développement de l'industrie locale dans les pays du Maghreb (Tunisie, Algérie, Libye). Il a les moyens de postuler en tout état de cause pour une plate-forme de l'industrie pharmaceutique en Afrique…Il peut même narguer les grandes multinationales en jouant sur les prix… sous réserve que la révision de sa position sur les génériques se confirme.Mouna KADIRI

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