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Politique Internationale

Marek Halter, "Le mal est contagieux, le bien aussi"

Par L'Economiste | Edition N°:207 Le 07/12/1995 | Partager

Marek Halter donne toujours libre cours à ses convictions d'humaniste. Invité par la communauté israélite de Casablanca, l'écrivain français, d'origine polonaise, a donné des conférences à l'occasion de la projection de son film "Les justes" et de la signature de son livre "La force du bien".


-"Votre physionomie me rappelle l'histoire d'un Juif qui a mal tourné, Jésus-Christ".
-"Je ne sais pas s'il avait une barbe. Je connais par contre un Juif qui a bien tourné, c'est Moïse", répond-il avec humour au journaliste qui le taquinait.
Invité par la commission de la jeunesse et de la culture de la communauté israélite, Marek Halter était présent à Casablanca à l'occasion de la présentation de son film "Les justes" et de la signature du livre "La force du bien", ouvrage dont il est l'auteur avec son épouse Clara.
D'origine juive polonaise, Marek Halter est écrivain, peintre, philosophe, cinéaste et journaliste. Il est connu pour avoir créé, pendant la période de tension israélo-arabe, la revue "Elément", une publication où uvraient côte à côte Arabes et Juifs pour le rapprochement des deux peuples. Marek Halter se souvient: "Vous-vous rendez compte, nous avions rendu visite à Yasser Arafat en 1968 alors que tout le monde occidental le considérait comme terroriste". Il ne se revendique pas comme intellectuel. "Cette notion d'intellectuel a été inventée lors de l'affaire Dreyfus. Car tous les gens qui se sont mobilisés pour cet officier, condamné pour ses origines juives, ont été taxés d'intellectuels. Mais c'était du dénigrement".

Marek Halter est partout connu pour ses combats humanistes. Ses deux dernières oeuvres, le film et le livre, n'échappent pas à cette règle. "La force du bien", notamment, publié chez Laffont, rend un grand hommage aux personnes qui ont lutté contre l'intolérance et le racisme et ont sauvé des Juifs, au péril de leur vie, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le livre, facile à lire, permet à Marek de mettre en valeur ses talents de conteur. "Dieu a créé l'homme pour que l'homme Lui raconte une histoire. Mais comme tous les conteurs, j'essaye de tirer des enseignements de mon histoire".
L'histoire de Marek Halter est la lutte perpétuelle entre le bien et le mal, qui puise ses origines à l'aube de l'humanité, à l'époque d'Adam, Eve, Abel et Caïn. Caïn avait tué son frère, d'où l'idée que la pulsion naturelle de l'homme est celle du mal. Si l'on se réfère aux paroles de l'écrivain, Caïn, jugé par une justice moderne, aurait été acquitté.
"Caïn est innocent, car il est ignorant. Il ne savait pas ce qu'est la mort et n'a jamais vu de cadavre de sa vie".
Discours étonnant de la part de quelqu'un qui n' a pas mis les pieds dans une synagogue, depuis la mort de sa mère, il y à 15 ans. "Je ne dis pas que Dieu existe ou n'existe pas. Je suis comme Kafka qui disait Dieu est une oreille qui nous écoute pendant que nous parlons, que nous agissons". Sinon nous sommes libres de nos actes.
Certes, tant qu'il y aura des hommes, le mal ne s'arrêtera pas de sitôt. Mais "au même titre qu'existent en nous des pulsions du mal, il y a également des pulsions du bien qui travaillent en nous. A partir de ce moment, il y a quelque chose à faire", estime Marek Halter, contre des idéologies qui prônent l'intolérance. L'idéal est "de parler à chaque individu séparément, car à l'inverse du groupe, l'individu a une conscience".

"Les justes" du film de Marek sont ces personnes qui ont une conscience et qui disent non à l'intolérance. C'est justement à ces justes, des amis polonais, que Marek put échapper à la mort à Varsovie, alors que la plupart des autres Juifs du ghetto étaient massacrés.
Schindler, l'officier allemand qui a fait l'objet d'un film de Spielberg, n'est pas considéré par Marek comme un juste. "Schindler était un homme extraordinaire. Il a accompagné les Nazis pendant un certain temps puis il a commencé à avoir des problèmes de conscience. Mais ce n'est pas un juste, car un juste ne se pose pas de questions".
Il reste que le monde actuel est ravagé par la barbarie, c'est le cas en Bosnie ou au Rwanda.
Si les gens ont l'impression d'être entourés de mal uniquement, d'après Marek, c'est parce que les gens qui font du bien n'en parlent pas. "Les criminels assassinent des gens, sont emprisonnés, écrivent leurs mémoires qui deviennent des best-sellers ou des séries télévisées. La première des choses que décident de faire les gens après avoir visionné ces séries ou lu ces livres, c'est d'aller se procurer des revolvers".
Dans son livre, Marek estime que si, le mal est contagieux, le bien l'est peut-être aussi.

Mohamed BEBABID.

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