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Politique Internationale

Ma vie, mon cri" de Rachida Yacoubi

Par L'Economiste | Edition N°:207 Le 07/12/1995 | Partager

Elle est digne. Révoltée mais sans haine, imprégnée par la foi qui l'a soutenue au long de ses années de lutte et de misère. Rachida Yacoubi vient de faire paraître, chez Eddif, le récit de son rejet pour la société après son divorce; le récit de son combat pour sauvegarder la vie et l'avenir de ses enfants.


Rachida Yacoubi montre, dans "Ma vie, mon cri", comment elle a refusé de sombrer dans la voie de la facilité, d'un déshonneur dont on lui faisait miroiter l'intérêt, qu'on lui présentait comme l'unique planche de salut pour celle qui avait osé quitter les routes balisées de l'habitude et de la soumission.
Le livre de Rachida Yacoubi n'est pas, ne se veut pas, un ouvrage littéraire, mais un témoignage. Il exprime une voix, unique et solitaire, dans toute son authenticité. Il est un cri, vital: celui d'une femme acculée à l'exclusion, armée de son courage pour être elle-même, ne pas trahir son identité de "mou-e-mina en jean". Il s'impose, dans sa force viscérale, sans fioritures, hors de toute suggestion. Il interpelle. Il dérange. Sans doute parce qu'il accuse: les amis qui l'évitent ou lui ferment leur porte, les hommes qui ne voient plus en elle qu'un objet à portée de leur désir, les femmes surtout qui déploient leur insidieuse cruauté, la justice qui la dénie... Parce qu'il ne cache pas la souffrance nue, ni la colère, ni l'écurement, ni l'étonnement naïf, ni les joies simples de la vie... Parce qu'aussi il ne marque pas de rancune ni de complaisance. Rachida Yacoubi assure avoir pardonné. Elle a même, et malgré son divorce, repris le nom qui est celui de ses enfants, pour mieux affirmer son identité de mère, sa véritable appartenance. Elle dénonce sans haïr, pour attester d'une réalité sociale cruelle aux femmes seules, de la solidarité qui se dessine malgré tout, en particulier chez les démunis; pour parler aussi au nom de celles qui se taisent.

Si elle n'a pas la sérénité ni la poésie d'une Fadhma Amrouche, écrivant à la demande de son fils Jean l'histoire de sa vie, Rachida Yacoubi en présente le même courage et la même authenticité dans la remise en question d'un milieu qui l'exile.
Ecrire a été pour elle une issue, une justification à ce qu'elle a enduré. C'est à l'âge de 43 ans, plus de dix ans après son divorce, qu'elle a entrepris de revivre par l'écrit, douloureusement, cette période. Elle ne parle qu'en son seul nom parce qu'elle sait que d'autres femmes partagent les mêmes expériences. Mais elle cherche aussi à leur dire que l'on peut atteindre la rive, malgré les naufrages, sans sombrer: la foi, l'amour maternel, l'amitié providentielle souvent. Et que ceux qui se sentent visés y trouvent matière à s'interroger et réviser leur comportement.

Thérèse BENJELLOUN

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