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LVMH versus Morgan Stanley, le procès de la partialité

Par L'Economiste | Edition N°:1442 Le 22/01/2003 | Partager

. Le groupe français accuse la banque d'affaires d'avoir biaisé ses analyses à son détriment Hier matin, au Tribunal de commerce de Paris, devait s'ouvrir un procès d'un genre totalement nouveau en France: LVMH accuse la banque d'affaires Morgan Stanley d'avoir émis “des analyses erronées” et fait de “fausses déclarations” sur son compte. Le groupe présidé par Bernard Arnault affirme que toutes les analyses économiques et financières, concernant le secteur du luxe réalisées par le service de recherche de Morgan Stanley à Londres depuis 1999, sont systématiquement hostiles à LVMH... et systématiquement favorables à Gucci. Pour LVMH, il n'y a qu'une explication: Gucci compte parmi les très gros clients de Morgan Stanley, la banque d'affaires ayant organisé l'introduction en Bourse de la maison italienne, et participé au montage de l'opération de rachat de Gucci par Pinault Printemps Redoute en 1999, raflant l'affaire à Bernard Arnault.Bref, selon LVMH, les études “biaisées” produites depuis quatre ans par Claire Kent, analyste en chef du secteur du luxe chez Morgan Stanley, illustre le parti pris systématique de la banque en faveur de son client. La plainte déposée en novembre dernier par LVMH se traduit aujourd'hui par une première audience. “La séance sera consacrée à la présentation des avocats des deux parties et à la fixation d'un calendrier, expliquait hier un proche du dossier. Le vrai débat, celui qui met en cause l'objectivité de Morgan Stanley dans ses conseils d'investissements financiers et soulève donc la question du conflit d'intérêt qui se pose à la banque, viendra dans les semaines qui viennent”.Dans cette affaire, LVMH poursuit un premier objectif: torpiller la rumeur qui s'est répandue cet été sur une possible dégradation de sa note financière. “Nous n'avons jamais reçu le moindre avertissement dans ce sens”, s'agace-t-on au sein du groupe. Là encore, c'est Claire Kent qui a frappé, début juillet 2002, en évoquant cette hypothèse dans Weekly Report, la lettre hebdomadaire qu'elle publie sur le luxe et ses valeurs cotées. La banque dément en bloc toutes les accusations concernant sa partialité. Elle affirme que c'est à partir d'une mise sous-surveillance négative de la note du groupe sur son endettement à long terme, par l'agence de notation Standard and Poor's (note rendue publique le 26 avril 2002 et inchangée depuis), que Claire Kent a évoqué en juillet “un risque de dégradation de note de LVMH”. La mise sous-surveillance négative peut effectivement précéder une dégradation, ce qui alarme les investisseurs et renchérit le coût du crédit pour les sociétés.Mais LVMH n'en démord pas: Claire Kent s'acharne contre le groupe français. Ainsi, lorsque celui-ci annonce des résultats semestriels en hausse de 19% en septembre dernier, la dame décide d'appliquer une décote de 10% aux chiffres publiés “pour cause de destruction de valeur dans le passé”. “On va voir si elle applique aussi des décotes à Gucci et à Yves Saint-Laurent qui ne présentent que de mauvais résultats”, persifle un financier du camp français.Pour Morgan Stanley, Claire Kent, désignée huit ans d'affilée comme la meilleure analyste de son secteur, est d'une neutralité parfaite à l'égard des valeurs qu'elle traite, et le contrôle interne ne l'autoriserait pas à manifester des partis pris aussi évidents que ceux que dénonce LVMH. “Notre muraille de Chine est solide et robuste”, dit un proche de la banque. La voilà, l'autre grande affaire de ce dossier, la fameuse muraille de Chine.En accusant Morgan Stanley de partialité, Bernard Arnault voudrait bien être le premier patron français à ouvrir le débat sur une réforme du fonctionnement des établissements financiers. L'image de la muraille illustre l'étanchéité qui devrait normalement exister entre les différentes activités des banques d'investissement: d'un côté, une activité commerciale avec des contrats de conseil et de logistique financière pour leurs clients; de l'autre, une production régulière d'analyses financières sur les différentes valeurs de la cote pour les gérants de fonds et les investisseurs. Dans la foulée de l'affaire Enron, toutes les grandes banques d'affaires ou presque de la place de New York ont été mises en cause pour avoir transgressé la règle: concrètement, elles ont conseillé à l'achat les valeurs de leurs clients -pas forcément les meilleures- et débiné d'autres titres. Les autorités de régulation de la Bourse américaine -Security and Exchange Commission (SEC)- ainsi que le procureur général de New York, Eliot Spitzer, n'ont cessé de révéler ces derniers mois la multiplication des conflits d'intérêt au sein de ces établissements, avec une méthode de choc: la saisie d'e-mails des analystes. Merrill Lynch apparaît comme le numéro un de la grande truanderie avec près de 1 milliard de dollars d'amendes. Morgan Stanley a dû verser 125 millions de dollars de pénalités. “Nous avons payé, mais ils n'ont rien trouvé à nous reprocher, pas la moindre mise en cause”, rétorque-t-on à la banque. Le Tribunal de commerce a donc une lourde charge ce matin: ouvrir un débat sur la réglementation de l'analyse financière au sein des banques d'affaires qui n'en est, de ce côté-ci de l'Atlantique, qu'à ses balbutiements.Nathalie BENSAHEL Syndication L'Economiste-Libération (France)

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