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    Politique Internationale

    Livres : Femmes: L'idéal chez les jeunes, le quotidien dans le couple

    Par L'Economiste | Edition N°:57 Le 10/12/1992 | Partager

    "Femme idéale?" de Anissa Benzakour-Chami

    Collection Femmes et Institutions Le Fennec 1992-40DH

    "Couples en question": Collection Approches, ouvrage collectif sous la direction de Aïcha Belarbi

    Le Fennec 1992-58DH

    Est-ce une mode ou un créneau commercial? Deux livres sont encore publiés sur les femmes. L'un se penche sur "l'idéal féminin", dans l'imaginaire des jeunes, l'autre analyse le "réel féminin" dans son quotidien, dans le couple, au travail, avec l'enfant.

    Les éditions Le Fennec consacrent une partie de leurs publications, depuis quelques années, aux études relatives à la condition féminine au Maghreb et plus particulièrement au Maroc, confiant la direction de chaque collection à une spécialiste de la question, universitaire de préférence. Leur objectif semble être aussi pédagogique: en destinant ces ouvrages aux étudiants, chez qui quelque chose peut encore changer et qui constituent une part active dans l'évolution de la société marocaine, compte tenu de la majorité démographique de la jeunesse.
    Ainsi, dans la collection "Femmes et Institutions", dirigée par Fatima-Zohra Zryouil, est paru en cette fin d'année 92 un petit livre d'une centaine de pages écrit par Anissa Chami Benzakour, docteur ès-Lettres, professeur à la Faculté des Lettres de Casablanca - Aïn Chock: Femme idéale?
    Anissa Benzakour Chami, pour élaborer son ouvrage, déclare s'être mise "à l'écoute des jeunes", afin de les "responsabiliser... et de les sensibiliser à leur devoir d'intellectuels en germe dans la mutation de la structure sociale et des mentalités".

    Les non-dits

    Dans ce but, à travers la littérature marocaine de langue française, qui retrace selon elle le vécu de toute une société et sensibilise des élites de la jeunesse, et en s'appuyant sur une enquête menée auprès d'étudiants de l'enseignement supérieur, (Casablanca et Marrakech), elle interroge la vision de la "femme idéale" qui exprime la complexité, dit-elle, du "problème féminin" - à étendre peut-être davantage à un problème social. Elle s'emploie, dans un langage clair et précis, à démasquer les non-dits socioculturels qui déterminent la littérature et à former ainsi "des intelligences que le temps n'a pas encore sclérosées" pour leur donner plus de lucidité et d'esprit critique.
    Son projet s'inscrit dans un esprit pédagogique nouveau au Maroc, sans aucun doute, tenant compte des contraintes de l'enseignement supérieur qu'elle connaît bien. Cependant on peut aussi regretter deux lacunes (par le silence qui les couvre) concernant la méthode utilisée et son intérêt. L'enquête poursuivie auprès des étudiants de Casablanca et Marrakech ne cite aucun chiffre, très peu de caractéristiques de la population étudiée, aucune méthodologie d'approche. Ceci lui laisse un aspect flou risquant de mettre en question les résultats obtenus. Une interdisciplinarité explicite littérature/sociologie aurait ici été souhaitable.
    Par ailleurs, sans douter de l'intérêt de son projet, s'il est vrai que la littérature marocaine de langue française exprime plus le déchirement personnel de l'écrivain que la société elle-même, il semble difficile de lui faire jouer un rôle pédagogique, puisque son objet est d'abord esthétique avant d'être moral. Elle transporte ses valeurs propres.

    Pouvoirs cachés

    Cependant, le livre d'Anissa Chami se veut tourné vers l'avenir, vers toute analyse susceptible de soutenir les forces créatrices de la société, en refusant le voile du rituel et le leurre de l'apparence.
    Dans la collection "Approches", autrefois dirigée par Fatima Mernissi, aujourd'hui par Aïcha Belarbi, est paru en même temps, à l'occasion du IVème SIEL, un cinquième volume intitulé Couples en question où, là encore, est primordiale la position des femmes, dans sa dimension sociale. En effet, les femmes, en tant que détentrices des pouvoirs cachés et de l'éducation des enfants, de la gestion de la sphère privée, sous-tendent l'évolution du couple et de la société.

    L'ouvrage comprend 14 communications, en français (9) et en arabe (5), écrites par des spécialistes, hommes et femmes, de toutes disciplines, apportant chacun une "approche" particulière de la question. Il se partage en trois grandes interrogations: le discours sur le couple (islamique, soufi, sociologique); la quotidienneté du couple (changements intervenus par l'urbanisation, l'industrialisation, la scolarisation, le travail salarié féminin, ancrage dans la mentalité patriarcale, étapes de la vie du couple, sensibilité culturelle aux problèmes de l'âge, enfant porteur des déséquilibres du couple); enfin les images du couple dans la société en se référant aux textes religieux, juridiques, historiques, littéraires et aux représentations collectives.

    Erosion

    Dans sa présentation du livre. Aïcha Belarbi montre comment, de toutes ces perceptions, il ressort largement que la notion traditionnelle du couple persiste, résistant aux remises en question nécessaires malgré les conflits, les contradictions, les déséquilibres, "contre ses propres désillusions". La raison en est-elle le poids de l'environnement, le besoin de sécurité affective pour vivre et survivre dans "l'érosion de la vie quotidienne"? La question reste posée, mais elle est claire.
    Les communications, réellement multidisciplinaires, expriment enfin les problèmes de la société marocaine, dans un langage en général non passionnel, crédible, scientifique, qui se laisse entendre et s'ouvre, malgré des constatations sans illusions, à des voies nouvelles.
    Pour ce livre, bilingue avec bonheur, on peut remercier les auteurs d'avoir pensé aux difficultés d'approche linguistique en établissant, pour chaque texte, un résumé dans la langue non utilisée.

    Thérèse BENJELLOUN

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