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    Livres : Cherchant un décollage, l'édition segmente son marché

    Par L'Economiste | Edition N°:57 Le 10/12/1992 | Partager

    Les prix Goncourt ou Renaudot, attribués récemment, connaîtront des tirages importants. A côté, les tirages des livres marocains dérisoires, Une enquête auprès de quelques éditeur révèle un effort commercial pour le décollage de l'activité.

    "Dans l'édition au Maroc, un marché potentiel existe, surtout dans trois secteurs: les livres scientifiques et techniques, les dictionnaires et encyclopédies, la littérature générale". C'est la conclusion à laquelle sont parvenus un certain nombre de jeunes éditeurs qui se sont lancés dans le métier à partir du milieu de la décennie écoulée. Le mouvement s'était amorcé à partir de 1975 à l'échelle de tout le Maghreb. A partir de cette date, en effet, chaque année a vu de trois à six éditeurs nouveaux faire leur entrée dans le marché du roman maghrébin. Alors que de 1945 à 1975, ils n'étaient qu'un ou deux.

    "Boom" des années 80

    Trois maisons, apparues depuis peu, ont la particularité de faite - et de ne faire que - de l'édition pure.

    La première est la société d'édition Toubkal, née en 1985. La seconde, ce sont les éditions Le Fennec, fondées en 1987. Le marché cible, ce sont les étudiants et les enseignants. Quant à Wallada, elle a été créée dans la mouvance des politiques de mécénat bancaire en 1988, par la S.M.D.C. D'abord connue sous la dénomination Al Kalam, en 1989 un changement d'appellation est intervenu, et elle est devenue Wallada du nom de la poétesse omeyyade.

    Les fondateurs des éditions Toubkal sont quatre universitaires, dont l'un est aussi poète et écrivain. L'orientation générale est d'abord culturelle et universitaire. Avec une volonté d'ouverture vers le Monde arabe et l'Europe, Toubkal se veut parfaitement bilingue, mais les titres arabes sont majoritaires: sur 175, 40 seulement en français. On y pratique beaucoup la traduction du français vers l'arabe. 32 ouvrages ont été traduits, en collaboration avec des maisons comme le Seuil, la Découverte, le C.N.R.S ou les Presses de la Fondation des sciences politiques. L'achat des droits de traduction tourne autour de 400 Dollars l'ouvrage. On privilégie la traduction des textes modernes, rayon pensée ou philosophie, ceux de Derrida ou Julia Kristera par exemple. Alors qu'auparavant tout se faisait de la France vers le Maroc, depuis peu, tout le travail s'élabore ici, d'où la possibilité d'exporter (une dizaine d'ouvrages environ).

    Bilinguisme et co-édition

    Mais le livre culturel se vend mal. Avec les traductions, ce sont les manuels qui marchent le mieux. Le tirage est de 2.000 à 2.500 par livre, il peut être limité à 1.500 pour la littérature. Le catalogue 1992 comporte plusieurs collections, en arabe (la connaissance philosophique, la connaissance littéraire, les textes littéraires) ou en français (repères, sciences et technologies). Le Fennec, pour sa part pratique des tirages de 2.000 sauf pour certains, dont le tirage est porté à 5.000. Ce nombre est valable aussi bien pour les livres en arabe qu'en français. On reconnaît que les ouvrages de langue arabe, qui se vendent bien, ont de l'avenir. La maison commande aussi des traductions, mais pas de manière systématique, du français à l'arabe. De ce côté aussi, on tente de promouvoir la co-édition avec des éditeurs français. La co-édition est en développement, en raison notamment des coûts de fabrication moins chers au Maroc. En cas d'accord, le Fennec achète le film de l'ouvrage, l'impression et la couverture se faisant sur place. Il convient de signaler la qualité de certains ouvrages, comme l'Etat du Maghreb, co-édité avec "La découverte". Des collections: Approches, Femmes Maghreb celles qui marchent le mieux concernent la famille, l'enfant. La maison commence à exporter un peu : en Italie, en Allemagne, en Espagne. Wallada possède six collections: Réseaux Economiques, Bibliothèque Tangéroise, Sciences et Techniques, Lettres et Arts, Sciences Humaines et Ebauches. Le tirage est de 1.000 pour tous les ouvrages -31 titres depuis le lancement. Dix autres sont en cours, dont deux traductions de l'arabe au français. L'objectif est de parvenir à publier un livre tous les mois.

    En ce qui concerne les droits distribués à l'auteur, ils se montent à 10% (parfois à 15%) sur le prix de vente chez Toubkal, de 12% avec avance sur 500 exemplaires chez Le Fennec, et de 10% chez Wallada.

    Chacune des trois maisons a son propre mode de diffusion: Wallada fait sa diffusion par son agent commercial. Chez Le Fennec la distribution est confiée à Sochepress. Toubkal est distribuée par trois maisons de diffusion: Sochepress, le centre culturel arabe et Somadil. Le fonds de roulement de Toubkal tourne autour de 100.000 DH/ mois.

    La photocomposition se fait à Rabat, l'impression à Mohammadia. En fait, depuis deux ans la maison vit à découvert. C'est que le livre coûte cher. Chez le Fennec, le coût de chaque édition se chiffre à 35.000 Dirhams: 2.000 pour la photocomposition, 1.000 pour la couverture, 30.000 pour une impression de 2.000 exemplaires, 2.000 DH de frais divers. Le budget ne s'équilibre que grâce à des subventions de deux fondations étrangères.

    La situation financière des trois maisons est d'autant plus préoccupante que les frais de fonctionnement sont peu élevés. Toutes les trois emploient un personnel réduit - de deux à cinq personnes seulement - et elles siègent dans un local qui n'est pas à leur charge.

    Profession éditeur

    "C'est un concours de circonstances qui m'a amenée à faire ce métier et à fonder ma propre maison. Mais j'ai toujours eu une passion pour la lecture", affirme Leïla Chaouni d'une voix chaude et grave. Mme Chaouni a le profil type de la femme cultivée à la forte vie intérieure.

    Accrochées sur le mur derrière son bureau en bois massif, trois gravures, représentant une nature dépouillée et tourmentée, voisinent avec un poème de Rimbaud.

    Lorsqu'en 1987 elle décide de se lancer dans l'aventure de l'édition, Leïla Chaouni a déjà plusieurs années d'expérience dans ce domaine. A la faculté de Droit à Rabat, elle va travailler à la réalisation de la revue.

    Arrivée à Casablanca en 1984, elle fait ses premières armes au sein d'une maison d'édition. Elle y apprend le métier sur le tas: manuscrits, suivi de fabrication, publication. Mais les contraintes attachées à cette maison ne conviennent guère à son tempérament. Et puis le temps était venu de voler de ses propres ailes. Lorsqu'en 1987 elle crée sa propre maison d'édition, elle s'était constitué un réseau d'amitiés qu'elle saura solliciter et entretenir. "Je pratique une politique très stricte avec les auteurs, dit-elle. Dés acceptation du manuscrit, le contrat est signé. Et un relevé des ventes est fait chaque semestre". Les relations s'avèrent parfois délicates. Il faut savoir ménager l'ego des auteurs.

    "Certains, dit-elle, ont une vision tout à fait fausse concernant les ventes de leurs ouvrages". Elle déplore le peu de goût des étudiants, mais surtout celui des enseignants pour la lecture.

    Autre sujet d'étonnement: beaucoup de ceux qui écrivent et veulent être publiés ne lisent que rarement les ouvrages des autres. L'édition est un métier très riche, dont elle ne se lasse pas. Aussi, elle n'hésite pas un seul instant à s'engager quand elle a un coup de coeur pour un manuscrit, afin de le faire connaître. Cela fait partie du bonheur d'éditer. Au rebours, elle éprouve une certaine amertume devant l'échec commercial de "la ceinture de l'ogresse" dernier ouvrage en date à l'époque de l'Algérien Rachid Mimouni.

    Kenza LOUDIYI

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