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Economie

L'islam et l’entrepreneuse: Ijtihad permanent

Par L'Economiste | Edition N°:2387 Le 20/10/2006 | Partager

. Conférence casablancaise de l’Afem et du Cercle maroco-américain. Invité d’honneur: Ahmed Abbadi, directeur des affaires islamiques. La tradition est faite pour être amendée«LA préférée de Dieu c’est celle qui est en quête permanente et qui ne s’arrête jamais». Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Ahmed Abbadi, directeur des affaires islamiques au ministère des Habous, est conforme à sa réputation «d’ijtihadiste». La description qu’il donne est, à son sens, celle de la femme musulmane et chef d’entreprise.L’Association des femmes chefs d’entreprises, l’Afem, et le Cercle maroco-américain (MAC) avaient conjointement demandé au directeur des affaires islamiques une conférence sur l’islam et l’entreprenariat féminin. Le professeur Assia Akesbi-Msefer devait, quant à elle, étudier la part de la psychologie et de l’éducation dans la formation de l’entreprenariat des femmes. L’un et l’autre sont restés un peu à la marge du sujet. Les auditrices, qui étaient évidemment majoritaires dans la salle, attendaient plus d’informations sur le rapport entre, par exemple, le droit des affaires, particulièrement le DOC, et le statut personnel, sur les difficultés que les femmes chefs d’entreprises rencontrent pour voyager dans certains pays du Golfe… mais ce n’était pas exactement le propos des deux conférenciers.Dans son exposé, Ahmed Abbadi s’est attaché aux questions de théologie face aux questions des usages quotidiens. Il s’est particulièrement investi dans ce qu’il considère comme «éminemment nécessaire», c’est-à-dire dissocier la tradition de la religion. «La tradition est fonctionnelle», dit-il, on ne peut donc l’amalgamer avec la religion. Parce qu’elle est fonctionnelle, elle est réformable et à réformer. Akesbi-Msefer ajoute: «Je n’admets pas que la tradition puisse déboucher sur une gêne sociale ou humaine». Quelqu’un citera le cas d’une femme morte en couches parce que sa famille a interdit au médecin, un homme, d’intervenir. Véridiques ou mythiques (qui peut savoir?), les cas de ce genre hantent l’esprit, surtout au moment où l’universalité des droits de l’homme s’installe comme une référence incontournable dans la société marocaine.Abbadi s’en prend directement à une idée bien ancrée au Maroc: il n’y a qu’une manière d’honorer Dieu et de respecter les préceptes religieux. Un peu provocateur, il en appelle au marxiste italien Gramshi, pour expliquer qu’il y ait plusieurs islams. «Ce que je comprends dépend de beaucoup de choses en particulier de la culture pré-existante; l’influence du passé est toujours là, aujourd’hui encore». Le directeur des affaires islamiques cite l’islam de l’Inde qui prise la recherche spirituelle. «Celui d’Egypte est plus juridique car il hérite des Pharaons et des grands prêtres» de l’ancienne civilisation du Nil. L’islam persan, quant à lui, cherche plus volontiers à vénérer un chef vivant, disparu ou mort. Dans tous ces cas, c’est «l’attirance des origines qui joue». . Maroc, un islam de leadershipLe Maroc n’y échappe pas, il a une préférence pour un «islam de leadership» marqué par la structure sociale du caïdat et appuyé sur la culture pré-islamique amazighe des «hommes libres». Pour quelques exégèses d’aujourd’hui, parler ouvertement de la période pré-islamique et, surtout, affirmer son influence sur la foi contemporaine confinent à l’hérésie. Abbadi n’en a cure, qui convoque l’histoire: c’est ce substrat qui explique que l’islam marocain refusa successivement l’hégémonie Oméyade et Abasside et servit de terre d’asile à ceux qui étaient persécutés au nom de la religion.`Ahmed Abbadi en profite pour poser le concept «d’islam de liberté», mais il ne l’examinera pas face à la prégnance, voire la pression des prescriptions du groupe. Il nomme néanmoins des héroïnes exemplaires dont le pouvoir, le discernement, la culture ou le courage ont sauvé leur communauté. Evidemment, des exemples et des références pour les femmes entrepreneurs, au cas où des interprétations de la religion voudraient les faire retourner à leurs fourneaux. «Aujourd’hui, dit-il, on oublie souvent l’existence du leadership féminin dans l’histoire (…) et on perd ainsi des sources d’inspiration».La religion n’est pas la facilité, dit-il, «il ne faut pas être suiveur, au contraire, il faut être entreprenant, y compris dans sa relation avec le Créateur». En cas de doute, on peut, admet le directeur des affaires islamiques, demander à ceux qui savent». Mais attention, poursuit-il, pas question de se sentir déresponsabilisé pour autant, car «c’est une quête, pas une ordonnance». Autrement dit, celui ou celle qui suivra une recommandation ou une fatwa sera aussi responsable que celui qui l’émet. A bon entendeur...


Au seuil de la liberté

Tout au long des débats, l’idée flotte mais elle ne sera pas vraiment explorée: la liberté de l’individu face aux prescriptions du groupe.«L’être, l’humain est seul face à son Créateur», dit Abbadi, qui souligne la référence culturelle amazighe des «hommes libres» marquant l’approche marocaine de l’islam. «C’est l’individu qui choisit, il faut traiter de l’individu», s’exclame une auditrice. Akesbi-Mesfer souligne, elle aussi, que «c’est l’individu qui compte».L’enjeu de la liberté de l’individu face aux prescriptions du groupe n’est pas mince néanmoins, puisque c’est lui qui dit si l’on va ou pas vers la fascisation sociale, sous couvert d’islam: la capture et le détournement des prescriptions sont le cœur de l’enjeu politique actuel, qu’ils soient ou non inscrits dans une loi.«Ce qui me gêne, c’est ce besoin trop constant de vouloir faire légitimer ce que l’on a envie de faire», conclut la psychologue. Peut-être aurait-il fallu commencer par cela?N.S.

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