×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Dossiers

L'invasion massive du plastique peut être contenue

Par L'Economiste | Edition N°:621 Le 21/10/1999 | Partager


. Créer des centres de collecte permettrait de réduire la pollution
· Ecolabel, une certification qui permettrait un contrôle en amont
· Découverte mondiale: Le biodégradable est en fait biofragmentable


"Les usines fabriquent l'emballage, mais peu de personnes pensent à son recyclage", constate M. Abdeslam Charef, directeur du Centre d'Etudes des Matériaux, au Laboratoire Public d'Essais et d'Etudes (LPEE) à Casablanca. En effet, qui n'a jamais remarqué juste à l'entrée des villes, ou pis encore dans certains quartiers, ces terrains vagues qui servent souvent de décharges où les emballages en tous genres pullulent? Qu'il s'agisse de sacs en plastique, de canettes en métal ou de bouteilles en verre, ils représentent une véritable menace pour l'environnement.
D'une part, parce qu'ils contiennent tous des métaux qui, au contact du sol, se propagent et atteignent les nappes phréatiques.
D'autre part, parce que ces matériaux, contrairement aux idées reçues, ne sont pas biodégradables. D'après M. Charef, il existe trois sortes de pollutions: celle qui survient au départ de l'usine lors du traitement de la matière et qui ne présente que des risques infimes. La seconde étape intervient au moment de la commercialisation, lorsque "l'emballage du contenu" est jeté. Et la dernière, et non la moindre, se situe après la consommation du contenu. C'est à ce moment-là que devient plus difficile de gérer ces déchets.
Selon l'Institut National d'Emballage et de Conditionnement (l'INEC), des travaux à l'échelle mondiale, dont les résultats ont été diffusés il y a trois mois, ont démontré qu'environ 80% des emballages dits "biodégradables" sont en fait bio-fragmentables. Ce qui signifie qu'au contact du sol le matériau au lieu de se dissoudre (après des années évidemment), se fragmente en tout petits morceaux épars. Tous les matériaux synthétiques ne sont pas biodégradables. Dans le cas du plastique, sa durée de vie varie entre 50 et 100 ans! Concernant le domaine agricole, si ces matières se retrouvent enfouies dans le sol, la terre peut devenir inculte.
Mais ce ne sont pas les seuls problèmes que soulève le plastique. A propos de la santé du consommateur, des précautions doivent obligatoirement être prises. Si le sac en plastique est détourné de son usage originel, et qu'il serve à emballer un produit alimentaire liquide alors qu'il est destiné aux produits solides, de graves intoxications peuvent survenir. Dans ce cas-là, ce sont souvent les produits qui sont incriminés, pas les emballages.

Collecter pour recycler


Idem pour les papiers sulfurisés qui sont souvent utilisés comme emballage alimentaire (notamment pour le beurre). Contiennent-ils des métaux toxiques? Sont-ils réellement sulfurisés?
La solution, selon l'INEC, serait de sensibiliser la population et lui apprendre à ne pas jeter les détritus à tout va, mais aussi d'encourager la création de sociétés de collecte de plastique en vue de le recycler.
Selon les statistiques, la consommation annuelle marocaine par habitant est de 6 kg, contre 15 pour la Tunisie, 50 pour la France et 100 pour le Japon. Pourquoi serions-nous incapables de le collecter alors que nous le consommons en moindre quantité?
La production totale annuelle est de 160.000 tonnes dont 80% sont importés. Parmi les importations, 40.000 tonnes proviennent d'emballages recyclables étrangers, pour la plupart européens. Ce plastique recyclable importé est gratuitement cédé à l'importateur avec de surcroît une prime de 1.000 FF par tonne prise.
Ainsi, les Européens se débarrassent de leurs plastiques encombrants, prenant le Tiers-Monde pour une décharge publique.
D'où l'utilité grandissante de la création d'entreprises de collecte. Elles serviraient à nettoyer le paysage, à éviter une certaine forme de pollution, mais surtout contribueraient à générer de l'emploi à l'échelle nationale, surtout qu'après la collecte, les déchets doivent être triés.
C'est aussi ce qui a poussé L'INEC à réfléchir à un label écologique qui serait délivré aux entreprises de fabrication d'emballage.
Ecolabel, certification européenne mais avec des spécificités marocaines à la mode de l'ISO 9000, signifierait que tous les critères de qualité concernant l'écologie et l'environnement seraient respectés. L'Institut est accrédité par le Centre Français d'Accréditation des Laboratoires.
De surcroît, l'INEC est à la recherche d'alternatives pour contourner cette pollution. En ce moment, des études sont menées envisageant l'utilisation des matières plastiques en combinaison avec le bitume pour l'amélioration des chaussées.
Concernant les pneus en caoutchouc, il serait possible une fois broyés de les utiliser en tant que revêtement de sols (comme dans les stades), évitant ainsi de s'approvisionner à l'étranger.
Pour les films plastics agricoles utilisés pour les serres, des tentatives sont faites pour allonger sa durée de vie.
Le travail est également dirigé sur la biodégradabilité en compatibilité avec le sol marocain. La complexité de la destruction intègre la composition du sol, son épaisseur ainsi que sa qualité. Le plastique mettra plus ou moins de temps à de biodégrader selon les régions.
Au niveau international, un centre de recherches et d'études toulousain se penche sur la fabrication d'une nouvelle génération de plastique non polluant et biodégradable qui serait d'origine végétale, à base de coton et de seigle.


Absence de réglementation


Au Maroc, le domaine de l'emballage souffre d'un manque de réglementation, surtout en ce qui concerne le transport, qu'il soit aérien maritime ou terrestre. A l'INEC, dont les recherches contribuent à la protection du consommateur, il est indiqué que le conditionnement du produit alimentaire, lorsqu'il ne répond pas à certaines exigences de qualité, peut devenir nocif et nuire à la santé.
Le transport de marchandises est régi au niveau mondial par une réglementation rigoureuse, parce que la matière s'altère avec la chaleur, la pression atmosphérique ou les chocs mécaniques.
Cette carence de réglementation s'applique aussi aux bouteilles à gaz qui normalement doivent être vérifiées pendant tout le processus de fabrication, du métal lui-même à la soudure en passant par les systèmes de fermeture.
Au niveau international, dans le domaine aérien, il existe une réglementation standard IATA (en français Association de Transport Aérien International), qui indique quel type d'emballage choisir pour éviter que le produit ne devienne toxique. A l'INEC, des batailles sont menées afin de "systématiser" le contrôle.


L'avenir aux plantes-usines


Les usines de plastique seront-elles bientôt supplantées par des champs de colza? Peut-être, au vu des derniers travaux menés par des chercheurs de la firme américaine Monsanto. M. Kenneth J. Gruys et ses collègues ont en effet réussi à créer deux plantes génétiquement modifiées capables de produire dans leurs cellules des copolymères biodégradables. Ce nouveau phénotype n'a eu que très peu d'incidence sur la viabilité des plantes ou leur croissance.
Au cours des dernières décennies, les polymères dérivés du pétrole ont pris une place prépondérante dans la vie de tous les jours.
Malheureusement, le pétrole n'est pas inépuisable et leur indestructibilité apparaît comme une véritable nuisance pour l'environnement. C'est pourquoi l'intérêt pour des plastiques biodégradables, produits à partir de sources renouvelables, va aujourd'hui grandissant. Dans les années 80, des chercheurs ont réussi à produire des copolymères (PHB) à partir de bactéries déposées sur un substrat de glucose et de popionate. Seul bémol, son coût élevé. Les firmes spécialisées en biotechnologie se sont alors tournées vers les plantes.
Ces nouveaux emballages, plus économiques et écologiques trouveront facilement leur place dans la vie quotidienne. En outre, ils feront d'excellents emballages.
Par ailleurs, en acceptant de cultiver ces "plantes-usines", les agriculteurs trouveront de nouveaux débouchés en Europe et limiteront ainsi les dégâts de la surproduction.
(Info Science)

Radia LAHLOU


  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc