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Politique Internationale

L'inconscient de la pensée arabe

Par L'Economiste | Edition N°:192 Le 10/08/1995 | Partager

"Introduction à la critique de la raison arabe", de Mohammed Abed Al-Jabri, traduit de l'arabe et présenté par Ahmed Mahfoud et Marc Geoffroy, Le Fennec, 1995.


"Découvrir les règles inconscientes qui régissent l'exercice de la pensée dans la culture arabe, relever les entraves qui lui sont inhérentes, telles sont pour Mohammed Abed Al-Jabri les conditions d'une prise de conscience qui doit permettre à la raison arabe de se dépasser elle-même et d'échapper enfin à cette alternative: l'aliénation dans son passé propre ou l'aliénation dans le présent des autres". C'est ainsi que Ahmed Mahfoud et Marc Geoffroy, traducteurs de "L'Introduction à la Critique de la raison arabe" (Le Fennec, 1995), de M.A. Al-Jabri, présentent le texte et le cheminement intellectuel de l'auteur.
Deux textes constituent en réalité le corps de cette introduction: "Nous et la tradition. Lectures contemporaines de notre tradition philosophique", Beyrouth, Casablanca, 1990, et "tradition et modernité", Beyrouth 1991. M. A. Al-Jabri y démontre la nécessité, pour que la pensée arabe affronte lucidement la modernité, sa modernité propre, de se libérer à la fois des courants libéraux, marxistes et fondamentalistes. Les uns parce qu'ils relèvent d'un mouvement étranger à l'histoire culturelle et politique des sociétés concernées, les autres parce qu'ils l'orientent vers une origine qui n'est pas sienne, ou qui ne l'est que partiellement. Le lecteur arabe est "borné par sa tradition et accablé par son présent", il réfléchit à partir d'une problématique mal posée dans la mesure où elle néglige la dimension historique de la pensée. Il oublie que la philosophie islamique est elle-même une série de lectures individuelles de la philosophie grecque, et qu'elle est traversée de visions idéologiques. Elle ne pratique pas forcément la répétition, comme on le dit trop souvent. Aussi l'auteur affirme-t-il qu'"il s'agit d'une pensée mouvante, régie par ses propres principes et sa propre problématique, pleine de contradictions fécondes". La philosophie islamique possède un sens et une histoire.

Encore faut-il distinguer la philosophie orientale humaniste, fondée sur l'"illumination" et l'"indication", de la philosophie occidentale musulmane, plus proche du rationalisme pour des nécessités politiques. "La philosophie ne fut jamais dans la société islamique un luxe intellectuel", écrit Al-Jabri. "Elle fut au contraire, dès le moment de sa naissance, un discours idéologique militant". Au Maghreb et en Al-Andalus, elle fut selon l'auteur marquée par l'absence d'un héritage anté-islamique, les conflits politiques et idéologiques avec le califat abbasside puis fatimide. Dans l'ordre d'une véritable "stratégie culturelle", le discours philosophique en Al-Andalus réfute "les ornières de la problématique de la conciliation entre "raison" et "transmission", entre philosophie et religion", qui relève de la pensée orientale.
La philosophie s'y développe en revanche sur un savoir scientifique qui permet à Ibn Rochd, philosophe de Cordoue, de "connaître le vrai Aristote et devenir son plus grand commentateur", de le comprendre, d'appliquer son rationalisme réaliste aux principes fondamentaux de la pensée islamique.

"Expression des problèmes et des souffrances de la société", la philosophie en est la conscience réelle. Revenir à l'"esprit averroïste" est indispensable, dit M. A. Al-Jabri, à l'intégration de la tradition qui peut mener le monde arabo-musulman à vivre sa modernité: "le rendre présent dans notre pensée, à notre regard, et dans nos aspirations" permettrait de participer à l'apport au patrimoine humain, sans rester à sa marge, dans l'hermétisme de la réflexion. Le passé fonderait donc la rupture. Mais quel présent assure-t-il? La réponse reste dans doute vague, du moins au niveau de cette "Introduction".
M. A. Al-Jabri, né à Figuig, enseigne depuis 1967 la philosophie à la Faculté des Lettres de l'Université Mohammed V à Rabat. Il a publié à Beyrouth en 1982 une "Critique de la raison arabe", parmi d'autres titres. On a pu le situer dans une tendance intellectuelle séculariste et laïciste, renouvelant la perception de la tradition.
Avec cet ouvrage, et un suivant, en arabe ("Espaces reprisés avec des fils de soleil", poème de Abdellah Zrika), les éditions Le Fennec inaugurent une nouvelle présentation de leurs livres -format, papier- qui devrait constituer leur image auprès des lecteurs.

Thérèse BENJELLOUN B.

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