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Liban, victime certaine, vainqueur possible
Par notre chroniqueur militaire, Jean Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2337 Le 09/08/2006 | Partager

Tandis que le Conseil de sécurité tergiverse, la guerre Israël-Hezbollah s’incruste. Curieuse guerre, en vérité! Elle oppose un Etat à un mouvement; la victoire pourrait échoir au moins puissant, la défaite pourrait être d’ordre politique plus que militaire. Le Liban, ce «non-Etat», joue son avenir. Sous les bombes israéliennes, une nation libanaise est peut-être en train de naître, enfant non désiré de cette «guerre de fous»(1). En attendant le cessez-le-feu, les combats perdurent, vains car Israël ne peut pas gagner militairement la partie, inutiles parce que le Hezbollah a déjà la victoire en mains.Après avoir longuement hésité, Israël est entré au Liban avec 10.000 hommes pour faire cesser les tirs de roquettes. Il s’agirait de créer une zone tampon, profonde de 5 à 30 km selon les endroits, entre la frontière et le fleuve Litani, impliquant l’envoi de milliers d’hommes supplémentaires. Mais l’action terrestre risque de ne pas être plus efficace que les seuls bombardements aériens initiaux.. Les difficultés des IsraéliensLa progression est lente et laborieuse. On se battait encore à Bint Jbaïl lundi! Les Israéliens explorent le terrain, le ratissent, le nettoient, le nivellent. Aidées par 60 puissants tankdozers, les sept brigades du Tsahal avancent prudemment, pas à pas, sur quatre directions à la fois. Les hommes fouillent, l’une après l’autre, des habitations pour la plupart abandonnées par leurs occupants; ils détruisent les bunkers et tout ce qui pourrait servir de cache, de dépôt, de poste de tir. Ceci n’exclut pas, comme à Tyr samedi, des coups de main spectaculaires pour détruire des roquettes, affaiblir l’adversaire, ruiner son moral. Les militants se défendent, pratiquant avec discipline l’art de l’embuscade et de l’imbrication(2). Les pertes israéliennes restent limitées, trois hommes ici, deux ou trois blindés là… Pour autant, les tirs de roquettes continuent, se font plus meurtriers, en raison de charges explosives améliorées. Dimanche, quinze Israéliens, dont douze militaires, ont été tués, des dizaines d’autres ont été blessés. Les difficultés rencontrées par Tsahal sont considérables. Elles sont d’ordre militaire, mais aussi politique, dans la mesure où l’adversaire est mal apprécié. Au contraire du Hezbollah, Tsahal(3) connaît peu le terrain pour n’avoir plus au Liban les agents, les guides, les partisans, que dix-huit années d’occupation lui avaient permis de recruter. L’armée manque de soldats instruits. Ses appelés, naguère formés à la manœuvre blindée, ont dû ensuite s’adapter à un travail de police en milieu urbain hostile; il leur faut maintenant affronter un adversaire articulé en très petits groupes, dispersé, combatif, sans uniforme, des Libanais parmi d’autres Libanais, et qui se distingueraient par leur air farouche, des barbes fournies, de la poudre sur les mains… Que les réservistes aient besoin d’une formation complémentaire n’est pas surprenant. Pour quoi faire? Il s’agissait la semaine dernière d’établir une zone tampon de 3 km, étendue bientôt jusqu’au Litani. Il apparaît aujourd’hui qu’une occupation au-delà du fleuve pourraît seule empêcher le Hezbollah de tirer ses missiles à longue portée. Pourquoi pas tout le Liban? Tsahal déraisonne!. Un sentiment national libanais Un problème grave pour Israël réside dans l’émergence d’un sentiment national libanais, capable peut-être de transcender les clivages communautaires. Il existe déjà un accord entre le général Aoun et le cheikh Nasrallah. Le Hezbollah, rappelons-le, n’est ni un parti, ni une milice islamique, mais un mouvement composite. En 1982, au départ, on trouve quelques Chiites libanais, payés par Téhéran. Puis le Hezbollah, soucieux de coordonner la lutte contre les Israéliens, engerbe divers groupes de militants aux ambitions religieuses ou séculières variées. Une étude(4) a montré que sur trente-huit attentats suicides perpétrés par le Hezbollah de 1982 à 1986, huit seulement l’avaient été par des fondamentalistes musulmans, vingt-sept auteurs venaient de formations politiques de gauche, comme le PC libanais, laïque par essence, trois étaient Chrétiens, dont une femme professeur. Dès 1982, ces Libanais, au-delà de leurs différences, partageaient la même volonté d’affronter l’armée d’occupation. La chose est encore plus vraie aujourd’hui quand le Liban est sous les bombes. A Beyrouth, le gouvernement, dont deux ministres du Hezbollah, a refusé le projet de cessez-le-feu qui impliquerait le maintien du Tsahal au Liban jusqu’à l’arrivée d’une force internationale; mais il a également annoncé le déploiement de l’armée libanaise jusqu’à la frontière. Cela signifiera la fin de la présence militaire du Hezbollah au Sud Liban et la dissolution de sa milice. Le compromis n’est pas mince.Le Hezbollah tire toujours ses engins quoi qu’Israël fasse pour l’en empêcher; sa réputation de vainqueur est établie. Mais pour épargner ses combattants et ce qui reste des infrastructures libanaises, le cheikh Nasrallah veut arrêter les combats. Il a proposé d’échanger la fin des bombardements israéliens contre celle des tirs de roquettes, offre implicite de cessez-le-feu, Israël ne pouvant mener ses opérations sans appui aérien. Pas question pour Olmert d’accepter tant qu’il demeure convaincu de la supériorité de la force brutale! Il lui faut sa victoire, même si elle est impossible à remporter sur le terrain. La guerre continue donc. Elle risque même de s’étendre. Tsahal pourrait détruire les bâtiments officiels du Liban, victime certaine mais vainqueur paradoxal possible d’une guerre absurde.


Les missiles antichars du Hezbollah

Depuis son entrée au Liban, Tsahal a perdu de 8 à 10 chars et blindés atteints par des missiles antichars. Habilement, le Hezbollah combine le combat rapproché et les frappes à distance (500m à 3 km) accroissant ainsi un sentiment d’insécurité très stressant chez les soldats israéliens.Les chars sont d’autant plus vulnérables que le sud du Liban présente moult champs de tir possibles. Servis par deux ou trois hommes, ces missiles, à guidage filaire ou laser, sont de type Milan (français) ou Spigot (ex-soviétique). Un pays de la région, la Syrie, possède ces deux modèles. Elle a reçu les Milan en 1976, les Spigot, en juin 1982, quand Moscou a voulu aider l’armée syrienne aux prises avec les Israéliens dans la Bekaâ.---------------------------------------(1) Titre de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, n°2176, 20-26 juillet(2) S’imbriquer, c’est être au contact de son adversaire, si près que celui-ci ne peut plus utiliser ses appuis d’artillerie et aériens de peur d’atteindre ses propres troupes.(3) Initiales en hébreu des Forces de Défense d’Israël(4) Robert A. Pape, Dying to Win: The Strategic Logic of suicide Terrorism, Université de Chicago, International Herald Tribune, 4 août 2006

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