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L'expertise marocaine de la sécheresse

Par L'Economiste | Edition N°:16 Le 13/02/1992 | Partager

Les experts marocains jouissent d'une réputation internationale dans le domaine de la maîtrise de l'eau, et notamment en période de sécheresse. Les compétences accumulées et très affinées lors de la période 1981-1985, sont fréquemment sollicitées, bien qu'au Maroc même, elles soient assez peu connues.


DURANT la période 1981-1985, il avait manqué l'équivalent d'une année de pluies. C'est un déficit considérable et à titre de comparaison, un déficit de cette nature peut entraîner, dans les pays peu armés pour la gestion de l'eau, des disettes, des déplacements de populations, ... et en tout état de cause des réductions du capital productif capables d'affecter pendant des années les économies nationales.
Au Maroc, et en dépit de l'importance du déficit, les conséquences ont été assez peu sensibles, hormis sur le terrain financier.
Une donnée de base doit être soulignée: l'existence des infrastructures de stockage d'eau qui a amorti le choc pour les ménages urbains, pour l'industrie et pour les zones couvertes par les barrages. Ces barrages avaient été victimes vers la fin des années 70 de critiques parfois virulentes et ce, sur deux thèmes:
- l'endettement que ces travaux auraient engendré pour les finances publiques;
- les discriminations de fait qu'ils introduisaient dans le monde agricole, entre les exploitants pouvant bénéficier d'irrigations et les autres;
L'arrivée de la sécheresse a renversé la tendance et a apporté une profonde évolution de l'opinion publique vis-à-vis des problèmes de la mobilisation de l'eau. Abandonnant l'idée selon laquelle l'eau est une ressource gratuite, accessible sans limitation, l'opinion publique s'est mise à envisager l'eau comme une "priorité" nationale et individuelle, exigeant des stratégies certes coûteuses mais absolument indispensables.

Ce renversement d'opinion a touché les comportements domestiques, évolution soutenue par des campagnes de sensibilisation, y compris publicitaires, autorisant l'application des tarifications pénalisantes pour les consommateurs les plus importants.
Au niveau stratégique, la politique des barrages a retrouvé ses lettres de noblesse et s'est vue appliquer le mot d'ordre "un barrage par an", avec l'introduction de la notion de "complexes de barrages", c'est-à-dire des ensembles d'ouvrages conçus pour fonctionner ensemble. En outre, la gestion des réserves d'eau est devenue une gestion sur le moyen terme, 2 à 3 ans, tandis que l'on s'est orienté vers les ouvrages de très grande dimension, abandonnés un temps en raison du coût financier et des interrogations sur la sécurité ou l'impact écologique, deux domaines mieux maîtrisés aujourd'hui qu'il y a dix ans.

Plusieurs types de sécheresses

Sur le plan strictement financier, le coût des ouvrages de stockage a perdu son image "d'endetteur" en revenant à des perceptions plus conformes à la réalité: le "prix" d'un barrage varie suivant la taille entre 0,4 et 1 milliard de DH ce qui est une proportion relativement faible dans l'endettement global alors que le tiers de cet endettement provient des entreprises publiques ayant bénéficié de la garantie de l'Etat pour leurs emprunts à l'extérieur; le taux de rentabilité des ouvrages de ce type, systématiquement calculé depuis le début des années 1980, est fort, voire même très fort (de l'ordre de 14% pour un ouvrage aussi grand que M' Jara) ce qui est une donnée logique compte tenu de la "révolution" agricole qu'apporte l'irrigation.
Les techniciens distinguent d'ordinaire plusieurs types de sécheresses et à chacun de ces types ils appliquent des politiques distinctes et graduées(1). Les spécialistes en distinguent trois: la sécheresse météorologique, avec des insuffisances de précipitations; la sécheresse hydrologique, avec des baisses de débits des cours d'eau et des niveaux des nappes phréatiques; la sécheresse agricole, lorsque les deux types précédents se conjuguent pour entraîner la baisse de la production agricole.
Pour l'instant, on en est au stade de la sécheresse météorologique.

Durant les années 81-85, a été mise en place la carte pour assurer le suivi des niveaux de réserves, dans les barrages mais aussi dans les nappes souterraines, dont l'identification s'est poursuivie depuis. Les centres urbains, à l'exception de Tanger et Marrakech n'ont pas souffert. Dans ces deux villes, où les difficultés étaient davantage structurelles que dues à la sécheresse, des Comités de vigilance ont fonctionné de manière d'une part, à bien suivre l'évolution de la situation et d'autre part, à réunir un consensus autour de mesures de restriction qu'il a fallu prendre (coupures de nuit où régulation de la demande industrielle, par exemple). les infrastructures construites depuis ou en cours d'achèvement règlent aujourd'hui les problèmes structurels qu'avaient ces deux villes.
Par contre, les campagnes généralement approvisionnées à partir de sources et de puits, ont été très exposées à la sécheresse de 81-85. Les petits centres de la vallée du Draâ, des villes comme Erfoud ou Khénifra se trouvaient en situation critique(2). Les équipements d'urgence réalisés pour mobiliser l'eau potable ont été considérables et parallèlement s'est trouvé remis à l'ordre du jour le programme de ponctions sur les grandes adductions régionales ou inter-régionales, programme réalisé depuis.
Cette rapide description des stratégies montre que les pouvoirs publics combinent les actions à long terme et les actions ponctuelles, à court terme. Elle montre aussi qu'une partie de la lutte contre les effets de la sécheresse s'appuie sur des actions de concertations, avec les élus ou les notables locaux. Le principe vaut pour la consommation domestique et industrielle, et encore plus pour la régulation de l'irrigation, à cette nuance près qu'il faut parfois "soutenir le consensus avec la présence de quelques uniformes", notaient, diplomatiquement, les experts durant cette période.

Sur le long et très long terme sont donc réhabilités les grands ouvrages de stockage avec leurs corollaires en couvertures d'irrigation. Ces ouvrages de stockage d'eau de surface sont utilisés de concert avec le recensement des eaux souterraines, lesquelles ont servi d'appoint durant la période 81-85. Dans les deux cas, on a cherché à réguler la demande en eau. La première des mesures a été d'assujettir le turbinage aux besoins agricoles et de rejeter la demande énergétique vers l'importation de pétrole ou de charbon.
La part de l'hydro-électricité tombe de 36% en 1979 à 7,4% en 1985 et l'équipement thermique a été quasiment doublé (1300 MW contre 700 MW au début de la sécheresse). La facture de fuel de l'ONE bondit de 466 millions de DH en 1980 à 2,16 milliards de DH en 1985, avec au passage une hausse des prix internationaux des hydrocarbures et du Dollar. L'alimentation électrique a été relativement peu perturbée, mais il a fallu faire intervenir les bonnes volontés des gros consommateurs comme les cimenteries (arrêt d'appel, conversions à voie sèche), l'OCP, les lignes de cuisson des céramique, les sucreries, ... Ces gros consommateurs ont modifié leurs horaires d'appels pour réduire les risques de défaillances.

M.C
(1) L'Amicale des Ingénieurs des Ponts et Chaussées, dont on retrouve les membres dans les différents secteurs impliqués dans la stratégie anti-sécheresse, a rassemblé les expertises existant dans les départements ministériels, les entreprises publiques et privées. Les travaux ont donné lieu, entre autres, à un "débat-soirée" de l'AIPC dont les actes ont été publiés il y a déjà quelques années (Al Jier, N° d'Octobre 1986).
(2) A titre d'exemple, le cas d'Erfoud. En 1981 ce centre dispose d'un débit équipé de 24 l/s et la production est de 10 l/s. En 1982 deux puits tarissent en Mai et un puits appartenant à un particulier est équipé pour une production de 25 l/s. 1984, la production retombe à 3,2 l/s et le puits tarit progressivement. Un autre puits est équipé pour 25 l/s mais s'épuise au cours de l'année 1985. L'approfondissement d'un puits permet un approvisionnement de substitution, avec un débit de 13l/s. Cependant, les productions se réduisent de plus en plus rapidement et au moment de la mise en route de l'adduction régionale du Ziz, le débit mobilisable n'était plus que de 7l/s. (Sources ONEP).

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