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International

L'Europe se fera à trois, ou ne se fera pas
L'Allemagne, le Royaume-Uni et la France sont indispensables à l'Europe
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:1576 Le 06/08/2003 | Partager

L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni sont indispensables à l'Europe. Une politique étrangère et de sécurité européenne est tout simplement impensable sans la contribution de ses trois poids lourds. La récente guerre contre l'Irak a mis en évidence des faiblesses que nombre de leaders politiques et commentateurs n'avaient ni vues ni voulu voir. . Quand le triangle est coupé, toute l'Europe est bloquéeL'Europe de papa, c'est-à-dire l'Europe née de la Deuxième Guerre mondiale et de la guerre froide (la Communauté du charbon et de l'acier, l'Otan, la Communauté économique européenne) est morte -elle a commencé lentement à rendre l'âme après 1989 et la chute du mur de Berlin et pendant les soubresauts qui ont accompagné l'interminable crise née de la désintégration de l'ex-Yougoslavie.Quand ces trois pays ne peuvent tomber d'accord, c'est toute l'Europe qui s'en trouve divisée. Il ne suffit pas non plus que ces trois pays coopèrent: il leur faut aller beaucoup plus loin. Pourtant à Bruxelles, on débat peu de sécurité et de politique étrangère: on critique les Etats-Unis, ce qui est fort bien, mais la critique ne peut tenir lieu de politique de rechange. Certains critiquent les Anglais, d'autres les Français ou les Allemands. Rarement, sinon jamais, on ne pose les vraies questions.Quel que soit le jugement que l'observateur porte sur la politique américaine vis-a-vis de l'Irak, l'Union européenne -et notamment la France-, n'a tout simplement jamais débattu sérieusement de la question irakienne, ou n'a jamais souhaité que l'Europe en débatte. Il a fallu attendre l'hiver dernier et les conditions de crise, on le sait, ne sont pas propices à des réflexions approfondies sur des questions aussi complexes.. Pas de vraie réflexion sur le MaghrebSi l'on se tourne vers une région qui est aux portes de l'Europe, le Maghreb, on ne voit pas qu'il y ait eu depuis dix ans de réflexion sérieuse et prospective sur les problèmes qui s'y posent. Sans doute l'Espagne, la France et l'Italie, pour ne pas parler du Royaume-Uni et de l'Allemagne, se consultent, notamment sur les questions d'immigration mais ces pays ont-ils vraiment mené des réflexions sérieuses sur comment relancer et moderniser les idées de Barcelone qui datent de 1995? Critiquer les Etats-Unis sur tel ou tel sujet quand l'Europe n'a pas de politique de rechange à offrir n'est pas très sérieux et n'empêchera pas ces derniers de dicter l'agenda de nouveau si tant est qu'ils y soient décidés.Les trois pays qui seraient en mesure de forger une politique étrangère et de sécurité européenne sont confrontés à des difficultés qui, pour l'heure, empêchent l'émergence d'un minimum de cohésion de l'Union européenne face aux Etats-Unis.Les Allemands devraient être plus audacieux, les Français plus modestes et les Anglais plus européens selon l'heureuse formule de Timothy Garton Ash, qui dirige le Centre d'études européennes du St Antony's College à Oxford. Ayant retrouvé leur unité, les Allemands ne voient plus l'utilité de se conduire comme des Européens modèles. Ils traînent les pieds pour mettre en oeuvre les réformes économiques et sociales qui sont indispensables à une croissance économique plus forte, eux, qui pendant des décennies étaient un modèle de bonne gestion. Ils rechignent à augmenter leur budget de défense, ce qui leur permettrait de participer de manière sérieuse à une politique de sécurité européenne commune.Les Français eux souffrent d'un anti-américanisme qui se convainc trop souvent que tout ce qui est mauvais pour les Etats-Unis doit, ipso facto, être bon pour la France. Les élites politiques transfèrent trop facilement leurs sentiments de frustration vis-à-vis de Washington sur les pays de l'Est européen qui rejoindront bientôt l'Union européenne. . Londres trop naïve, Paris pas assez modesteLa France s'est opposée à George W. Bush sur la question irakienne, ce qui est fort bien mais elle n'avait aucune politique de rechange à offrir avant l'hiver dernier. Qui plus est, l'Europe ne peut se construire contre les Etats-Unis comme l'a utilement rappelé le ministre des Affaires étrangères allemand Joska Fisher, à Washington fin juillet. Un peu de modestie du côté de Paris serait apprécié des partenaires européens de la France, notamment parmi les petites nations.Le Royaume-Uni quant à lui n'arrive pas à décider s'il est membre à part entière de l'Europe ou pas. Trente ans après son adhésion à l'Union européenne, les préjugés anti-européens, avivés par une presse populaire dont la grossièreté est légendaire et dont les propriétaires sont souvent étrangers (Canadiens ou Australiens), restent très forts. L'illusion d'une “relation spéciale” avec les Etats-Unis née de la Deuxième Guerre mondiale perdure mais, pour la première fois depuis l'aventure de Suez (à laquelle les US s'étaient violemment opposés au point de menacer la livre sterling si le Royaume-Uni ne retirait pas ses troupes d'Egypte), «l'atlanticisme« naturel de nombreux membres de l'establishment britannique a été mis à mal. De nombreuses voix militaires se sont élevées contre l'aventure irakienne. Ceux qui rêvent de liens plus forts avec l'Europe à l'ombre de la Pax Americana se sont trouvés dans une position extrêmement inconfortable. Le Premier ministre Tony Blair n'a pu mener à bien une politique vraiment “antlanticiste” et multilatérale, pour la simple raison qu'il n'a pas su forger, de concert avec Paris et Berlin, une position européenne commune, donc solide et cohérente.L'heure de vérité est sans doute proche: au-delà des péripéties à la suite du lamentable suicide de Kelly et des responsabilités éventuelles de la BBC et du gouvernement, c'est toute la crédibilité des renseignements anglais et, encore plus américains, qui est en cause. Tant que la «nuisibilité« de l'Irak n'est pas prouvée (armes de destruction massive, armes chimiques, lien avec les réseaux Al Qaida, et que sais-je encore?), ou s'il s'avère que des indices ont été maquillés, c'est le rapport des Etats-Unis avec leurs alliés qui en sera durablement affecté: que penseront José Maria Aznar, Silvio Berlusconi et les autres chefs de gouvernement européens qui ont appuyé les US de bonne foi? Croiront-ils les preuves qu'apporteront éventuellement les Américains quant à la menace que représente l'Iran ou la Corée du Nord? Les dégâts seraient alors immenses et très difficiles à réparer.. Refaire l'architecture pour retrouver une politique étrangèreEst-ce trop espérer après les évènements que le monde a vécus depuis neuf mois que les Anglais se montrent plus européens? Que les Allemands se montrent plus ambitieux et les Français plus modestes? Peut-être. Mais tant que les trois capitales, qui ont une expérience de la politique internationale et un poids économique sans pareil en Europe, ne construisent pas des instruments de politique commune plus solides que ceux qui existent pour l'heure, le continent restera en panne de politique étrangère et de sécurité commune.Un club à trois ne signifie en aucune façon l'exclusion des autres membres mais enfin, il faut bien admettre qu'une politique étrangère réduite au plus petit dénominateur commun, une politique dans laquelle la voix d'un pays quasiment sans armée et qui n'a pas d'antécédent de politique impériale ou transeuropéenne (ou alors trop lointain ou trop abîmé par l'Histoire), et qui pourrait avoir voix égale au chapitre avec l'un des trois grands, n'a aucune chance de se réaliser.Il est par contre évident que, pour ce qui a trait à la politique à conduire vis-à-vis d'une région particulière -le Maghreb par exemple, l'Italie et l'Espagne auraient autant de poids que les trois grands; vis-à-vis des Balkans, le poids de l'Espagne serait, par la force du poids de l'histoire, moindre. Ces “sous-groupes” ne seraient en aucune façon “exclusifs”. Chaque pays moyen ou petit participerait à ces “sous-groupes” en fonction de ses intérêts et de son sérieux sur la question traitée. C'est au prix de la construction d'un club de ce style que l'Europe pourra ébaucher -peut-être construire-, dans les années à venir, une politique étrangère et de sécurité digne de son histoire et de ses ambitions.-------------------------------------Francis Ghilès est Senior Fellow à la EuroArab Management School de Grenade et membre du Conseil scientifique de l'Institut de la Méditerranée à Marseille. Il a été durant de longues années le spécialiste du Maghrreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée

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