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Lettre ouverte aux Don Quichotte des temps modernes«Le cri sincère d'un homme éploré et meurtri»
Par Elhami Taoufik, administrateur

Par L'Economiste | Edition N°:1532 Le 04/06/2003 | Partager

«A long terme, le monde islamique pourrait paraître plus vulnérable aux idées libérales que l'inverse, puisque celles-ci y ont recruté de nombreux et puissants adhérents au cours des cent cinquante ans qui viennent de s'écouler. Une partie de la cause du renouveau fondamentaliste actuel est justement la force de la menace exercée par les valeurs de l'Occident libéral sur les sociétés traditionnelles» (Francis Fukuyama, 1992, «La fin de l'histoire», p. 71)“S'il ne fait aucun doute que les musulmans fanatiques dotés d'armes de destruction massive représentent une grave menace à court terme, il n'en va pas de même, à plus long terme, dans la bataille des idées” (Francis Fukuyama, J. A. l'Intelligent n° 2189-2190 du 22 décembre au 4 janvier 2003). “Aurons-nous un jour un autre avenir que notre passé” (Driss Chraïbi, «Lu, vu, entendu«, p. 18)Je suis tombé amoureux de votre “canard”(1). Ce coup de foudre incestueux a suscité une levée de boucliers. Mes collègues m'ont cloué au pilori. Ma famille a ouvert le feu sur cette lune de miel démentielle. Le chantre de la modernité, le thuriféraire de la tolérance et le pourfendeur de l'obscurantisme a, semble-t-il, renié ses convictions et vendu son âme au diable. Zoom sur une liaison indécente.Votre projet de société alternatif, à supposer que vous en ayez un, ne suscite pas mon intérêt. Ce qui me tenaille, en revanche, c'est de disséquer vos modes et schémas de pensée. Une gymnastique intellectuelle exaltante qui, hélas, tourne vite, à la désillusion. Plus je lis votre quotidien, plus je me rends compte que j'ai poussé le bouchon un peu trop, en croyant que vous avez une doctrine élaborée. La régression pathologique vers le passé, la haine de l'autre, la diabolisation de la femme, le mépris de la jurisprudence, le poids de l'histoire et de la religion dans vos écrits, le rejet de l'acculturation, l'efflorescence de l'irrationalité, le foisonnement des injures antisémites, le culte de l'immobilisme, la traque de l'intelligence, l'incrimination de la démocratie occidentale comme s'il en existait plusieurs variantes… illustrent la débandade idéologique de votre mouvance. Qui se hasarderait, à présent, à prétendre que le sous-développement économique n'est pas de l'ordre du culturel? Je pense que vous vous êtes trompés de siècle. Catapultés dans un siècle qui n'est pas le vôtre, vous avez du mal à cerner les mutations titanesques qui structurent notre environnement. Ne supportant pas d'être des bons à rien, vous sacrifiez au populisme, à la paranoïa et au nihilisme. Triste sort!Au moment où l'humanité célèbre l'affadissement des idéologies, la fin de l'histoire, le triomphe de la démocratie libérale et l'émergence d'une culture universelle des droits de l'homme qui gomme les spécificités culturelles et transcende les frontières religieuses, une frange de la population, qui baigne dans une ignorance crasse, cultive le sectarisme, légitime le sexisme, institutionnalise la théocratie, piétine le droit à la différence, cadenasse “l'ijtihad”, enfante la barbarie et pense déjà à l'au-delà. Echaudée, la majorité silencieuse, qui assimile le religion à la paix, à la mansuétude, à la tolérance, à la cohabitation et à la modernité, rejette cette irruption soudaine de l'irrationalité. Broyant du noir, elle reluque la civilisation occidentale irréligieuse assiste, impuissante, à la renaissance de la civilisation confucéenne, bouddhiste et hindoue, prend son mal en patience, en attentant de fuir le pays sur une embarcation de fortune. Quant à moi, je pense au destin du monde arabe dans son ensemble. Ce monde, jadis béni de Dieu, patauge, aujourd'hui, dans les ténèbres, mendigote l'aide internationale et fait du lèche-vitrines.La modernité s'accommode mal des états d'âme. Si nous voulons y accéder, nous devons, impérativement, nous remettre en définition. Nous devons désacraliser nos ancêtres. Nous devons recracher les insanités que nous avons ingurgitées. Nous devons recréer un autre moi. Nous devons réinventer une culture qui stimule la créativité, qui encense la réussite professionnelle, qui déverrouille l'imagination, qui loue l'effort, qui prône l'acharnement au travail, qui transforme les individus en gagnants, qui glorifie l'accomplissement de soi, qui valorise l'amour du risque, qui dédramatise l'échec, qui vitupère la résignation et qui satirise la flemmardise. La mise à niveau des mentalités est le prélude à la régénération.Convaincu que “l'exception culturelle” est une gageure, j'ai régurgité les stéréotypes, les habitudes de pensée et les rites qui ne collent plus à la réalité complexe d'aujourd'hui. J'ai tué en moi l'homme misogyne, passéiste, fataliste, utopiste, rigoriste et réfractaire. Affranchi, je prêche la laïcisation de la société. Décrassé, je claironne que la femme est l'égale de l'homme. Débâillonné, je préconise la promotion de la culture berbère et l'instauration du multilinguisme, sachant que le Maroc n'est pas exclusivement un pays arabe.Les alibis des adeptes de l'éradication des rescapés de l'âge de pierre ne sont pas dépourvus de sens. On ne négocie pas avec les ennemis de la démocratie. On ne flirte pas avec les égorgeurs. On ne brade pas les acquis de la société marocaine pour ménager la susceptibilité des obscurantistes. On n'inocule pas le pluralisme politique aux écervelés qui croient dur comme fer qu'ils ont le monopole de la vérité et que la démocratie est une perversion occidentale. On ne s'acoquine pas avec les messagers de la mort. On n'herbage pas les liberticides. “La solution finale”, cette thérapie de choc chère à Hitler, est, plus que jamais, à l'ordre du jour. Peu importe le prix à payer. “Aux grands maux les grands remèdes”.Enfin, je susurre aux bigots moyenâgeux et aux dépositaires de “la parole divine”, qui prennent un malin plaisir à crucifier l'Occident de la raison et des lumières, à l'accabler de reproches et à prédire sa décadence imminente, que 70% de nos jeunes caressent le rêve de s'expatrier, justement, en Occident. Allez chercher pourquoi.Vous avez réussi, en peu de temps, à faire de votre canard le héraut incontesté de la débilité, de la grandiloquence, de la surenchère, des escalades verbales, des diatribes sanguinolentes, des prêches incendiaires, des lynchages médiatiques et des acrobaties pudibondes. Le mérite de cette performance clownesque revient à vos folliculaires qui suent sang et eau pour nous servir cette ratatouille indigeste. Coup de chapeau, donc, à ces folliculaires, sentinelles de l'ordre moral, qui nous font revivre les exactions de l'inquisition.Le rêve de lire, un jour, une analyse économique rigoureuse, un projet de société crédible, une approche structurée des problèmes du pays, des propositions viables pour le sortir du gouffre s'est dissipé. Vous vous obstinez à nous servir les mêmes plats fétides assaisonnés de vétilles, de ragots et de pamphlets. Souffrant de coliques aiguës, j'ai juré de ne plus remettre les pieds dans votre gargote. A présent, je me bouche le nez dès que je jette un coup d'oeil discret sur la manchette nauséeuse de votre canard. Il ne faut pas m'en vouloir, car ce que vous vomissez est une insulte à l'intelligence et au bon sens. Il est grand temps pour que les dadais qui continuent, mordicus, à vous lire réalisent qu'ils participent à une machination abjecte visant à abrutir le peuple marocain, à le régenter et à le précipiter dans l'apocalypse.Votre itinéraire est chaotique: vous avez tiré à boulets rouges sur le plan d'intégration de la femme au développement, vous avez jeté aux gémonies le poète Hakima Chaoui, vous avez abreuvé d'injures la pauvre Amina Khabab, vous avez littéralement bombardé le casino de Tanger, vous avez déclaré la guerre au projet de réforme de l'enseignement, vous avez craché sur les revendications de la mouvance berbère, vous avez fustigé la politique touristique nationale, vous avez entériné l'assassinat de certaines figures mythiques de la gauche marocaine, vous avez avalisé des fatwa burlesques, vous avez anathématisé le festival d'Essaouira, vous avez blanchi les activistes salafistes impliqués dans des crimes de sang odieux, vous avez interdit la projection du film de Nabil Ayouch, vous avez fomenté le procès des jeunes musiciens… Qu'aurions-nous fait si vous n'aviez pas eu cette propension canine à renifler toutes les intrigues et à les déjouer à temps?


Aberration

L'islam est la solution” est un leurre. La religion n'est pas un habillage idéologique, moins encore un fourre-tout. Vouloir impliquer, coûte que coûte, la religion dans l'arène politique est une aberration. Pire, la politisation de la religion est annonciatrice de dérapages. Les pays, qui ont basculé dans le chaos, la terreur et la guerre civile, en savent quelque chose. Aujourd'hui, ils reconnaissent que la légalisation intempestive de la nébuleuse intégriste était une bévue et un hara-kiri politique. C'est dire que si nous ne mettons pas fin à l'instrumentalisation de la religion, le réveil sera douloureux. Les prémices de la tempête sont là: l'intolérance couve, l'aversion de la modernité bourgeonne, les intégristes pullulent, la violence titille l'imaginaire des naufragés de la société du savoir et de l'information. Tôt ou tard, la soldatesque de la niaiserie fondamentaliste succombera à la tentation maléfique de mettre le pays à feu et à sang. A nous de prévenir ce scénario ca- tastrophe, en sectionnant les veines qui alimentent la contestation religieuse, c'est-à-dire la paupérisation, la ruralisation des villes, l'ignorance, l'analphabétisme, les disparités sociales, l'injustice, l'ostracisme, l'habitat insalubre, la poussée démographique, l'archaïsme économique, etc.--------------------------------------------------------(1) Il s'agit du fameux quotidien Attajdid.

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