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Politique Internationale

Les souvenirs de l'équipier marocain du Râ II

Par L'Economiste | Edition N°:474 Le 31/03/1999 | Partager

· C'était en 1970, Madani Aït Ouhanni, hôtelier, vivait une extraordinaire
aventure à bord d'un bateau en papyrus

· Sous la bannière de l'ONU, le radeau les a menés, lui et ses coéquipiers, de Safi à Bridgestone en Barbade

· L'organisateur de l'expédition, le savant norvégien Thor Heyerdahl, voulait prouver que les Egyptiens avaient découvert l'Amérique bien avant Christophe Colomb

- L'Economiste: Comment a commencé votre fabuleuse histoire?
- M. Madani Aït Ouhanni: C'est réellement un concours de circonstances. L'équipage du Râ II logeait à l'Hôtel Marhaba Safi, actuellement Atlantide, dont j'étais à l'époque, en 1970, directeur. Un des membres de l'expédition a eu un empêchement de dernière minute et le Dr Thor Heyerdahl, organisateur du voyage, m'a proposé de le remplacer. J'ai accepté d'emblée, car je souhaitais vivement que le Maroc participe à cette expérience hors du commun qui rassemblait plusieurs nationalités. Par cette incroyable entreprise le savant norvégien désirait prouver au monde que les Pharaons avaient découvert l'Amérique bien avant Christophe Colomb.
Nous sommes donc partis le 17 mai 1970. A bord, chacun avait sa tâche et mon rôle était d'étudier la pollution de surface de l'Atlantique. J'ai d'ailleurs réalisé à l'issue de l'expédition un rapport scientifique qui est actuellement dans les rayons de la bibliothèque de l'ONU.

- Combien de temps a pris votre odyssée?
- Nous avons relié Safi à l'île de la Barbade (Antilles) après avoir parcouru 3.200 miles marins (6.400km) en 57 jours.

- Quels étaient les événements marquants de la traversée?
- Toute l'expérience était nouvelle pour moi, car, originaire de Marrakech, je n'avais guère le pied marin et dès les premières heures de navigation j'ai eu le mal de mer.
Enfin, il s'en est passé des choses pendant toute la traversée: à l'approche des Canaries, nous avons été obligés de jeter à la mer nos deux petites barques de sauvetage, car le bateau était trop chargé. De même, après la première tempête, nous avons dû rationner l'eau à raison d'un 1/2 litre par personne et par jour, car plusieurs jarres s'étaient cassées.
Un soir, alors que j'étais de quart avec mon coéquipier égyptien, nous avons vu un gros pétrolier se diriger droit sur nous. Pour éviter le pire, nous avons illuminé les voiles avec nos torches pour lui signaler notre présence et le paquebot a dévié juste à temps.

- Que s'est-il passé à votre arrivée à la Barbade?
- Nous avons atteint notre but le 12 juillet 1970. Toute la population, le gouvernement de l'île et la presse internationale étaient là pour nous accueillir. De tous les coins du monde les félicitations affluaient. Notre Souverain, Sa Majesté Hassan II a adressé au chef de l'expédition la lettre suivante: «Le périple que vous avez effectué, à travers l'Océan Atlantique, reliant les continents africains et américains et tissant ainsi entre eux un lien supplémentaire, renouvelant peut-être l'action d'intrépides prédécesseurs, constitue pour Nous, et à plus d'un titre, un motif de fierté et une cause d'admiration. En tant que Marocain, Nous sommes heureux d'avoir pu assister à vos préparatifs, d'avoir encouragé votre initiative, de vous avoir permis de réaliser votre ambition à partir de nos côtes et d'avoir manifesté Notre confiance à votre projet et Notre joie à votre succès, en associant un de nos concitoyens à votre entreprise...».

- Que ressentez-vous vingt neuf ans après?
- Ma vie a subi un grand bouleversement grâce à cette excitante aventure. Cette expérience m'a appris à cultiver la modestie, de même qu'elle m'a enseigné le sens de la solidarité. Je rends grâce au Tout-Puissant d'avoir rendu possible notre périple et je suis fier d'avoir pu représenter dignement mon pays.

- A la suite de cette expérience, nous savons que vous êtes devenu délégué de Con-naissance du Monde. Vous avez donc animé des conférences sur le Râ II. Pouvez-vous nous en parler?
- J'ai effectué une tournée non seulement au Maroc mais aussi en France (salle Playel à Paris), en Belgique, (le Palais des Beaux-Arts à Bruxelles), à New York et à travers 15 pays africains. L'expédition du Râ II fait partie du patrimoine culturel universel, donc aussi bien mes compatriotes que l'humanité entière ont le droit de connaître les péripéties de notre exaltante aventure.


Qui est Madani Aït Ouhanni?


Né en 1940 à Marrakech, M. Aït Ouhanni a commencé sa carrière professionnelle en 1957 en tant que contrôleur à la perception de sa ville natale. En 1959 il exerce cette même fonction au Ministère du Travail. Fin décembre 1959, il quitte Marrakech pour occuper le même poste à Safi. Neuf ans après, il est recruté au Complexe Chimique de cette même ville et en 1969 il est nommé directeur de l'Hôtel Atlantide ex-Marhaba, poste fétiche qui lui a permis de rencontrer le Dr Thor Heyerdahl. Ce célèbre explorateur norvégien préparait alors l'odyssée du Râ II à la suite de laquelle M. Aït Ouhanni a été décoré sept fois (Ouissam Erriadi de classe exceptionnelle...). M. Aït Ouhanni est depuis 1980 directeur général de la chaîne Marhaba. Il est en poste à Agadir où il vit avec sa femme et ses trois enfants suite au déménagement du siège.

Propos recueillis par Malika ALAMI


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