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Les quatre questions que pose l’OPA d’Arcelor
Par Olivier Pastré, professeur

Par L'Economiste | Edition N°:2232 Le 13/03/2006 | Partager

A peine l’offensive de Mittal lancée sur Arcelor, BNP Paribas lançait la sienne sur BNL, la sixième banque italienne. Cela prouve que, avant même le printemps, la saison des grandes opérations boursières internationales s’est à nouveau ouverte. L’opération Mittal-Arcelor a, à mes yeux, plus que tout autre, valeur d’exemple. Elle oblige, en effet, à se poser au moins quatre séries de questions que nous présenterons ici par ordre de complexité croissante:. Qu’est-ce que la sidérurgie?De la sidérurgie, on avait gardé le souvenir d’une industrie en voie de paupérisation et de disparition. Puis le redressement d’Usinor, à grands coups de subventions publiques, et surtout la création d’Arcelor avaient laissé croire qu’il existait un «champion européen quasi inoxydable». On vient de découvrir qu’Arcelor était, certes, un des tous premiers mondiaux mais sur un marché totalement sous-concentré, et donc sur lequel les positions de leaders sont extrêmement fragiles. Quelle est la taille optimale d’un groupe de sidérurgie mondial? Nul ne le sait à ce jour. A partir de quel type de positionnement géographique peut-on prétendre devenir inexpugnable? Quel «product mix» créer pour jouer le rôle de prédateur potentiel et non pas de cible toute désignée? Et ces questions essentielles mériteraient d’être adressées à de nombreuses industries (y compris de services) qui n’ont peut-être pas mesuré toutes les conséquences industrielles de leur insertion dans une économie mondialisée.. Qu’est-ce que la Bourse?On croyait tout savoir. On croyait savoir ainsi que la Bourse était le meilleur moyen de valoriser son entreprise, et donc de lever des capitaux, et donc de racheter Dofasco. Mais Guy Dollé, le patron d’Arcelor, vient de découvrir que c’est aussi le meilleur moyen de se faire «manger par les petits cochons»… d’Inde(1). Dans une économie mondiale qui doit investir et qui doit donc pouvoir bâtir des projets à long terme, ne doit-on pas s’interroger sur les dangers d’une directive européenne anti-OPA qui ouvre grand les fenêtres et les portes des marchés boursiers européens, alors même que les pays les plus libéraux, comme les Etats-Unis, montent progressivement (et discrètement) leur «garde» protectionniste? De même ne doit-on pas s’interroger sur la volatilité intrinsèque des placements des fonds d’investissement (si heureusement baptisés «capitaux hirondelles» lors de la crise mexicaine des années 90), pour établir un meilleur équilibre entre liquidité des marchés et liquéfaction de l’emploi dans les pays développés? La notion de «noyau dur» a-t-elle perdu, dans ce contexte, toute signification? «V’là des questions qu’elles sont bonnes», comme disait Coluche…. Qu’est-ce qu’une patrie désormais?L’attaque boursière, nécessairement «sauvage», d’un groupe indien sur un groupe européen a été présentée par la plupart des médias et une partie de la classe politique française et européenne comme «sauvage». Avec un minimum de recul, n’est-ce pas une présentation, au mieux, surréaliste? Un groupe de droit hollandais qui n’a jamais produit la moindre tonne d’acier en Inde et dont le gouvernement d’entreprise n’a rien à envier à Enron (qui, rappelons-le, avait un conseil d’administration peuplé d’administrateurs «indépendants») n’a-t-il pas le droit de lancer une OPA sur un groupe luxembourgeois? C’est maintenant qu’il faut se poser la question de la nationalité des entreprises dans une économie désormais sans frontière. L’indicateur de nationalité doit-il être la localisation du siège social, la nationalité des dirigeants et des actionnaires, la part de valeur ajoutée créée, ou encore -ce qui ne serait pas absurde après tout- le nombre de salariés? Il serait temps d’y penser et de tirer les conséquences des choix qui seront faits.. Qu’est-ce que le «patriotisme économique»?Le patriotisme économique se résume-t-il à la vocifération patriotique qui amuse les uns et exaspère les autres? Ou alors cela doit-il être, dans un monde à la fois libéral et protecteur des intérêts bien compris de l’unité politique que constitue encore la nation, la définition des règles qui permettent de sacrifier l’accessoire pour préserver l’essentiel? Dans ce contexte, quel doit être le rôle des fonds de pension, de l’épargne salariale, de la Caisse des dépôts (équivalente française de la CDG) de certains clients de l’entreprise, voire de la «veuve de Carpentras»(2) pour ne prendre que quelques exemples des moyens dont dispose la France (mais aussi le Luxembourg et l’Espagne) pour faire mieux coïncider la gestion de l’épargne nationale et ce que l’on appelle, sans trop chercher à le définir, le «modèle social» dont se réclame la France et une partie de l’Europe?Tout cela fait beaucoup d’interrogations. Mais elles sont tellement fondamentales que l’on ne peut qu’être reconnaissant à l’égard de Lakshmi Mittal de nous obliger à nous les poser. Reste une seule certitude: il faut tout faire pour qu’Arcelor reste européen…--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) «Etre mangé par les petits cochons» est une métaphore qui vient d’un conte enfantin et populaire en Europe. Le sens de ce conte est de dire qu’il faut faire attention à soi et à ses enfants car des mésaventures peuvent arriver même aux meilleurs et aux plus méritants.(2) «La veuve de Carpentras» est une image politique qui décrit l’épargnant de base ayant placé son argent au mieux de ses intérêts, supposée être sourde aux sirènes patriotiques, et dont les manageurs et les hommes politiques doivent prendre soin, car cette «veuve» est le «Français moyen» ou l’électeur moyen, dans sa version financière.

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