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Economie

Les moutons de l'Aïd: 2,5 millions de têtes promises au Sacrifice

Par L'Economiste | Edition N°:32 Le 04/06/1992 | Partager

Difficile de prédire le comportement des cours du mouton à une semaine de l'Aïd El Kebir. C'est le sentiment général qui prévaut sur les marchés. L'essentiel des achats doit en principe se faire entre le 1er et le 7 Juin, estiment les professionnels.

Une part significative de la consommation de viande ovine a lieu au moment de la fête. Entre 2,5 et 3 millions de bêtes sont sacrifiées pour l'Aïd dont un cinquième sont des caprins (en montagne, Rif et Moyen Atlas). La préférence va aux jeunes adultes, d'environ 15 mois. Cette année la fête tombe à la fin du printemps, soit au moment où l'on peut estimer la valeur des parcours, mais cette année est aussi une année sèche où les agriculteurs doivent arbitrer entre le besoin immédiat de trésorerie et la conservation d'un capital.

Marchés aux mécanismes propres

A ces éléments conjoncturels d'incertitude, s'ajoutent les mécanismes propres du marché du bétail, lesquels se mettent en place spécifiquement pour la fête.
La Direction de l'Elevage estime que les approvisionnements seront "satisfaisants" cette année. De même source, on indique que l'abattage jouera un rôle considérable, dans la mesure où il contribuera à "décongestionner les effectifs du cheptel" et réduire la pression sur les parcours et sur les aliments subventionnés. Rappelons que, jusqu'à la fin Mars 1992, on redoutait que les éleveurs se débarrassent de leurs troupeaux. Le cheptel ovin était en effet monté au cours de l'année 1991 à 16,7 millions de têtes, chiffre record de l'histoire de cet élevage. L'année 1991 marquait aussi la fin de la période de reconstitution du cheptel après l'abattage massif de 1981-1982.

Pour la fête, les "channaka" (intermédiaires spécialisés, tel qu'on les nomme de manière péjorative dans le langage populaire) sont particulièrement actifs mais cette année il semble que par rapport aux années précédentes, le processus ait été plus lent à se mettre en branle. Lundi 1er Juin, les souks ad hoc n'avaient pas encore vu l'arrivée des moutons. A côté des souks habituels sont ouverts à Casablanca des marchés spécialisés, notamment à Hay Hassani, Koréa, Sbata, Derb Ghallef, ... M. Sbaï, Délégué Général de la profession des chevillards, confirme qu'au moins un sinon deux souks spécialisés se créent dans chaque préfecture.

Un élément inattendu peut peser sur le niveau de l'offre: la recrudescence de la criminalité. M. Mohamed Sahmi, premier adjoint de M. Abdallah Sbaï, estime que les éleveurs pourraient se montrer hésitants pour faire le voyage à Casablanca, "de peur d'être volés, ou pire". L'augmentation du coût de la main-d'oeuvre joue aussi: les éleveurs soulignent qu'il est de plus en plus difficile de trouver quelqu'un qui accepte pour une somme modique de passer dix jours dans un camion à s'occuper des moutons en attendant le moment favorable pour vendre sur les marchés urbains.

Les éleveurs modernes et les autres

Les ventes directes éleveur/consommateurs se réduisent donc, ce qui accroît le rôle des intermédiaires. Accusés de "faire faire la culbute aux prix", les intermédiaires ont en réalité un rôle plus complexe. La collecte des animaux est faite par eux dans les souks ruraux. A ce niveau, les professionnels signalent des mécanismes typiques comme la formation de sorte d'oligopoles ou d'ententes. Les "channaka" achètent l'offre des petits agriculteurs puis payent les droits d'entrée au souk qui avaient fait hésiter les éleveurs, et se transforment en vendeurs, avec cette fois des positions dominantes et des ententes. Ce phénomène fait grincer bien des dents. Selon toute apparence, ce type d'intermédiation ne concerne pas les grands éleveurs qui livrent directement, y compris sur les marchés urbains.

M. Mounir Boutaleb, agriculteur à Beni Mellal et étudiant à l'Université à ses heures perdues, analyse le comportement de l'éleveur en indiquant que l'arbitrage se fait autour de la question du financement de la récolte et qu'il y aura un phénomène de compensation entre les maigres récoltes et les ventes des bêtes: "L'Aïd tombe juste à temps pour pouvoir récupérer la mise de l'élevage et avoir de la trésorerie pour les moissons". Il en déduit que les prix auront tendance à baisser. Le mécanisme sera renforcé, estime-t-il, si la CNCA n'annonce pas un rééchelonnement des termes de Juin.

Le mouton entre 900 et 1.200 DH

De son côté, le Ministère de l'Agriculture a mis en place, puis renforcé, les dispositifs de soutien aux aliments du bétail, précisément pour éviter que la sécheresse aboutisse à des abattages massifs. Ces soutiens avaient déjà permis le maintien de la fermeté des cours des animaux engraissés, à la veille des pluies des derniers jours de Mars et des premiers jours d'Avril. Dans la même ligne, les services de l'Elevage du Ministère de l'Agriculture, tout en indiquant que l'évolution des cours est "difficilement prévisible", évaluent que les prix se situeront dans une fourchette de 20 à 25 DH le kg, ce qui donne le mouton moyen à 900 DH et le gros mouton à 1.200 DH. M. Bentouhami de la Direction de l'Elevage souligne que l'Aïd constitue un volant de trésorerie essentiel pour les agriculteurs.
Le transfert total sera de l'ordre de 2 milliards de DH en faveur des agriculteurs et des commerçants. Le délégué de la profession des chevillards, lui aussi prudent quant aux évolutions, compte que les prix oscilleront autour de 27/28 DH le kg.

Il calcule que la sécheresse et donc l'introduction des aliments achetés, rendent l'élevage plus coûteux et que ce coût sera répercuté. Du côté de la demande, MM. Sbaï et Sahmi sont d'accord pour estimer que les consommateurs sont assez mal outillés pour saisir les opportunités: "les logements ne permettent pas de garder longtemps le mouton, aussi les acheteurs attendent-ils le dernier moment et courent le risque de voir flamber les prix à la veille de la Fête".
M. Boutaleb prévoit que, de plus en plus, "la qualité va faire la différence". Le mouton vedette est le Sardi, "beau, grand et bien engraissé" selon les qualificatifs de cet agriculteur. "Le profane fait la différence du premier coup d'il" explique-t-il, "les bêtes qui ont souffert sur des pâturage maigres seront automatiquement délaissées". Les Sardi viennent généralement des grands élevages modernes.

Le marché a d'ailleurs développé une imagerie sur les approvisionnements en provenance de ces élevages qui remplacent petit à petit les moutons d'autrefois, boudés par les acheteurs.
Parallèlement, les élevages dépendant de l'Etat, comme certains ORMVA ou la SNDE, jouent un rôle de régulateur après avoir été les vecteurs de l'introduction des nouvelles races adaptées.
Ils approvisionnent notamment les achats groupés et leur production bénéficie de la faveur du public, quand il y a accès, car les prix sont légèrement au dessous de ceux des marchés urbains pour une qualité jugée excellente.

Têtes de moutons

COMME chaque année, c'est la race du "sardi" qui sera la vedette des souks de Casablanca. Le sardi correspond au mouton-type qui fascine l'imaginaire collectif des gens. Généralement, les éleveurs lui attribuent des qualités exceptionnelles. Selon eux, il est "élégant", "beau" et impressionne les acheteurs. La tête du sardi est de couleur blanche. C'est ce qui explique, vraissemblablement, l'engouement des gens. L'expansion du sardi résulte de la politique ovine de ces 12 dernières années.
En seconde position, vient une race de moutons qui a la même "aptitude laine" et "aptitude viande" que le sardi. Mais qui coûte moins cher pour la simple raison qu'elle a une tête de couleur rousse.

Les moutons commercialisés sont issus d'un élevage semi-intensif ou intensif. Ils sont élevés dans plusieurs régions agricoles du Maroc. Entre autres, à Tadla, Khenifra, Khouribga, Kelaâ Sraghna, Beni-Meskine, Midelt et Azrou.
L'imaginaire collectif accorde, curieusement, une grande importance aux cornes du mouton. Il les considère comme un critère déterminant dans le choix du mouton. Ce que des professionnels récusent. Le délégué des chevillards des abattoirs municipaux de Casablanca estime que "le problème n'est pas dans les cornes ..." alors qu'un paysan considère que "les cornes ... c'est pour les femmes". Le chevillard attire l'attention sur un élément important: "les gens ont tendance à préférer un mouton qui a une toison très dense. C'est un choix risqué car une toison dense diminue l'aptitude-viande et occulte les défauts du mouton". Il estime qu'un mouton, dont la toison est courte, est un bon choix.

Abdelkhalek ZYNE

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