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    Europe

    Les lourds tributs de la compétitivité

    Par L'Economiste | Edition N°:271 Le 13/03/1997 | Partager

    Le Maroc doit s'attendre à la disparition de milliers d'emplois s'il veut rester compétitif. La ZLE ne sera réellement efficace qu'avec la poursuite des réformes économiques.


    La flexibilité du travail a incontestablement focalisé les débats du panel «Compétitivité et cohésion sociale» lors du colloque des X. Dans un contexte de globalisation des économies et de compétitivité accrue, les entreprises doivent pouvoir modeler leurs effectifs en souplesse. Pour M. Elkyn Chaparo, conseiller principal auprès du vice-président de la BIRD, la flexibilité se définit comme étant la capacité d'éliminer des emplois non productifs et créer des emplois viables.
    Prise dans sa définition économique, la flexibilité aura au moins le mérite de légitimer les plans de restructuration des entreprises et faire avaler, à moindre coût, la pilule sociale.
    Le risque de voir disparaître de nombreux emplois plane sur l'industrie locale. Les intervenants au colloque sont unanimes sur ce point. M. Belarbi, président de la Commission sociale de la CGEM, estime que les PME en particulier n'ont pas encore pris conscience des réels dangers qu'elles encourent. Ce n'est pas M. Ludwig Trankener, responsable du Maghreb GTZ-MPI, qui dira le contraire.

    Venu présenter l'expérience des restructurations des entreprises de l'ex-RDA, M. Trankener en a résumé l'essence. «Si vous voulez être compétitifs avec l'Europe, il faut que vous y mettiez 60% de votre emploi», a-t-il déclaré devant une assistance éberluée. Sur 8 millions d'emplois, la RDA en a perdu 5 millions à la suite de la réunification allemande. L'emploi féminin a été le premier à en faire les frais. Dans le cas de l'industrie locale, l'on imagine mal comment les entreprises pourraient se restructurer sans douleur en l'absence de filets sociaux efficaces.
    La réglementation du travail constitue l'autre rempart. Elle doit permettre de dénouer les situations de conflits salariés/employeurs. Là aussi tout reste à faire. Car si l'outil législatif, lois sur la SA, sur la SARL et sur le code de commerce, qui doit accompagner les entreprises marocaines dans leur marche vers la compétitivité, est déjà là, il en va autrement du code du travail, dont la concrétisation tarde pour l'instant. Pour M. Fouad Benseddik, directeur des Etudes et du Développement à la CNSS, la législation du travail ne constitue pas réellement un handicap. «Le marché du travail connaît déjà l'expérience de la flexibilité», a-t-il indiqué. Sa déclaration n'a pas manqué de faire sourire M. Lahjouji, le patron des patrons, présent dans la salle. Pour appuyer sa thèse sur la flexibilité du marché marocain, il avance un exemple qu'il connaît bien, celui des affiliés de la CNSS: 100.000 travailleurs quittent le régime de la CNSS chaque année contre 100.000 nouveaux affiliés.

    Les personnes qui ont pu suivre le panel «Compétitivité et cohésion sociale» n'ont pas omis de noter l'intervention du ministre des Finances, M. Kabbaj, qui a tenu particulièrement à réagir à l'avalanche de chiffres fournis par M. Benseddik. «Il ne faut pas noircir le tableau». Ces chiffres soulignaient le retard du Maroc au niveau social. Le directeur des Etudes et du Développement de la CNSS a, entre autres, indiqué que 75% des personnes qui sont mensuellement déclarées à la CNSS le sont à moins de 2.000 DH et 40% à moins du Smig. Par ailleurs, d'après lui, le PNUD, dans son rapport 1996, évaluait l'indice de pénurie des capacités à 49,7%. Ce qui signifie qu'un Marocain sur deux vit en deçà des capacités humaines élémentaires.

    Dualisme


    Le tribut de la globalisation semble, au regard des scénarios prédits par les économistes, lourd à payer du point de vue social. C'est l'unique alternative pour le maintien d'une croissance durable
    L'intégration à la zone de libre-échange n'est pas pour autant la panacée. En particulier en présence de problèmes structurels. Dans le cas du Maroc, il s'agit essentiellement, selon M. Kemal Dervis, vice-président de la Banque Mondiale, de résoudre la question du dualisme extrême que connaît le pays. Le Maroc doit, d'après lui, dans les 10 années à venir, pouvoir réduire l'écart qui existe entre les mondes rural et urbain. Pour la Banque Mondiale, c'est une priorité. «Il faut mettre en place un plan de développement à long et moyen termes, définir des objectifs et un calendrier», a-t-il indiqué. Lesquelles politiques vont demander des arbitrages financiers. Les politiques fiscale et budgétaire risquent d'être au centre du débat. M. André Azoulay, conseiller de SM le Roi, n'adhère pas à la théorie du dualisme. «Il existera toujours deux Maroc, l'un plus performant que l'autre. Essayons plutôt de réduire le gap qui existe entre les deux». Là aussi, pas de solution miracle: poursuivre les réformes de la politique économique. Certes, des mesures ont été prises, notamment dans le cadre du développement du marché des capitaux. Mais les insuffisances persistent. Elles peuvent se résumer au triptyque épargne intérieure-poids de la dette-déficit des échanges extérieurs.

    Mohamed BENABID



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