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Les industriels de la pharmacie face à la libéralisation des importations

Par L'Economiste | Edition N°:14 Le 30/01/1992 | Partager

Alors que les industriels appréhendent l'éventuelle baisse des droits de douanes, les opérateurs de l'industrie pharmaceutique la saluent. Sous certaines réserves cependant. L'industrie pharmaceutique est en mesure d'affronter la concurrence étrangère affirment-ils. Mais toute importation de médicaments doit avoir le visa du ministère de la Santé Publique.


Pour M. Azzeddine Berrada, Président de l'Association Marocaine de l'Industrie Pharmaceutique (AMIP) et du Laboratoire Bottu, "l'importateur doit être agréé et remplir la condition d'exercice d'une activité pharmaceutique".
Autrement dit, les industriels sont capables d'affronter la concurrence sur les prix. D'ailleurs le secteur pharmaceutique s'en orgueillit d'avoir triplé la valeur de ses exportations en l'espace de 3 ans, passant de 77 millions de Dirhams à 200 millions de Dirhams vers diverses destinations, y compris européennes. Les industriels exigent néanmoins que toute importation de médicaments soit soumise à un visa du Ministère de la Santé pour l'enregistrement, le contrôle et l'autorisation. Les procédures de mise sur le marché seraient alors identiques pour les produits importés et ceux fabriqués localement.
L'ouverture doit respecter la profession car le médicament est un produit "stratégique" et a un caractère spécifique. Sa fabrication obéit à un certain nombre de contraintes scientifiques et industrielles. Ce sont là des éléments à ne pas minimiser dans la libéralisation pense M. Azzeddine Berrada.

Libéraliser totalement est porter atteinte au Know-how de fabrication

En outre, pour M. Abdelhak Benkabbou, Directeur Général de la branche pharmaceutique au sein du groupe Sanofi Maroc, "libéraliser de manière totale c'est porter atteinte à un know how de fabrication qui est le seul garant d'une autonomie".
Le plus important pour les industriels, c'est le savoir-faire acquis par l'industrie pharmaceutique durant 25 années d'existence. Le tissu industriel qui a été mis en place pourrait connaître un recul.
D'autre part, les pays se basant sur les importations sont livrés après la satisfaction des besoins des fournisseurs. Résultat: pénurie de médicaments. Cas qui s'est produit en Algérie pour les pilules contraceptives. "Le Maroc doit rester souverain de sa politique en matière de médicaments, sans subir des considérations extérieures bien différentes de ses réalités" , affirme M. Ali Bennis, Directeur général adjoint de Laprophan, et Secrétaire général de l'AMIP.

On pourrait penser qu'il serait plus facile pour les laboratoires étrangers qui donnent les licences d'exporter des produits finis. Mais le problème semble plus complexe. En effet, l'autorisation d'un produit est soumise à certaines conditions. Si un antibiotique ou un antalgique par exemple sont autorisés à être mis sur le marché c'est par ce que leur efficacité thérapeutique est prouvée mais aussi parce qu'ils sont fabriqués au Maroc.
Sur les 3.000 spécialités de médicaments commercialisées au Maroc, 12% sont importées. Les importations portent sur les antimitotiques (anti-cancéreux), les vaccins, les insulines pour les diabétiques et les produits nécessitant d'importants investissements pour un marché étroit.
Autre élément important. On pourrait penser que l'ouverture de frontières conduirait à la baisse des prix des médicaments. Or, pour M. Abdelhak Benkabou, seuls les ex-pays de l'Est pourraient proposer des prix bas.
En raison de leurs besoins en devises, ils pourraient pratiquer du dumping. Pour les pays d'Europe occidentale, avec le mouvement de rapprochement et de concentration sur la CEE, le marché de l'exportation deviendra secondaire.

Les pathologies des européens et des marocains seront différentes

Du reste, la pathologie occidentale concerne la cardiologie, les maladies des personnes âgées... Par conséquent les recherches et les produits sont orientés vers ces problèmes spécifiques.
Par contre au Maroc, les besoins thérapeutiques concernent encore essentiellement les maladies infectieuses et la gastro-entérologie.
C'est pour ces raisons qu'il est nécessaire de promouvoir une industrie pharmaceutique qui dispose d'une certaine autonomie, et dont les prix sont contrôlés.
En effet, le prix de médicaments est réglementé par le Ministère de la Santé Publique. Un cadre des prix existe pour les produits importés et ceux fabriqués localement. Les produits finis importés payent 15% de droits de douane de base et 12,5 de PFI. Sur ce prix de revient est appliqué la TVA au taux de 7%.
Quant à la composition du coût des produits fabriqués localement, elle est hétéroclite. Les articles de conditionnement sont en grande partie fabriqués au Maroc. Ceux qui sont importés subissent des droits de douanes de 45%. Les matières premières sont importés et payent pour la plupart des droits de douane de 17,5% L'administration des douanes les maintient à ce niveau sous prétexte qu'ils sont utilisés par d'autres secteurs de la chimie. Il y a néanmoins concertation entre l'AMIP et la Douane pour une diminution progressive de ces taux. Les industriels souhaitent une réduction des droits de douane qu'ils répercuteraient sur les prix. La baisse pourrait être comprise entre 10 et 15% selon les produits importés finis.

Des prix inférieurs de 30 à 40% à ceux de l'Europe

Les industriels affirment par ailleurs que les prix des médicaments fabriqués au Maroc sont inférieurs de 30 à 40% à ceux pratiqués à l'étranger. Pourtant les consommateurs trouvent que les médicaments sont chers. Mais "à quel prix le médicament n'est pas cher"? se demande M. Azzeddine Berrada. Pour lui, "celui qui ne peut accéder à un médicament qui coûte 10 Dirhams, ne peut y accéder même s'il n'en coûte que 7. Le problème n'est pas celui du prix, mais de la couverture sociale".
Actuellement 15% de la population disposent d'une assurance maladie. Outre les fonctionnaires couverts par une mutuelle, 200.000 salariés seulement sur les 600.000 affiliés à la CNSS sont couverts par une assurance maladie. Le projet de généralisation de la couverture des soins tarde à voir le jour. Résultat: la consommation de médicaments est 40 fois moins importante qu'en Allemagne et 16 fois moins importante qu'en France, par tête d'habitant.
Les problèmes du prix posent également celui du retrait du médicament du marché. En effet, quand les matières premières renchérissent par la dépréciation du Dirham par exemple, les industriels négocient des révisions de prix avec le Ministre de la Santé Publique et le Ministre délégué chargé des Affaires Economiques et de la Privatisation.
Les industriels affirment ne pas obtenir entière satisfaction., mais des hausses insuffisantes ou partielles. Il arrive que la marge bénéficiaire d'un produit soit réduite au point où le produit n'est plus rentable. "Nous sommes au service de la santé. Même quand nous fabriquons à perte, nous restons tenus moralement de continuer à mettre certains produits sur le marché, pour éviter qu'il y ait une rupture préjudiciable au malade", rassure M. Jaouad Cheikh Lahlou, Directeur Général de Cooper Maroc, fabricant mais aussi distributeur et donc bien placé pour observer le marché. Les ruptures proviennent surtout des retards d'approvisionnements, un médicament pouvant se composer de plus de 10 intrants allant de la matière première constituant le principe actif à l'excipient, en passant par le bouchon, le flacon ....

Les raisons du retrait

INTERDICTION, tolérance ou encouragement: le médicament, produit spécifique est abordé de différentes manières suivant l'évolution de la pathologie, des effets secondaires et des réglementations en vigueur. Il est alors retiré ou mis sur le marché.
L'importance de la consommation des médicaments conduit, fatalement, à l'apparition d'effets secondaires. Certes, certains sont connus, mais ils sont mineurs par rapport aux effets thérapeutiques. Ils peuvent donc être supportés.
Par contre, du point de vue de la pharmaco-vigilance, toute apparition d'effets secondaires imprévus ou d'aggravation donne lieu à plusieurs examens et analyses pour conclure à la mise en cause du médicament et à son retrait du marché.
Mais tout est relatif, pour M. Abderrahim Skalli, directeur technique et pharmacien responsable de Roussel Diamant Maroc, "la pénicilline provoque beaucoup d'allergie et elle a été à la base de l'antibiothérapie qui a sauvé l'humanité. Et on serait heureux d'avoir un médicament actif contre le Sida avec des effets secondaires".

En Europe, dans 9 cas sur 10, ce ne sont pas des raisons scientifiques mais économiques qui amènent les produits à être retirés du marché. Motif: unification des réglementations pour les besoins du marché unique. En outre, les laboratoires préfèrent supprimer les produits pour lesquels les coûts de recherche s'avèrent trop élevés. Au Maroc un produit est supprimé suite aux décisions des laboratoires européens pour les raisons thérapeutiques. Pour d'autres causes, il a la souveraineté juridique de le faire ou non.
Le ministère de la Santé Publique décide du retrait du médicament. Toutefois, les sociétés pharmaceutiques sont tenues d'informer le ministère de toute modification concernant les médicaments.
M. Zniber, président du Conseil de l'Ordre des Pharmaciens affirme que ce dernier a contribué à la décision de retrait pour certains.
Une crème pour masque de grossesse a été retirée du marché en Europe. Le conseil de l'ordre des pharmaciens a prévenu le ministère et la crème a été retirée du marché marocain même si cela représentait une grande perte pour les industriels. Il en a été de même concernant un médicament utilisé en anesthésie mais que certaines personnes utilisaient comme drogue.
Par ailleurs, avant d'être mis sur le marché, les médicaments subissent plusieurs contrôles. Contrôles qui attestent de la qualité des produits. "Il n'y a pas d'enregistrement au rabais à ce niveau" a déclaré M. Abderrahim Skalli.

Laïla TAARJI
Khalid BELYAZID

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