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Les fonds souverains, nouveaux acteurs mondiaux
Par Francis Ghilès

Par L'Economiste | Edition N°:2728 Le 05/03/2008 | Partager

Francis Ghilès est Senior Fellow de l’Institut européen de la Méditerranée à Barcelone. Correspondant chargé de l’Afrique du Nord au Financial Times, consultant international, il collabore régulièrement au BBC World Service C’est quand le sang coule dans les rues (comme aimait à le rappeler l’un des barons mythiques du capitalisme américain de la fin du XIXe siècle, John D. Rockefeller) que l’on peut gagner de l’argent. La crise du crédit et les montagnes russes que sont devenus les indices boursiers depuis six mois illustrent cette évidence. On voit aujourd’hui émerger des acteurs dont les observateurs n’avaient pas mesuré l’importance. Les fonds souverains sont ainsi devenus l’objet de toutes les inquiétudes de certains responsables bancaires et politiques occidentaux. Les chiffres qui attestent de leur rapide montée en régime s’étalent à longueur de colonnes dans les médias et, l’OCDE et le FMI doivent bientôt publier leurs recommandations pour de meilleures pratiques de ces fonds.Que certains fonds souverains soient jugés coupables avant que d’être reconnus innocents ne fait guère de doute. Longtemps ces fonds ont surtout acheté des bons du Trésor américains et de l’or, politique conservatrice qui ne gênait guère les pays occidentaux. Ces derniers mois pourtant, certains de ces fonds se sont porté assistance à de grandes banques, notamment américaines et suisses, qui se trouvaient dans l’obligation de rebâtir leur capital suite aux pertes importantes qu’elles avaient subies suite à la crise dite du subprime. Citibank, Union de Banques Suisses ont pu renflouer leur base en capital grâce à des achats de nouvelles actions par les fonds souverains du Golfe et de Singapour.Constatons tout d’abord que ces fonds ont peut-être agi prématurément: le fonds d’investissement du Qatar a perdu de l’argent sur son investissement dans le capital du Crédit Suisse depuis qu’il s’est porté acquéreur d’actions de cette banque au début de ce mois. Le fonds d’Abu Dhabi a vu la valeur de ses actions Citicorp fondre de 7,5 à 6 milliards de dollars depuis qu’il en a fait l’acquisition. Le fonds d’investissement du Koweït a laissé des plumes dans son opération Merrill Lynch. Ces messieurs des fonds d’investissement peuvent se tromper. Ceci dit, comme ces fonds investissent pour les générations à venir, des pertes à court terme ne les inquiètent pas outre mesure. La question reste posée: agissent-ils différemment d’un investisseur actif qui en veut pour son argent?Ceci étant, il y a un problème. Le mutisme est de règle pour la plupart de ces fonds: il ne peut être exclu qu’un fonds souverain d’un pays hostile se serve de son investissement pour transférer illégalement de la technologie ni qu’il vende brutalement un paquet d’actions dans une banque pour exercer une pression politique. Les fonds commencent néanmoins à se rendre compte qu’il leur faut être plus transparents: la pratique du fonds norvégien peut-il servir de modèle? La Commission européenne a fait des propositions sur un code de conduite pour les fonds souverains fin février, l’OCDE et le FMI en feront au printemps: d’ici cet automne nous aurons donc les grandes lignes d’un modus vivendi possible.Les dirigeants des fonds souverains n’ont pas tout à fait tort d’affirmer que la transparence totale pourrait offrir des armes de choix aux spéculateurs de tout bord. Il y a ici ample matière à négociation et les parties en cause finiront par trouver un modus operandi qui tienne compte des intérêts en cause. Enfin les sommes renvoyées par les diasporas dans leurs pays d’origine augmentent partout, contrairement aux prévisions. Ces flux nouveaux de capitaux sont en train de bouleverser le monde tel que nous le connaissons – notamment au Maroc. Il y a fort à parier que ce qui ressemble parfois à un bras de fer entre les fonds souverains et les états occidentaux suscitera des compromis et que tout le monde comprendra qu’un actionnariat international contribuera à consolider le commerce et l’investissement – donc la création de richesse et la paix dans le monde. Un compromis paraît inéluctable en ce moment de l’histoire où tant de situations économiques qui semblaient coulées dans le béton sont remises en cause.


Les Occidentaux embarrassés

Les dirigeants occidentaux sont dans une situation inconfortable: George W. Bush est confronté a plusieurs projets de loi qui visent toutes à limiter l’activité de fonds souverains – supposés hostiles aux intérêts américains. Il ne goûte guère les velléités protectionnistes de nombreux membres du Congrès, velléités qui seront encouragées en année électorale alors que de nombreux électeurs constatent que les emplois filent vers l’Asie et que leur pouvoir d’achat a baissé depuis une décennie. Nicolas Sarkozy dénonce un jour le manque de stratégie de ces fonds pour mieux les courtiser quand il se rend dans le Golfe. Gordon Brown dénonce l’opacité de ces fonds mais vu la place de la City dans l’économie britannique, ne peut guère prendre le risque de s’aliéner des capitalistes si puissants. Le chancelier allemand Angela Merkel est le dirigeant occidental qui déploie les plus grands efforts pour tenter d’imposer plus de transparence aux fonds souverains.Que les pays occidentaux se plaignent de la pression politique que pourraient exercer les fonds souverains prête à sourire: ces mêmes pays ne se sont guère privé d’utiliser différentes formes de pression au cours des dernières décennies, en utilisant notamment comme courroies de transmission, discrètes mais efficaces, les accords que le FMI signaient avec des pays comme l’Algérie ou le Maroc qui se trouvaient dans l’obligation de rééchelonner leur dette extérieure.


Qui sont-ils?

Les fonds souverains sont d’origine diverse: celui du Kuwait, le Kuwait Investment Authority a été fondé en 1953 et gère 213 milliards de dollars; celui de Singapour, en 1974 et gère 160 milliards de dollars; celui de l’émirat d’Abou Dhabi en 1976 gère plus de 500 milliards; celui de la province de l’Alberta, au Canada, l’Alberta Heritage Savings Trust Fund créé la même année gère 20 milliards et celui de l’Alaska, The Permanent Reserve Fund, 40 milliards; celui du Sultanat du Brunei en 1983 gère 30 milliards. Plus récemment on peut mentionner le fonds du gouvernement norvégien, créé en 1990, le Norway Government Pension Fundy, gère 380 milliards; celui du Qatar, en 2005 gère 60 milliards; celui de la Chine en 2007 qui va gérer 30 milliards; la Russie va suivre et l’Arabie saoudite pense monter un fonds d’environ 900 milliards de dollars. Cette liste illustre parfaitement le basculement du centre économique de la planète vers le Moyen et l’Extrême-Orient qui caractérise la dernière décennie. Six pays jouent un rôle clé: l’Arabie saoudite, les Emirats et Kuwait, Singapour, la Norvège et la Chine. La crainte de voir de grandes sociétés occidentales, détentrices de technologie de pointe, passer sous le contrôle de concurrents qui peuvent être des adversaires politiques est bien réelle. Il y a vingt ans la tentative du Kuwait d’acheter British Petroleum lorsque celle-ci fut privatisée fit long feu mais qui se soucie aujourd’hui que l’électricité consommée dans la City provient d’une société étatique française: peut-on imaginer Nicolas Sarkozy coupant le courant lors d’un débat un peu vif entre la France et le Royaume-Uni à Bruxelles?


Les amis et les autres

Il y a quelques jours, la Suède a autorisé Börse Dubaï, dont 60% du capital est détenu par Investment Corporation de Dubaï, à prendre, de concert avec la Nasdaq américaine, le contrôle du groupe de Bourses scandinaves OMX. Cette transaction a pu se conclure quand l’Etat suédois a accepté de céder les 6,6% du capital qu’il détenait jusqu’alors dans OMX. Les autorités suédoises avaient mal réagi lors des premières démarches de Börse Dubaï l’été dernier, mais après avoir discuté avec les autorités de l’Emirat, se sont convaincues que l’investisseur était sérieux sur le long terme. Les Suédois ont fait savoir que de telles transactions se règleraient au cas par cas et que leur pays Suède était ouvert aux investissements des fonds souverains.Les dirigeants des pays dont l’économie pèse plus aujourd’hui qu’hier ne se laisseront pas faire. Sans doute y aura-t-il des distinctions entre fonds souverains de pays amis ou alliés et ceux de pays considérés comme franchement hostiles – la Russie peut-être? Un équilibre nouveau est en train de s’installer dans un monde où la Chine et l’Inde ne font que reprendre dans le commerce mondial la place qu’elles occupaient jusqu’en 1850. La Russie retrouve une influence qu’elle avait perdue depuis un quart de siècle. Les pays du Golfe eux sont relativement nouveaux venus mais ils n’ont guère intérêt à s’aliéner un Occident qui leur offre des garanties de sécurité solides face à l’Iran. Il faut noter aussi que ces pays investissent plus dans la région Meda et notamment au Maroc que dans les années 1970 et 1980. La tentation de l’immobilier est toujours aussi forte mais les télécommunications et d’autres secteurs attirent ces capitaux plus qu’avant.

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