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Les folles journées des traders

Par L'Economiste | Edition N°:2410 Le 28/11/2006 | Partager

. Tension et stress rythment leurs journées. Travail d’équipe et fluidité de l’information: deux atouts incontournablesUne ambiance feutrée, plutôt sobre. Dès ses premiers pas, le visiteur est surpris par ce «calme» ambiant qui tranche avec les représentations que l’on se fait d’habitude des salles de marchés (SDM). Nous sommes loin des images classiques évoquant une fourmilière avec des jeunes gens en sueur accrochés à leur téléphone et parlant à haute voix. L’ambiance de travail y est plutôt à la fois fébrile et bon enfant. Il n’empêche, souligne Chakib Erquizi, directeur de la SDM d’Attijariwafa, le climat peut à tout moment devenir tendu, et l’effervescence monter de plusieurs crans au gré des événements. «La salle devient alors animée et très ‘‘showting’’, l’échange entre opérateurs se faisant directement», indique-t-il. A en croire des responsables de SDM, la tension est latente toute la journée. Elle atteint des pics quand des opérations de taille importante sont traitées ou quand des événements viennent de se produire sur des marchés. En général, selon Younès Sekkat, directeur de la SDM de la Société générale, les pics de l’activité se situent entre 9h30 et 11h30, où 60 à 70% des opérations sont traitées. D’autant que la séance américaine du marché de change international commence à partir de 11h, et les cours connaissent une forte volatilité durant cette période, ajoute-t-il. Il est facile d’imaginer l’ambiance qui règne alors. Localisée dans la majorité des cas dans le siège même de la banque (sinon à proximité, cas de BMCE Bank Capital), la salle des marchés est un espace ouvert, décloisonné. L’Open Space est, en règle générale, l’option retenue en matière d’aménagement dans cet univers «secret» et hautement technologique. L’agencement de la salle des marchés est conçu pour favoriser et optimiser la diffusion de l’information. «Le décloisonnement permet la libre circulation de l’information des données et des idées entre opérateurs. Ce qui permet une meilleure synergie entre les différents desks et, partant, une plus grande réactivité et efficacité des opérateurs», souligne Sekkat. La circulation de l’information doit être fluide. Il est donc exclu de travailler en solitaire ou de pratiquer la rétention de l’information. Et, fait notable, dans ce haut lieu des opérations stratégiques bancaires, le management étant transversal, le poids de la hiérarchie ne se fait pas sentir. La circulation de l’information entre les différents compartiments est fluide. Les équipes peuvent être réduites, explique Erquizi. Parfois, à peine 5 ou 6 personnes, soit une personne par activité (monétaire, change, gestion de la position…) en plus d’un encadrement, constituent le cœur de la salle. En revanche, pour une grande banque, la SDM est étoffée. Celle d’Attijariwafa en compte pour le moment 35. Un chiffre appelé à doubler dans les deux prochaines années. La salle est organisée par desks répartis par marchés (change, obligataire, monétaire) et par nature d’opérateur (trader/vendeur). Les traders des différents compartiments opèrent autour de «tables» équipées de postes d’informations (Reuters, Bloomberg, Finaccess…), de consoles téléphoniques digitales dotées d’un système d’enregistrement de toutes les conversations (utile en cas de litige), d’ordinateurs, imprimantes et logiciels spécialisés dans le pricing et l’aide à la décision. Si l’activité dans une salle des marchés reste dense et soutenue, et la pression très forte, les conditions de travail sont optimisées par l’utilisation de technologies de pointe et de logiciels performants. Au sein d’un établissement financier, la salle des marchés a deux activités essentielles: la gestion pour compte propre appelée communément trading, et la négociation d’opérations en liaison directe avec les clients. Ces opérations se réalisent dans un marché extrêmement concurrentiel, où les marges et les profits réalisés dépendent de la réactivité des opérateurs et des outils d’information et de gestion disponibles. Malgré leur jeune âge (en moyenne une trentaine d’années), les traders ont le sens de la responsabilité et disposent d’une marge de manoeuvre appréciable dans les négociations. Leur mission consiste à initier des positions à l’achat ou à la vente pour le compte de la banque et à gérer les risques de marché. Ils sont en mesure de prendre des décisions instantanément et d’en assumer le risque. Un risque qui, il va sans dire, est bien étudié et limité par des entités dédiées. «La Risk Management Unit, qui est indépendante hiérarchiquement de la SDM, veille au grain. Un reporting signale tout dépassement», souligne Khalid Nasr, directeur de BMCE Markets. «Outre les limites réglementaires fixées par les autorités monétaires, il y a les règles internes et celles de bonne pratique de la profession», rappelle, pour sa part, Chakib Erquizi. Les marchés, en général, sont ouverts de 9 à 16h. Mais la journée de la salle des marchés s’étend de 8h, voire 7h30, à 17h sans interruption. «Une salle de marché n’a pas d’horaires précis. Elle doit s’adapter aux horaires des marchés internationaux», souligne Chakib Erquizi, directeur de la salle des marchés d’Attijariwafa bank. Si le trader a une position à prendre pour un client dans les matières premières par exemple, il ne peut le faire qu’à partir de 17-18h, heure à laquelle la Bourse de Chicago ouvre», explique Erquizi. Pour maintenir donc la cadence, il n’est pas rare de voir des opérateurs quitter le lieu de travail à 22h, voire plus tard et revenir le lendemain une ou deux heures avant l’ouverture du marché. Cette capacité d’extension du temps de travail à tous les niveaux de l’organisation est indispensable pour gérer les aléas du marché. En général, souligne Younès Sekkat, la journée commence par une réunion entre les différents traders et le responsable de la salle pour élaborer la stratégie d’intervention sur le marché. La mission des traders consiste ensuite à assurer la rentabilité de cette stratégie et des positions qui en découlent. Les opérations sont généralement conclues sur un simple coup de fil malgré les sommes importantes engagées. Et les communications sont enregistrées en prévision de tout incident. Des confirmations sont ensuite échangées par fax ou swift (rôle du back office). Le trader, par sa seule parole, engage toute la banque. Les risques du métier sont nombreux, vu la taille des opérations traitées. Mais aussi parce que les SDM brassent des milliards de dirhams généralement. A titre d’exemple, le volume moyen quotidien traité par les opérateurs de la Société générale est de l’ordre de 5 milliards de DH/jour, soit plus de 1.200 milliards DH/an, tous compartiments confondus. Chez Attijariwafa, ce sont entre 40 et 60 opérations qui sont réalisées au quotidien. «Sur 2005, nous avons traité 130 milliards de dirhams, soit 13 milliards par cambiste. En 2006, nous tablons sur une progression de 40%», confie Chakib Erquizi. A BMCE Capital, 350 à 450 transactions, tous instruments confondus, sont réalisées quotidiennement, souligne le directeur de la SDM. C’est dire que la salle des marchés constitue aujourd’hui un important centre de profit. Elle peut générer jusqu’à 30% du résultat d’une banque.


Traçabilité

Dans une salle de marché, l’accès aux postes de travail est sécurisé. L’accès à une session sur ordinateur est conditionné par des mots de passe. Aucune action que ce soit au niveau du front ou du middle ne peut être faite sous couvert de l’anonymat. Pour insérer ou modifier un «deal», il faut accéder à la base de données en se munissant de son code personnel, et toute modification garde le nom de celui ou de celle qui est intervenu, de même que la date de modification. Même les opérations supprimés sont gardées. Au niveau du front office, en plus de l’utilisation systématique des logins personnels, se rajoutent les fameuses cassettes où toutes les conversations pendant le trade sont enregistrées. Elles sont sorties en cas de litige.


De jeunes loups que l’on s’arrache

A l’image de la profession, l’équipe des salles des marchés est assez jeune. Dans les salles visitées, la moyenne des âges se situe entre 28 et 30 ans. Ce sont des profils pointus justifiant d’une formation dans les marchés financiers, d’une excellente connaissance des mathématiques et d’une maîtrise de l’outil informatique. Des qualités commerciales sont un plus appréciées aussi. Les traders sont pour la plupart des bac+5 ou ingénieurs. «Nous recrutons généralement des titulaire de MBA canadiens ou américains, des diplômés d’écoles anglaises, françaises… mais aussi marocaines comme Al Akhawayn, Mohammedia…», signale Chakib Erquizi, directeur de la SDM d’Attijariwafa(1). Les traders et les commerciaux ne sont que la partie visible des métiers de la salle. Une armada d’opérateurs support complète et poursuit le travail du trader. En effet, en amont, les échanges sont conclus par téléphone entre deux institutions financières ou entre une institution et l’un de ses clients. La concrétisation et la formalisation juridique de l’accord passé verbalement au front office sont réalisées par le back-office. Mais le trading représente une fonction de taille dans une salle de marché, et c’est, de loin, celle qui attire actuellement le plus de candidats. Pour autant, le métier est dur et exige une excellente résistance au stress. Le trader doit au quotidien rechercher un maximum d’informations sur les marchés et leurs évolutions. Il doit être à l’affût de tout événement susceptible d’avoir un impact sur les cours, et prendre ensuite des positions stratégiques. Outre leur technicité et expertise, les traders doivent donc avoir les nerfs solides et l’esprit vif. Le métier de trader est particulièrement éprouvant. Les montants en jeu sont considérables, et la circulation de l’information et les mouvements sur les marchés généralement rapides, souligne Sekkat. Un bon trader doit être toujours en veille et constamment à l’affût de la moindre information financière, économique et politique. Ce qui explique, sans doute, les primes dont bénéficient les traders. En effet, la rémunération des traders intègre généralement une partie variable. Pour certains établissements financiers, ce bonus représente près de 30 à 40% du salaire, souvent plus. Il peut même atteindre plus de 12 mois en fonction des résultats. La plupart des traders sont polyvalents, contrairement aux grandes salles internationales où la spécialisation est de rigueur. Si le salaire net d’entrée oscille entre 10.000 et 12.000 dirhams, il n’est pas rare de voir ce chiffre doubler après quelques années d’expérience concluante. «Un trader peut toucher entre 20.000 et 30.000 de dirhams après trois ou 4 ans d’ancienneté. En règle générale, soulignent des responsables de salles, le métier du trader est un métier masculin. La présence féminine y est encore limitée. A BMCE Capital pourtant, la présence féminine est conséquente avec 40% des effectifs globaux. «L’élément féminin est plus créatif. Il apporte une dimension innovatrice», soutient Khaled Nasr, directeur de la SDM de BMCE Capital. Avec le développement du marché, les profils demandés se sont diversifiés en fonction du type de compartiment. Aujourd’hui, l’expérience devient un argument déterminant. De l’avis de responsables de salles, l’activité connaît un fort turn-over et le débauchage entre salles est une pratique courante. Mais, aux yeux de Khalid Nasr, la compétition en matière de ressources humaines est salutaire pour l’activité, pourvu qu’elle se fasse de manière saine et qu’il n’y ait pas de surenchère». K. E. H.------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Chakib Erquizi vient d’être élu au comité exécutif du bureau de l’International Cambist Association. C’est la première fois, depuis 32 ans, qu’un Marocain accède à un tel poste.

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