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Economie Internationale

Les étranges règles de la circulation moscovite

De notre envoyé spécial en Russie, Ghassan KHABER

Par L'Economiste | Edition N°:668 Le 27/12/1999 | Partager



· L'Administration russe reste apparemment en dehors du vent de la pérestroika
· L'économie du plaisir russe s'exporte bien, même au Maroc


Pour qui y met les pieds pour la première fois, Moscou peut paraître glaciale, peu accueillante, voire hostile. Cette impression saisit le visiteur dès le premier contact avec la ville. Au premier poste des frontières, le fonctionnaire vous scrute froidement. Son regard impersonnel et distant vous enveloppe d'une chape de soupçon très difficile à porter et à supporter. Le même regard s'applique, plus en profondeur cette fois, à votre passeport ainsi qu'au feuillet annexe qu'est le visa d'entrée en Russie. Au bout de 15 minutes d'examens et de contre-examens, le policier vous délivre le sauf-conduit, puis rejette encore un dernier coup d'oeil sur votre titre de transport au cas où....
A croire que la glasnost n'est pas encore arrivée aux postes-frontières.
Cette impression se renforce avec le passage au poste de douane. Des questions à revendre sur le motif de votre voyage en Russie (indiqué sur le visa), sur les biens à déclarer, sur l'argent que vous avez en votre possession, bien que tout ceci soit indiqué sur une déclaration dûment remplie. Toutefois, le douanier ne pousse pas le zèle jusqu'à opérer une fouille dans les formes.
Une fois passé ce cap, vous voilà dans l'étrange et singulière terre de Russie.

Capharnaüm


Dès que vous quittez l'aéroport Cheremetievo, vous êtes vite frappé par les dimensions pharaoniques des boulevards de la capitale russe. Les boulevards moscovites, hérités du passé urbaniste communiste, sont larges parfois de plus de 300 mètres et s'étendent dans certains cas sur plus de 100 km. Vides la nuit, ces larges avenues se transforment, dès le lever du jour, en un grand capharnaüm rythmé de coups de Klaxon et de crissements de freins. Dans le dédale de la circulation moscovite, tout néophyte peut se trouver perdu. Les règles, connues et admises dans la plupart des pays du monde, changent beaucoup. Le conducteur de droite n'a pas automatiquement la priorité et les automobilistes la ravissent aux piétons. Les passages cloutés n'existent point. Alors pour traverser, la population se résigne à marcher deux ou trois kilomètres à la recherche d'un passage souterrain. Les habitants les connaissent par coeur, mais le visiteur comprend difficilement que, pour rejoindre l'immeuble d'en face, il faut faire un détour de six à huit kilomètres.
Héler alors un taxi pour vous mener à bon port est un exercice aléatoire, car de taxis à Moscou il y en a très peu, pour ne pas dire qu'il n'y en a pas. Mais, et tous les Moscovites vous le diront, en Russie, tout conducteur est un chauffeur de taxi potentiel l'espace d'une course. Un pouce en l'air et le premier conducteur de passage s'arrête. Il est prêt à vous mener à votre destination, à condition d'allonger la monnaie. Commence alors une petite partie de négociations où le prix peut varier du simple au quintuple.

Négociation russo-russe


En Russie, la négociation est un sport national (un peu comme au Maroc). Tout peut être marchandé, du paquet de cigarettes à la contravention de police en passant par la nuit d'hôtel. La pratique des doubles prix, un pour le touriste et un autre pour les locaux, est ici tout à fait légale.
Celui qui visite Moscou pour la première fois ne peut comprendre les rouages de la négociation russo-russe, et comme c'est parfois le cas à Casablanca ou à Marrakech, il se fera avoir dans bien des cas.
Les prix sont libellés en Dollars mais les paiements s'effectuent en roubles. Plus étrange, chaque magasin fixe sa propre parité rouble contre Dollar.
Il est donc vivement conseillé d'être accompagné par une personne maîtrisant la langue de Pouchkine, car les Russes ne sont pas particulièrement polyglottes, d'autant plus que l'orientation dans les rues de la capitale est quasiment mission impossible. Toutes les inscriptions sont en cyrillique, un alphabet très difficile à déchiffrer.
Une autre raison rend indispensable la présence de l'ange gardien: l'insécurité dans les rues. Pauvreté oblige, le crime est partout. Au détour d'une rue mal éclairée, dans un couloir du métro moscovite, et parfois même en plein public... La peur a fini par faire partie du quotidien russe, surtout du crime organisé et des organisations mafieuses.


Les chaudes nuits de la froide Moscou


I la pérestroika n'a pu modifier en profondeur le fonctionnement de l'Administration, elle a eu au moins un mérite. Celui de réveiller les Russes aux plaisirs de la vie nocturne. La nuit, les enseignes lumineuses essaiment partout-vantant les attraits de tel piano-bar ou de telle boîte de nuit. Danser la salsa ou la techno est devenu, en l'espace d'une décennie, un passe-temps favori des Moscovites.
Une économie du plaisir est ainsi née. Fondée en apparence sur les divertissements et les réjouissances, elle sert en fait de couverture à d'autres trafics plus répréhensibles. Prostitution, drogue, paris fleurissent. La mafia russe, qui en tire sa subsistance, a même commencé depuis plusieurs années à l'exporter. Le Maroc n'est pas pour eux une destination prioritaire, mais la traite de chair blanche y est déjà arrivée. Des groupes de «danseuses» russes animent de temps à autre des boîtes de nuit au Maroc. Mais la danse n'est qu'un prélude.

Ghassan KHABER

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