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Les Etats-Unis vont-ils disparaître parce qu'ils sont trop puissants?
Deuxième partie: Et le rêve se brisa…

Par L'Economiste | Edition N°:1633 Le 29/10/2003 | Partager

Tout le monde a condamné l'attentat du 11 septembre 2001 et s'est senti solidaire des Etats-Unis et ce d'autant plus que d'autres pays ont eu à essuyer des attentats certes plus limités mais tout aussi traumatisants. Le monde a fait un rêve, explique Emmanuel Todd, celui d'une planète plus juste, où Washington aurait pris la tête d'une croisade contre les misères, le manque de démocratie, le sous-développement et les injustices politiques. Mais le rêve s'est brisé…“Jihad versus Mc World” de Benjamin Barber nous trace le tableau d'un monde ravagé par l'affrontement entre une “méprisable infraculture américaine et de non moins insupportables tribalismes résiduels”. Mais la victoire annoncée de l'américanisation suggère que Benjamin Barber demeure, au-delà de sa posture critique, et sans en être pleinement conscient, un nationaliste américain. Lui aussi surestime la puissance de son pays, écrit Emmanuel Todd.. Superpuissance solitaire Dans le même registre de la surestimation, nous trouvons la notion d'hyperpuissance américaine. Quel que soit le respect que peut inspirer la politique extérieure menée par Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, nous devons admettre que ce concept qu'il affectionne, aveugle les analystes plus qu'il ne les éclaire, estime Todd.Ces représentations ne nous aident pas à comprendre la situation actuelle. Elles présupposent une Amérique exagérée, dans la dimension du mal parfois, dans celle de la puissance toujours. Elles nous interdisent de percer le mystère de la politique étrangère américaine parce que la solution doit être recherchée du côté de la faiblesse et non de la puissance. Une trajectoire stratégique erratique et agressive, bref la démarche d'ivrogne de la “superpuissance solitaire”, ne peut être expliquée de façon satisfaisante que par la mise à nu de contradictions non résolues ou insolubles, et des sentiments d'insuffisance et de peur qui en découlent.. Représentations inquiètes de la forceLa lecture des analyses produites par l'establishment américain est plus éclairante. Au-delà de toutes leurs divergences, nous trouvons, chez Paul Kennedy, Samuel Huntington, Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger ou Robert Gilpin, la même vision mesurée d'une Amérique qui, loin d'être invincible, doit gérer l'inexorable réduction de sa puissance relative dans un monde de plus en plus peuplé et développé. Les analyses de la puissance américaine sont diverses: économique chez Kennedy ou Gilpin, culturelle et religieuse chez Huntington, diplomatique et militaire chez Brzezinski ou Kissinger…Nous sommes toujours confrontés à une représentation inquiète de la force des Etats-Unis, dont le pouvoir sur le monde apparaît fragile et menacé.Kissinger, au-delà de sa fidélité aux principes du réalisme stratégique et de l'admiration qu'il porte à sa propre intelligence, manque ces jours-ci d'une vision d'ensemble. Son dernier ouvrage, “Does America need a Foreign Policy?” n'est guère qu'un catalogue de difficultés locales. Mais nous trouvons dans “The Pise and Fall of Great Powers”, de Paul Kennedy, ouvrage déjà ancien puisqu'il date de 1988, la représentation très utile d'un système américain menacé “d'imperial overstretch”, dont la surextension diplomatique et militaire découle classiquement d'une chute de puissance économique relative. Samuel Huntington a fait paraître, en 1996, “The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order” (que les lecteurs de L'Economiste connaissent pour l'avoir abordée en feuilleton, www.leconomiste.com) dont la tonalité est franchement dépressive. Huntington va Jusqu'à contester l'universalisation de la langue anglaise et recommande un repli modeste des Etats-Unis sur l'alliance ouest-européenne, bloc catholico-protestant, rejetant les “orthodoxes” est-européens et abandonnant à leur destin ces deux autres piliers du système stratégique américain que sont le Japon et Israël, frappés du sceau de l'altérité culturelle.La vision de Robert Gilpin, elle, combine considérations économiques et culturelles; elle est très universitaire, très prudente, très intelligente. Parce qu'il croit en la persistance de l'Etat-nation, Gilpin perçoit, dans sa Global Political Economy, les faiblesses virtuelles du système économique et financier américain, avec cette menace fondamentale d'une “régionalisation” de la planète: si l'Europe et le Japon organisent chacun de leur côté leurs zones d'influence, ils rendront inutiles l'existence d'un centre américain du monde, avec toutes les difficultés qu'impliquerait, dans une telle configuration, la redéfinition du rôle économique des Etats-Unis.. Le centre politique du monde passe en AsieMais c'est Brzezinski qui, en 1997, s'est montré le plus clairvoyant, malgré son manque d'intérêt pour les questions économiques. Pour bien saisir sa représentation des choses, il faut faire tourner devant soi un globe terrestre et prendre conscience de l'extraordinaire isolement géographique des Etats-Unis: le centre politique du monde est en réalité loin du monde. On accuse souvent Brzezinski d'être un impérialiste simplet, arrogant et brutal. Ses recommandations stratégiques peuvent certes faire sourire, et en particulier lorsqu'il désigne l'Ukraine et l'Ouzbékistan comme objets nécessaires des attentions de l'Amérique. Mais sa représentation d'une population et d'une économie mondiales concentrées en Eurasie, une Eurasie réunifiée par l'effondrement du communisme et oubliant les Etats-Unis, isolés dans leur nouveau monde, est quelque chose de fondamental, une intuition fulgurante de la véritable menace qui plane sur le système américain.Cette peur de devenir inutiles, et de l'isolement qui pourrait en résulter, est pour les Etats-Unis plus qu'un phénomène nouveau: une véritable inversion de leur posture historique. Nous devons admettre, si nous voulons comprendre la suite des événements, que cette hégémonie fut durant plusieurs décennies bénéfiques. Sans cette reconnaissance du caractère généralement bienfaisant de la domination américaine des années 1950-1990, nous ne pouvons pas saisir l'importance du basculement ultérieur des Etats-Unis de l'utilité dans l'inutilité; et les difficultés qui découlent, pour eux comme pour nous, d'une telle inversion. L'hégémonie des années 1950-1990 sur la partie non communiste de la planète a presque mérité le nom d'empire. Ses ressources économiques, militaires et idéologiques ont alors donné, un temps, à l'Amérique toutes les dimensions de la puissance impériale. La prédominance des principes économiques libéraux dans la sphère politiquement et militairement dirigée de Washington a fini par transformer le monde -c'est ce que l'on appelle la globalisation. Elle a aussi affecté dans la durée, mais en profondeur, la structure interne de la nation dominante, affaiblissant son économie et déformant sa société. Le processus a d'abord été lent, progressif. Sans que les acteurs de l'histoire s'en soient bien rendu compte, une relation de dépendance s'est établie entre les Etats-Unis et leur sphère de prééminence. Un déficit commercial américain est apparu, dès le début des années 70, élément structurel de l'économie mondiale.. La mondialisation n'est pas symétriqueL'effondrement du communisme a entraîné une dramatique accélération du processus de mise en dépendance. Entre 1990 et 2000, le déficit commercial américain a explosé. Pour équilibrer ses comptes extérieurs, l'Amérique a besoin d'un flux de capitaux extérieurs de volume équivalent. En ce début de troisième millénaire, les Etats-Unis ne peuvent plus vivre de leur seule production. Au moment même où le monde, en cours de stabilisation éducative, démographique et démocratique, est sur le point de découvrir qu'il peut se passer de l'Amérique, l'Amérique s'aperçoit qu'elle ne peut plus se passer du monde.Le débat sur la “mondialisation” est partiellement déconnecté de la réalité parce qu'on accepte trop souvent la représentation orthodoxe d'échanges commerciaux et financiers symétrisés, homogènes, dans lesquels aucune nation n'occupe de place particulière. Les notions abstraites de travail, de profit, de liberté de circulation du capital masquent un élément fondamental: le rôle spécifique de la plus importante des nations dans la nouvelle organisation du monde économique. Si l'Amérique a beaucoup décliné sous le rapport de la puissance économique relative, elle a réussi à augmenter massivement sa capacité de prélèvement sur l'économie mondiale: elle est devenue objectivement prédatrice. Une telle situation doit-elle être interprétée comme un signe de puissance ou de faiblesse? Ce qui est sûr, c'est que l'Amérique va devoir lutter, politiquement, militairement, pour maintenir une hégémonie désormais indispensable à son niveau de vie.


La gloire éphémère des antiAméricains

Les antiAméricains structurels proposent leur réponse habituelle à la montée de la puissance américaine dans la vie mondiale: I'Amérique est mauvaise par nature, incarnation étatique de la malfaisance du système capitaliste. C'est aujourd'hui un grand moment pour ces antiaméricains de toujours, qu'ils soient ou non admirateurs de petits despotes locaux comme Fidel Castro, qu'ils aient ou non compris l'échec sans appel de l'économie dirigée. Car ils peuvent enfin évoquer sans sourire une contribution négative des Etats-Unis à l'équilibre et au bonheur de la planète. Ne nous y trompons pas, le rapport au réel et au temps de ces antiaméricains structurels est celui des horloges arrêtées qui sont quand même à l'heure deux fois par jour. Les plus typiques d'entre eux sont d'ailleurs américains. Lisez les textes de Noam Chomsky: vous n'y trouverez aucune conscience de l'évolution du monde. Après comme avant l'effondrement de la menace soviétique, l'Amérique est la même, militariste, oppressive, faussement libérale, en Irak aujourd'hui comme au Vietnam il y a un quart de siècle. Mais l'Amérique selon Chomsky n'est pas seulement mauvaise, elle est toute-puissante.

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