×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Les dernières suffocations d'un bidonville marocain

    Par L'Economiste | Edition N°:271 Le 13/03/1997 | Partager

    Le bidonville de Boadilla del Monte, au Sud-Ouest de Madrid, a été ravagé par un incendie. Une cinquantaine de personnes, sur les 350 que compte cette communauté essentiellement composée de Marocains du Rif, se sont retrouvées sans abri. Les autorités espagnoles ont mis sur pied un plan de relogement qui rencontre l'opposition de ses bénéficiaires.


    «J'ai tout perdu. Il ne reste plus rien, ni argent, ni vêtements, ni toit». H. contemple le désastre, les yeux brouillés, l'amertume aux lèvres. Sa cahute de bois, de toile et de tôles ondulées a été réduite en cendres. Une victime parmi d'autres.
    Boadilla del Monte, bidonville de Yelmo, entre 250 et 500 âmes, pour la plupart originaires du Rif marocain, vivant à qui mieux mieux dans un amas de cabanons faits de matériaux de récupération, dépourvus d'eau et d'électricité, à une quinzaine de kilomètres à peine de Madrid, capitale espagnole. La marque du mauvais sort sur tous les visages.
    Dans la nuit du 16 au 17 février 1997, un incendie accidentel a détruit près de 50 cabanons, sur les 350 que comptait le bidonville, laissant leurs occupants sans abri et sans ressources. La garde civile surveille les allées et venues, contrôle les identités et questionne sur les motifs de la visite: «une mesure de sécurité pour éviter d'éventuels pillages», explique un représentant des autorités espagnoles. «Ils contrôlent tout, même les sacs de provisions», se plaint un des habitants de Yelmo. «Ils veulent nous empêcher de reconstruire ce qui a été détruit», poursuit un autre. «Et puis, ils en profitent pour faire des descentes. Ils cherchent de la drogue».

    Des plans de démantèlement


    La colère, une colère résignée, se lit sur les visages des hommes qui me reçoivent dans la cabane où ils se sont réunis autour d'un jeu de société, histoire de tuer le temps. Tous se plaignent de la réaction des autorités. On leur a promis des tentes de campagne et rien n'est arrivé. On leur a parlé d'un plan de relogement, mais ils n'y croient pas. «Nous, on est tous pour le Barça (le FC Barcelone, grand rival foot-ballistique du Real Madrid)», entonnent-ils en signe de défiance.
    Pourtant, les autorités ne sont pas restées les bras croisés. «Nous leur avons proposé de les reloger dans des auberges, mais a part une ou deux familles, ils ont tous refusé», explique José Galeote Rodriguez, conseiller-adjoint au maire de Boadilla del Monte. «Nous avons pris acte et fait le nécessaire pour que des tentes de campagne arrivent au plus vite».
    Mesures d'urgence qui ne sont que le premier pas d'un plan plus vaste de relogement de tous les occupants du bidonville. Les autorités locales et régionales ont identifié plusieurs logements où les habitants de Yelmo pourraient s'installer. Elles affirment avoir dégagé un budget de trente millions de Pesetas pour couvrir le paiement, partiel et limité dans le temps, des loyers de ces habitations. Le relogement de la population marocaine marginalisée est désormais inscrit dans le programme de lutte contre le logement insalubre, initié par l'Administration espagnole depuis novembre 1994, mais cette initiative nécessite une impulsion nouvelle. Car si le bidonville de Majadahonda a été totalement néantisé et celui de Pena Grande en voie de résorption, le bidonville de Boadilla del Monte, lui, demeure entier, à l'exception des baraques ravagées par les flammes.

    Le Consulat propose "que les Marocains installés dans ce bidonville puissent accéder aux logements sociaux au même titre que les autres collectifs sociaux déshérités. Les différents aspects de ce problème ont été à plusieurs reprises examinés avec les responsables de Boadilla del Monte qui ont promis de tout mettre en oeuvre pour trouver une solution adéquate à cette délicate situation de résidents "sans-abri". La formule proposée par le Consulat Général consiste en l'octroi de logements à loyers modérés bénéficiant de l'aval des autorités municipales en tenant compte de la situation économique de chaque famille bénéficiaire, tout en leur facilitant l'accès aux programmes spéciaux d'emploi, condition sine qua non d'une véritable intégration". Intégration, logement; les habitants de Yelmo lèvent les yeux au ciel. Leur situation professionnelle est plus que précaire. Ils sont coiffeurs, jardiniers, ouvriers de la construction et travaillent bien souvent sans contrat. Ils ont laissé leur famille au Maroc et rapatrient une partie de leurs gains. A Boadilla, aucun propriétaire ne leur réclame de loyer.

    Pascale BOURGAUX

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc