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Les cerveaux comme les capitaux

Par L'Economiste | Edition N°:456 Le 04/03/1999 | Partager

En venant patrouiller au Maroc, les chasseurs de têtes d'informaticiens accroissent l'impératif de la mise à niveau de la politique financière. La globalisation entre par une fenêtre où personne ne l'attendait.

Encore une fois la globalisation des marchés vient d'entrer par une fenêtre où peu de monde l'attendait au Maroc: le recrutement des informaticiens que des chasseurs de têtes veulent exporter vers des pays plus développés (Cf L'Economiste du mardi 2 mars 1999).
Le Maroc, jusqu'ici, avait connu le phénomène de l'exode des cerveaux. Mais il était resté d'une assez faible ampleur. Le Royaume souffre certes cruellement de son système social à deux ou trois vitesses, mais il a toujours gardé ouvertes ses frontières, techniques, intellectuelles et politiques: un cadre de dimension internationale peut y trouver sa place. Ce qui se passe avec les informaticiens est d'une toute autre nature. Soudain, en l'espace de dix-huit mois-deux ans, le marché du travail pour les informaticiens est devenu comme le marché des capitaux. Et le mécanisme n'a pas seulement une dimension régionale de part et d'autre de la Méditerranée. Il s'est mis en place à l'échelle planétaire, soutenu, il faut le souligner, par la convergence mondiale des langues de travail vers l'anglais.
Dans le marché des capitaux comme dans le marché du travail des informaticiens, les hautes croissances appellent l'argent comme les compétences qui se nourrissent mutuellement.
Capitaux et compétences vont alors se cristalliser autour de quelques points sur la planète, laissant le reste assoiffé et désert. La différence, si différence il y a, se produira plus tard et ce, sous réserve que le mouvement des nouvelles technologies s'essouffle. Cette différence entre les compétences et les capitaux est que les premiers ont tendance à rester là où ils sont, alors que l'argent des marchés de capitaux s'envole aussi vite qu'il s'est posé. Donc, quand elles s'installent dans un endroit, il est à peu près sûr que les compétences vont y rester pour plusieurs années.
Il convient de se pencher rapidement sur les conséquences de la nouvelle donne créée de fait par la chasse aux informaticiens.
Certes, partir ou rester est une décision individuelle que le cadre prend seul ou en famille. Mais il ne la prend pas en jouant aux dés. Il rationalise son choix.

Proportions inversées


Il n'est pas ici dans notre propos d'entrer dans les considérations affectives et émotionnelles.
Quand notre informaticien va peser le pour et le contre, il va comptabiliser.
En premier lieu, il compte le pouvoir d'achat de son salaire.
Là, quelle ne va pas être sa surprise de découvrir les ravages de l'insidieuse inflation marocaine. Les taux n'ont jamais été très élevés, mais quand Rabat et Casablanca se félicitaient de n'avoir qu'un 3 ou un 5% face à des 160% au Brésil, les Etats-Unis, l'Allemagne, la France ou la Grande-Bretagne plafonnaient à 1%. Au bout de dix ou quinze ans, cela fait un sérieux différentiel. Cela met l'orange marocaine plus chère que la pomme de Normandie ou que le grappe fruit de Californie.
Le reste est à l'avenant: les loyers, les vêtements, les restaurants, les transports ont des prix inversement proportionnels au niveau de développement du pays où ils sont à vendre. Ajoutons à cela la dégradation des services publics à cause des déficits budgétaires: pour les couches moyennes (auxquelles appartiennent les cadres de l'informatique) l'éducation des enfants est payante au Maroc, gratuite dans les pays concurrents; la santé est payante au Maroc, quasi indolore dans les pays concurrents...
En faisant bouger les hommes, simplement même en les appelant à bouger, la globalisation du marché du travail des informaticiens fait ressortir l'ardent impératif de se mettre à niveau en matière de politique économique et sociale.
Heureusement, l'amour de sa famille, l'amour de son pays ne se comptabilisent pas sur un bout de papier. Mais ce n'est pas une raison pour reporter encore la nécessaire mise à niveau des finances publiques. Le prochain appel de compétences ne sera peut-être pas aussi aisément surmontable...

Nadia SALAH

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