×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie

L'école marocaine: De la quantité à la qualité
Par Mohamed Zehri, professeur à l'Ecole Mohammadia des ingénieurs

Par L'Economiste | Edition N°:1580 Le 12/08/2003 | Partager

Dans le souci de généraliser l'éducation, I'Etat a dû redoubler d'effort financier pour assurer une place à chaque enfant en âge de scolarité; l'Education nationale se targue 24 à 27% du budget de l'Etat. La tâche est d'autant plus ardue qu'il faut rattraper une explosion démographique dans sa ferveur. Les résultats quantitatifs enregistrés ces dernières années sont tangibles: ce sont six millions de jeunes Marocains qui vont à l'école et 92% d'enfants de six ans qui sont scolarisés. L'analphabétisme au sein de la population passe de 87% en 1980 à 47% actuellement.Malgré ces résultats très positifs, les responsables du secteur n'affichent pas le grand satisfecit: ces résultats globaux ne doivent pas ombrager les contre-performances du système éducatif marocain jugé à l'aune du rendement des pays du même niveau de développement. Le pourcentage de jeunes quittant le système éducatif prématurément et sans diplôme reste élevé. La maîtrise des langues, y compris l'arabe, a plutôt baissé. La déperdition est encore élevée et la qualité n'est pas au rendez-vous de la quantité.Tout en partageant la même insatisfaction, nous pensons qu'il est possible d'améliorer sensiblement la qualité de notre système éducatif. Mais il faut d'abord évacuer une idée répandue et même d'ordre démagogique qui impute à l'arabe la responsabilité de cette baisse de niveau. Bien au contraire, ce choix a permis à de nombreux enfants de pousser au plus loin leurs études, scientifiques notamment, sans se trouver handicapés par le français, avec en prime la fierté d'utiliser leur langue nationale comme principal outil d'apprentissage. D'autre part, la massification de l'enseignement, en le généralisant aux jeunes enfants sans sélection, ne peut qu'engendrer une baisse de la qualité moyenne déterminée sur la base de l'ensemble des élèves. Donner la chance à tout le monde pour suivre et terminer l'enseignement fondamental, qui s'étale sur neuf ans, s'accompagne fatalement d'une baisse des compétences acquises même dans les pays les plus développés, en raison de la grande hétérogénéité socioéconomique des élèves. Ce n'est pas étonnant dès lors de voir se créer des filières professionnelles au sein des collèges, pour réduire l'échec scolaire et orienter les élèves qui ne peuvent pas suivre les formations générales à l'apprentissage des métiers le plus tôt possible. Dans le cas de notre pays, ces formations professionnelles pourraient facilement s'intégrer dans le collège, sans grands frais si elles visaient le créneau du tertiaire, où justement peu d'équipements sont nécessaires pour assurer une bonne formation. Cela aura pour effet de réduire l'hétérogénéité des classes et du même coup diminuer les incivilités qui sont source importante de démotivation des enseignants. D'autre part, notre charte de l'éducation incite à ériger des établissements d'excellence pour former les élites. Du point de vue éthique, cette option ne doit pas nous gêner, puisque la même approche existe dans les pays développés sans être décriée.. Les langues, clé de voûteIl faudrait concentrer les efforts sur l'enseignement des bases de la langue à même d'assurer sa fonction principale que l'on peut résumer dans ce qui suit: bien lire et comprendre, et écrire sans fautes et se faire comprendre. Cela passe nécessairement par l'apprentissage long et méticuleux des fonctionnalités de la langue: sa grammaire, conjugaison, orthographe et vocabulaire. La fréquentation des grands auteurs dans leurs chefs-d'oeuvre est certes très utile. Leurs noms résonnent à jamais dans la tête des jeunes apprenants et l'envie de les lire plus tard dans d'autres oeuvres reste envisageable chez la majorité des anciens étudiants. Mais cela ne doit pas occulter l'objectif premier qui est celui de maîtriser la langue, dont le besoin s'impose dans des activités et des situations des plus variées. Le bon apprentissage des langues, l'arabe et le français en l'occurrence, doit se faire dès le jeune âge et tout déficit devient rapidement irrémédiable. Les manuels actuels sont rebutants et manquent de l'attrait nécessaire à l'apprentissage. Par exemple, il faut en finir définitivement dans notre enseignement avec les clichés stéréotypés de la femme au foyer et de l'opposition ville-campagne sans grand intérêt pour l'enfant. Il faut plutôt s'appuyer sur une littérature de jeunesse tournée vers le conte, le merveilleux, le roman policier et le récit de voyage. Une littérature qui saisit l'enfant, développe son imaginaire et lui procure un immense plaisir. Nous ne manquons pas cependant de ressources nationales dans ce domaine: on peut facilement puiser dans nos contes populaires racontés de génération en génération. Notre patrimoine arabo-musulman a inspiré les plus grands romanciers du siècle des Lumières. Aladin, Sindibad, Ali Baba, Kalila wa Dimna sont autant de légendes auxquelles on peut se résoudre pour garnir nos manuels scolaires de littérature captivante qui connaît de nos jours un grand succès dans la production culturelle occidentale. Des contes occupant une place de choix dans la littérature mondiale sont aussi à traduire et à mettre à la disposition de nos petits comme l'histoire de Heidi, le merveilleux voyage de Nils, ou Alice dans le pays des merveilles. Nos manuels sont donc à changer totalement. Leur contenu doit être moderne et doit comporter les fondements de la langue. Ils constitueront la référence et l'élément fédérateur entre les enseignants, les élèves et leurs tuteurs: tous trouveront un outil précieux de travail à l'école et à la maison.Il faut reconnaître que l'Etat a remédié à l'injustice qui frappait pendant longtemps les enseignants en libérant leur promotion administrative, en augmentant les salaires et en adoptant récemment le statut particulier des enseignants. Il incombe maintenant aux enseignants, dans toutes leurs composantes, de s'inscrire positivement dans les réformes qui sont en cours. Ils sont les mieux qualifiés pour nous fournir régulièrement de nouveaux crus en matière d'édition scolaire. La création de sites Internet pour capitaliser et échanger les expériences peut constituer une mine riche en ressources pédagogiques. Les responsables pédagogiques peuvent préparer des livrets-guides à diffuser gracieusement aux enseignants pour assurer la formation à distance de leurs collègues maîtres et professeurs. Ces actions rentrent tout à fait dans le cadre de la formation continue et appuieront les rencontres pédagogiques organisées à l'échelle locale. Dans le Maroc d'aujourd'hui, le discours longtemps entretenu par certaines mauvaises langues qui acculait l'Education nationale à un secteur improductif est désuet depuis l'adoption de la charte. L'Education nationale ne forme-t-elle pas les ressources humaines nécessaires à notre économie émergeante? Mieux encore, ne forme-t-elle pas le Marocain de demain?


Système carré

La qualité de notre système éducatif est tout à fait perfectible à la lumière des expériences menées sous d'autres horizons. Tout enseignant, tout parent averti est en mesure de relever que notre système éducatif verse plutôt dans l'intemporel. Les manuels sont les mêmes depuis presque vingt ans. Le contenu, immuable et fragmenté n'incite nullement à la synthèse ou au développement, et encore moins à la réflexion ou à la critique. Le contenu est composé d'un ensemble d'agrégats et de recettes à apprendre par coeur pour passer l'examen et à oublier immédiatement après. Toutes les réformes partielles introduites au niveau de chaque matière sont venues se greffer sur ce qui précédait, au point que le programme ressemble plus à un haillon lourd et horrible à offrir au jeune apprenant. Le système est plus tourné vers la transmission des connaissances que vers la maîtrise des outils de l'apprentissage à vie qui sont les langues à un moment où, paradoxalement, les moyens de diffusion des connaissances sont le plus à portée de main: télévision avec un choix des plus variés, CD-Roms, Internet, logiciels ludiques, journaux, revues et livres aux plus bas de leurs prix.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc